Le D.A DA de l’architecture scientifique

Pasteur
Le Plateau de Saclay abrite de nombreux bâtiments dédiés à la recherche et est appelé à en accueillir bien d’autres. Mais comment conçoit-on un lieu de travail pour des chercheurs, répondant à leurs besoins spécifiques et en phase avec leur environnement ? Dans quelle mesure la dimension esthétique peut-elle s’exprimer ? Ce sont quelques-unes des questions que nous avons posées à Robert Chapellier et Antoine Prunet, architectes de l’agence D.A. Depuis une quarantaine d'années, celle-ci conçoit et construit des laboratoires scientifiques. Une longévité, qui lui a permis de suivre les évolutions de la recherche, sous l’effet de l’exigence de pluridisciplinarité, mais aussi de l’internationalisation.

L’effet est garanti : quand Nancy Angama tend sa carte de visite arborant les deux lettres D et A, l’interlocuteur, pour peu qu’il s’intéresse à l’architecture, ne manque pas de poser la question : « D’A, la revue ? ». « Non ! L’agence D.A [ dont elle est en charge de la coordination et de la communication ], avec un point. La revue, c’est avec une apostrophe, entre le D et le A. »

Les spécialistes de communication ne manqueront pas de saluer l’audace : choisir un acronyme en référence à une grande revue, pour profiter de son aura parmi les professionnels de son secteur, tout en s’en démarquant par un simple point de ponctuation, il fallait oser.

Sauf que la création de l’agence et de son sigle est antérieure ainsi que le rappelle Robert Chapellier, architecte et associé de l’agence depuis plus de 20 ans (après avoir fait « ses classes » chez Roland Simounet et participé notamment à ce titre à la réalisation du musée Picasso). D.A est issue de l’agence du célèbre Pierre Dufau, l’une des plus grosses des années 70 (à son actif : le plan masse de Créteil) et à laquelle était associé un certain Jean-Pierre Dacbert… Elle a été créée en 1990 par le fils de ce dernier, Antoine Dacbert. De là le D.A (le A pour Associés).

Des associés, l’agence en a par le passé compté jusqu’à trois. Le troisième est malheureusement disparu en 2011. Non sans faire prendre conscience aux deux autres de la nécessité de songer à la transmission, au point de les inciter à accueillir deux jeunes associés, Antoine Prunet et Thomas Quenault. L’un et l’autre connaissaient l’agence pour y avoir déjà fait des stages durant leurs études. « Ils nous ont séduits, précise Robert Chapelier, par une tournure d’esprit que nous souhaitons justement préserver. » Et en connaissance de cause de la spécialisation de l’agence dans la construction de laboratoires et d’équipements scientifiques.

Mais pourquoi le choix de cette spécialisation ? « Comme souvent, explique Robert Chapellier, dans l’histoire des agences spécialisées, il y a eu un premier concours remporté dans un domaine donné, qui a convaincu des maîtres d’ouvrage à vous re-solliciter pour d’autres concours, ou qui vous a donné le sentiment de pouvoir vous autoriser à y participer. C’est ainsi qu’au fil du temps, à mesure que vous accumulez des références, vous êtes progressivement reconnu comme un spécialiste dans ce domaine-ci. Dans notre cas, ce fut dans le domaine scientifique. »

Une spécialisation acquise avec l’Institut Pasteur

En l’occurrence, le premier projet à vocation scientifique réalisé par ce qui devait devenir plus tard D.A, a été conçu pour l’Institut Pasteur. Nous sommes en 1976. « A l’époque, la pratique du concours et de l’appel d’offre n’était pas aussi répandue qu’aujourd’hui. » Le célèbre centre de recherche décide de se passer de son architecte maison au profit du célèbre Pierre Dufau auquel était associé Jean-Pierre Dacbert. « Il proposera un grand bâtiment en briques, désormais connu sous le nom de bâtiment Metchnikoff. » Et Robert Chapellier de souligner l’innovation introduite à cette occasion dans la conception des laboratoires de recherche. « Pierre Dufau avait proposé un concept pour la biologie, la cellule 3X6 m soit 18 m2, chaque cellule etant assiociée à une gaine technique à tableau électrique indépendant avec attentes sorbonne et ventilation, permettant n’importe quel type de manipulation biologique. Depuis, il y eut bien d’autres collaborations directes de l’Institut Pasteur avec Dacbert père. « C’est lui qui réalisera le premier laboratoire de recherche dédié au Sida, au sein de l’institut Pasteur. » Le lien s’est poursuivi avec Dacbert fils, dont l’agence dut cependant affronter de plus en plus la concurrence d’autres agences dans le cadre des concours dont le principe s’était désormais imposé. « D.A ne les a certes pas tous gagnés, mais en a remporté plusieurs, y compris face à des agences internationales. » C’est à elle que fut confiée notamment la réalisation du centre de d’information scientifique (CIS). Lancée en 2006, la dernière réalisation en date – le bâtiment François Jacob – a été inaugurée en grandes pompes en novembre 2012, en présence du Président de la République.

Comme immunisée par les effets du temps, la collaboration entre l’agence et l’Institut Pasteur s’est perpétuée sur deux générations et, on l’espère pour elle, sur la troisième incarnée par les nouveaux associés. Pour autant, ses références ne se limitent pas à l’Institut Pasteur. En son temps déjà, Jean-Pierre Dacbert a conçu pour d’autres maîtres d’ouvrage des bâtiments de recherche et des laboratoires. On lui doit notamment le siège de Pfizer sur le campus d’Orsay. « Un bâtiment en terrasses, à R+ 1, au milieu d’un parc avec un cheminement central, des escalators (une innovation à l’époque), le tout bien intégré dans le site. » Depuis l’agence a réalisé d’autres bâtiments pour cette même société.

Une affaire de goût personnel

Parmi les projets actuellement en cours, citons l’UFR de l’Académie de Besançon, la rénovation de l’Institut Pierre-Gilles de Gennes (à Paris) et de l’hôpital Jean Verdier (à Bondy), les laboratoires de recherche sur les bioprocédés de l’IRSTEA, les laboratoires de l’INSA Toulouse, le Pôle à risque biologique de l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort…

« Si la logique des concours a favorisé la spécialisation dans la conception et la construction de bâtiments et d’équipements scientifiques, celle-ci est aussi une affaire de goût personnel », tient à préciser Robert Chapellier. Elle doit aussi beaucoup aux liens d’amitié et professionnels tissés avec des bureaux d’études spécialisés.

Reste des interrogations : comment l’architecte parvient-il à répondrre aux exigences de scientifiques ? Comment concilier fonctionnalité et esthétisme ? Comment faire face aux évolutions profondes de la recherche ? Eléments de réponse dans l’entretien que lui et Antoine Prunet ont bien voulu nous accorder.

Pour accéder à la suite de la rencontre, cliquer ici.

Photo en une : nouveau bâtiment François Jacob de l’Institut Pasteur.

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