« Le Campus de Saclay partage avec l’ECP deux notions clés : l’échange et l’ouverture »

Pierre Veltz, Président-Directeur général de l'Etablissement public Paris-Saclay
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Président-Directeur général de l'Etablissement public Paris-Saclay, Pierre Veltz revient sur l’originalité du concours mixte et de la proposition du lauréat.

 - Quel enjeu représente le projet de l’ECP au sein du campus de Saclay ?

Pierre Veltz : Il est évidemment majeur. L’ECP est une des toutes premières écoles d’ingénieurs françaises. Sa venue sur le Plateau de Saclay renforce puissamment le pôle d’enseignement supérieur et de recherche, et constitue un élément essentiel de création de l’Université de Paris-Saclay. De surcroit, le projet pédagogique et architectural de l’ECP illustre parfaitement deux notions clés du Campus de Saclay dans son ensemble. D’une part, l’échange, d’autre part, l’ouverture.

Les formations d’ingénieurs et plus généralement le monde des sciences et des technologies ont longtemps été cloisonnés : distinction entre grandes écoles et université ; découpages entre grandes branches disciplinaires plus ou moins étanches. Le Campus de Saclay a vocation à dépasser ces cloisonnements. L’heure est plus que jamais à l’interdisciplinarité entre les sciences de l’ingénieur et les autres sciences. Par exemple, les sciences de la vie étaient jusqu’à présent assez peu en contact avec les disciplines traditionnelles de l’ingénieur. Or je suis convaincu que, dans les décennies à venir, l’interface entre les disciplines du vivant (santé, médecine, alimentation, biodiversité, etc.) et l’ingénierie va devenir décisive. Au-delà de Supélec, de l’ENS Cachan, du pôle de physique « matière et rayonnement » (CNRS-Paris Sud), partenaires naturels, le pôle santé-biologie qui va également se créer au Moulon sera un interlocuteur essentiel pour Centrale.

Dans l’ouverture, il y a aussi une dimension sociologique majeure. Au-delà des échanges entre les disciplines, il est fondamental que les étudiants de l’université et ceux des écoles d’ingénieurs se fréquentent dès le début de leur cursus d’études, notamment en partageant les résidences et la vie de campus. Je ne résiste pas enfin au plaisir de mettre en avant une autre notion chère à Hervé Biausser, à savoir la « sérendipité » : c’est-à-dire l’art de trouver ce qu’on ne cherchait pas, au hasard (orienté) du brassage, par l’ouverture d’esprit, la disponibilité à l’inattendu.

- L’implantation de l’ECP participe aussi d’un projet urbain…

Oui, l’objectif n’est pas de faire un campus strictement universitaire, mais de l’immerger dans la ville, précisément parce que la ville est propice à l’échange et à la sérendipité. A Saclay, la ville existe dans la vallée, mais pas sur le plateau. Sur le Plateau, nous voulons donc créer, dans le même mouvement, un ensemble universitaire et un quartier urbain attractif, vivant, confortable, pour les étudiants, les chercheurs, mais aussi pour des familles, de nouveaux habitants de Gif. Quand je dis « ville », je ne préjuge pas des formes urbaines, qui devront être innovantes. Avec le Maire de Gif, nous ne voulons pas faire la « cité des étoiles » de l’ex-URSS, réservée aux académiciens, mais un territoire où vivent des familles avec enfants, des écoles, des crèches, des commerces, des équipements culturels et sportifs.

D’où le choix d’un concours mixte, à la fois architectural et urbanistique, portant sur un bâtiment conçu en même temps que le quartier. Nous avons demandé aux équipes candidates d’avoir la double compétence d’architecte et d’urbaniste, de façon à concevoir ensemble le projet de bâtiment de l’ECP et le projet urbain.

- On connaît désormais le lauréat : l’agence OMA  dirigée par Rem Koolhaas et pilotée en France par l’architecte Clément Blanchet. En quoi sa proposition est-elle effectivement en adéquation avec le projet de l’ECP et du Campus de Saclay ?

Nous avons eu beaucoup de très bons projets, et les architectes et les urbanistes se sont fortement mobilisés. C’est toujours un choix cornélien de ne sélectionner qu’un projet ! Celui présenté par Oma répondait parfaitement à notre cahier des charges. On y retrouve les principes d’échanges et d’ouverture, à la fois dans la proposition architecturale et urbanistique. On hésite d’ailleurs de parler de bâtiment à propos de la future école, tant ce bâtiment est modulable et s’apparente déjà à une ville en elle-même, avec sa rue centrale connectée sur le reste du quartier, reliée à ce point nodal fort que va être la future station de métro, aux programmes de logements qui seront à proximité et aux équipements et lieux de vie. Cela n’a plus guère à voir avec l’école classique, grand bâtiment fermé qui ignore plus ou moins son environnement. Ici, tout est fait pour favoriser la perméabilité avec le reste du quartier. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans soulever quelques défis techniques et organisationnels, ne serait-ce que pour répondre aux exigences de sécurité.

- Quel est le rôle exact de l’EPPS dans ce projet ?

L’EPPS a un double rôle dans le projet de l’ECP : d’une part, nous sommes, en lien très étroit avec les collectivités, à commencer par la municipalité de Gif-sur-Yvette, en charge de l’aménagement de la ZAC du quartier du Moulon, d’où notre implication dans l’organisation du concours mixte.

D’autre part, nous serons, à la demande de l’ECP (le maître d’ouvrage) et de sa tutelle (MESR), en charge de la conduite d’opérations. Concrètement, nous mettons notre équipe spécialisée dans l’immobilier et la construction à disposition de l’école pour piloter cette conduite d’opération. A ce titre, l’EPPS a déjà largement contribué avec l’ECP à mettre en place le concours et à l’animer.

- Dans quelle mesure ce projet s’est-il inspiré de ce qui se fait ailleurs ?

Cette idée d’une école « laboratoire »  imbriquée dans l’univers urbain (Lab City) est originale. Un défi qui rend le projet particulièrement excitant. On a la chance d’avoir, avec OMA, une équipe visionnaire pour faire cela. L’idée de décloisonner est au cœur des préoccupations de toutes les grandes universités. On parle beaucoup d’excellence de nos jours. Souvent, elle est autoproclamée, ce qui la rend douteuse. Ce qui est sûr, c’est qu’elle se manifestera surtout dans les lieux et les institutions qui sauront le mieux décloisonner, qui seront les plus en pointe dans l’interdisciplinarité. Il ne s’agit plus de se contenter de réunir des disciplines pour les faire collaborer, mais d’intégrer les équipes dès l’amont.

- Quelles sont les échéances de ce projet à la fois architectural et urbanistique ?

Le bâtiment principal doit ouvrir en 2016. Mais le projet s’inscrit dans un programme ambitieux qui doit se réaliser sur une dizaine d’années. Centrale est une première étape emblématique de ce qui constitue le plus ambitieux projet de développement universitaire en Europe : l’ECP doit en effet être rejointe prochainement au Moulon par l’ENS Cachan (projet d’envergure comparable), par un important pôle d’innovation thérapeutique (Chimie, Bio, Pharmacie), par de nouveaux projets dans le domaine de la physique, sans parler des projets dans le quartier voisin de Polytechnique (EDF, Agroparistech, Télécoms, ENSAE…).

Propos recueillis par Sylvain Allemand.

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