Le coach coaché. Entretien avec Phil Waknell

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Suite des échos à l’édition 2019 de TEDx Saclay à travers le témoignage du cofondateur d’Ideas on Stage, qui coache les intervenants depuis le début de l’aventure de TEDx Saclay.

- Avant d’en venir à votre talk de ce soir, rappelons que vous êtes le coach attitré de TEDx Saclay…

En effet, depuis le tout début de TEDx Saclay, il y a donc maintenant quatre ans de cela, mon équipe et moi avons préparé tous les intervenants, sur le fond comme sur la forme, de façon à ce que leur intervention fasse son effet sur le public. Pour cette 5e édition, mon rôle a été un peu différent puisque, à mon tour, j’intervenais : je n’ai coaché personne, mais j’ai été coaché par mes collègues. Tout spécialiste de la présentation que je sois, je me devais d’assurer, d’autant que je souhaitais parler de l’art et la manière de faire une bonne présentation, de transformer le public par rapport à ce qu’il croit, à ce qu’il ressent et à ce qu’il fait. Ma chance, c’est que l’équipe d’Ideas on Stage compte en son sein plusieurs coaches habitués à préparer des TED talkers. Avec leur aide, j’ai cherché à appliquer les méthodes dont je parlais. J’ai été un peu comme un magicien, qui dévoile ses ficelles au cours même de sa présentation. De là, le recours à un moment donné à une baguette magique, pour filer la métaphore.

- Et au final, quel a été votre ressenti au terme de votre talk ?

Franchement, j’ai beaucoup apprécié de pouvoir partager avec le public, le plaisir que me procure mon métier, de surcroît d’une façon aussi ludique.

- Nous avons vu un professionnel. Avouez-le maintenant : vous aviez vous aussi le trac ! Ne faut-il pas d’ailleurs l’avoir ?

J’ai l’habitude d’intervenir devant des publics nombreux, d’être sous les projecteurs. Mais ce n’est pas parce qu’on en a l’habitude qu’on n’a pas le trac. A ce propos, je ne résiste jamais au plaisir de citer les mots de Mark Twain, qui disait que le monde ne compte que deux catégories d’orateurs : les nerveux et les menteurs ! Des personnes que je coache disent ne pas être stressées à l’idée de prendre la parole. Je leur dis alors : c’est que vous n’êtes pas prêt ou que vous ne prenez pas assez au sérieux votre intervention. Bref, le stress est quelque chose de normal. Ce qui importe, c’est de le canaliser et de le transformer en énergie positive, de ne pas se laisser submerger par lui.

- Comment ?

Cela commence par une hygiène de vie : il faut en effet commencer par maîtriser ce qu’on mange, ce qu’on boit, prendre le temps de dormir. Pendant la semaine qui a précédé le jour J, je n’ai bu ni café ni alcool (pas même un verre de Beaujolais nouveau !). J’ai fait attention à ce que je mangeais, en évitant de consommer trop de glucides pour ne pas perturber mon taux de glycémie, lequel risque de s’abaisser brutalement au moment de se retrouver sur scène.

- Une vraie préparation sportive !

Oui, et quoi de plus normal ! Une conférence TEDx est une performance physique. Il vous faut être en possession de tous vos moyens. Mais ce n’est pas tout : il faut répéter votre intervention et ce, plus d’une fois. En ce qui me concerne, j’ai dû répéter la mienne une bonne vingtaine de fois, ces dernières semaines. Il faut répéter pour rendre le débit naturel, pour que les mots ne viennent plus de la tête, mais du cœur, pour ne pas se borner à en prononcer les syllabes, mais pour en faire sentir le sens qui se cache derrière, et ainsi entrer en communication, en conversation, avec le public.

- En quoi le fait d’intervenir sur une scène nationale d’Opéra ajoute à la difficulté ?

Votre question est d’abord pour moi l’occasion de dire combien je trouve la salle de l’Opéra de Massy proprement magnifique. Elle est particulièrement agréable pour l’intervenant, car il a le public juste devant lui. On peut en maîtriser le regard, à la différence d’autres salles, où le public est disposé sur un arc de 180°, avec des gens à gauche, d’autres à droite, qu’on ne voit pas dès lors qu’on se place en face. Là, on peut regarder tout le monde, sans trop de difficulté. Inversement, le public peut, lui, voir toute la scène, du fait de la disposition des gradins qui montent jusqu’au fond de la salle. Dans bien des séminaires où j’interviens, le public est assis sur un seul et même niveau, de sorte que beaucoup ne peuvent voir l’intégralité de ce qui est projeté sur un écran. Il m’arrive aussi de ne pas pouvoir le voir à cause de l’éclairage. Or, c’est important pour s’ajuster au gré de ces réactions.
La scène était elle aussi parfaitement adaptée à l’esprit des talks TEDx : une scène nue, avec juste le tapis rouge et le logo en guise de décor, sans oublier ce grand écran, qui a permis à chacun d’illustrer son propos au moyen de diapositives visibles par tous, y compris ceux qui étaient au fond de la salle. Bref, le fait d’être intervenu à l’Opéra de Massy n’a en rien ajouté au stress. Au contraire, cela a été une source de plaisir supplémentaire.

- Un mot sur le public, que j’ai trouvé à la fois captivé et bienveillant, soutenant l’intervenant au moindre accident qui pouvait survenir… L’avez-vous senti vous-même ?

Oui, car j’étais dans la salle, avec lui, durant la première partie de la soirée. Le soutien que le public a apporté ce soir a été exceptionnel… Mais peut-être suis-je excessif en usant de ce mot, car en fait cette attitude, le public l’a eue à chaque édition. Cette bienveillance fait partie de l’esprit TEDx et tout particulièrement de TEDx Saclay – je peux en témoigner pour en faire ailleurs. Ce dernier est quand même exceptionnel – cette fois, je n’ai plus de scrupule à le dire. Je suis d’autant plus reconnaissant à la communauté TEDx Saclay de m’avoir offert l’opportunité de partager ma passion pour la communication des idées.

TEDxSaclay2019Phil 3- Comment expliquez-vous cette attitude bienveillante du public ?

TEDx Saclay, c’est, comme je le disais à l’instant, un vrai esprit de communauté, partagé aussi bien par les intervenants que le public. Ce dernier a donc tout naturellement envie de voir réussir les premiers. Tant et si bien que, lorsque je coache un intervenant, je l’invite à ne pas focaliser sur les risques de pannes techniques, mais à garder à l’esprit que les personnes qui sont du côté du public n’ont pas nécessairement envie de se retrouver tout seul sur le fameux tapis rouge à parler devant des centaines de personnes. Elles sont là pour vous le voir réussir ! Il faut donc qu’il envisage le public comme un allié. Et ce soir, on a clairement vu que celui-ci a été le meilleur ami du monde des intervenants. Mais encore une fois, ce n’est pas propre à cette édition. Depuis le début de TEDx Saclay, le public s’est toujours montré extrêmement positif, bienveillant vis-à-vis des intervenants.

- Venons-en au mot consacré au cours de cette soirée : « résonances », au pluriel. En quoi a-t-il été inspirant ?

On a pu voir ce soir à quel point la résonance peut renvoyer à des choses différentes, en quoi elle peut être utile et même nécessaire dans de très nombreux domaines scientifiques (l’optique, les nanoparticules, les neurosciences…), ainsi que dans les trajectoires personnelles. Pour moi qui m’intéresse aux idées, à la manière dont elles circulent, se diffusent, comment elles peuvent transformer les gens, la résonance faisait naturellement sens.

- Comment envisagez-vous la suite ?

Beaucoup de personnes sont venues me voir à l’issue de la conférence. Des chercheurs en particulier m’ont dit avoir pris conscience de leur tendance à se focaliser sur le contenu de leur intervention et du fait qu’ils gagneraient à être davantage attentifs au public, à la manière d’opérer cette transformation que j’évoquais. Si, donc, au cours d’un talk, on entre plus ou moins en résonance avec le public, je considère que la vraie résonance, c’est celle qui débute ici et maintenant, pour se prolonger bien après, au travers de ce que le public fera de ce qu’il a entendu, mais aussi des liens noués à cette occasion. Ce qui importe, finalement, ce n’est pas ce que nous, intervenants, disons à TEDx Saclay : c’est ce que le public en fait par la suite. Si, donc, l’événement est terminé, sa résonance ne fait que commencer.

Pour accéder aux autres échos à cette édition 2019 de TEDx Saclay, cliquer ici.

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