« Le » Business Angel de Paris-Saclay. Rencontre avec Christian Van Gysel

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Pas une manifestation autour de l'innovation technologique programmée sur le Campus Paris-Saclay où on ne le croise pas. Et pour cause, en parallèle à son activité professionnelle, Christian Van Gysel est Business Angel au sein de Finance & technologie. Un engagement qui l'a amené à s'investir encore davantage dans la promotion de l'entrepreneuriat étudiant. Retour sur un parcours qui passe par l'Amérique Latine, le Japon, le Nigeria...

Pas une manifestation à Paris-Saclay autour du financement des start-up et de l’entrepreneuriat étudiant, au PROTO204, au 503, à IncubAlliance ou ailleurs où on ne le croise, avec ses cheveux mi-longs, sa chemise blanche et son costume impeccable, mais sans cravate comme il se doit dans l’univers des geeks. Naturellement, nous ne pouvions pas ne pas l’interviewer un jour. L’occasion s’est présentée le mois de février dernier. Nous apprendrons alors qu’il a posé spécialement un jour de congé. C’est que Christian Van Gysel a au moins une double vie : en plus d’être Business Angel, au sein de Finance & Technologie, il est cadre à Alcatel-Lucent (une entreprise à la pointe de l’innovation ouverte et collaborative à travers sa Cité de l’Innovation et son Fab Lab « Le Garage »). « Mais, nous rassure-t-il, j’en ai profité pour caler d’autres RDV. » L’entretien n’est que le 4e de sa longue journée.
Le nôtre avait été donné au PROTO204. Il ignore à ce moment-là, tout comme nous, qu’à l’issue de l’entretien, il sera enrôlé conjointement par La Diagonale Paris-Saclay et Sciences Essonne, qui y organisaient ce jour-là des ateliers dans le cadre de l’Année de la Lumière (rencontre fortuite dont nous avons rendu compte dans un précédent article ; pour y accéder, cliquer ici).
Naturellement, c’est sa vocation de Business Angel qui nous intéresse au premier chef, quitte à devoir nous préparer à des échanges très techno. Du moins le croyions-nous. Car s’il parle volontiers « investissements », « business plan », « technologies », très vite, nous nous surprenons à parler aussi philosophie, humanisme, circuit-court… Une ouverture d’esprit aiguisée par une longue expérience de l’expatriation, qui a débuté en 2003, au Nigeria. A défaut d’avoir fait naître sa vocation d’investisseur, c’est à cette occasion, dit-il, qu’il découvre l’esprit start-up.

La découverte de l’esprit start-up

Avant d’y venir, remontons encore dans le temps, à ses années d’études. A la différence d’autres acteurs de Paris-Saclay, lui, n’est pas issu d’une des grandes écoles d’ingénieurs qui y sont installées ou sont appelées à le faire. Originaire de Soissons, il a fait ses études à l’Université de Reims. Une particularité dans laquelle il voit un avantage : « Au moins, je ne suis affilié à aucun établissement du Plateau de Saclay ! » Un atout en effet compte tenu du rôle de « connecteur » qu’il revendique et de son implication au sein de l’Université Paris-Saclay où il concourt aujourd’hui à promouvoir l’entrepreneuriat étudiant.
Sa carrière professionnelle débute en 1988, comme consultant auprès d’Alcatel. Il rejoint le groupe industriel en 1994. Quelques années plus tard, en 1999, nous sommes alors en pleine explosion d’Internet. « Il y avait un besoin de nouvelles capacités en termes de débit entre les Amérique, du nord comme du sud, et l’Europe. » Alcatel-Lucent investit le marché, fort de son savoir-faire dans les fibres optiques. Christian Van Gysel se retrouve ainsi à participer au dépôt d’un câble sous-marin autour de Amérique du sud. Ce qui lui vaudra de se rendre chaque mois au Brésil et en Argentine, en particulier. Il participera à un projet comparable entre le Japon et les Etats-Unis. « Des expériences, qui ont été pour moi l’occasion de m’ouvrir au monde. Jusqu’ici, je n’avais pas spécialement été globe-trotter.»
En 2003, Alcatel-Lucent décroche un important contrat au Nigeria pour la mise en place d’un réseau de télécommunications. Christian Van Gysel se porte candidat pour participer à son déploiement. Il y restera deux ans et demi avec sa femme et ses enfants, au titre de directeur adjoint du projet. C’est donc à cette occasion qu’il rencontrera sa première start-up, comme il aime à dire. « Le client, un équivalent nigérian de Xavier Niel, voulait lancer un nouvel opérateur. C’était un vrai bonheur que de travailler avec lui. Il avait beau avoir déjà créé des entreprises, rencontré le succès, ce projet, c’était un peu comme son nouveau train électrique ! Il ne comptait plus ses heures pour le concrétiser. Son enthousiasme était communicatif. A travers lui, j’ai pu voir ce que signifiait le fait de créer une société. » Et à quelles conditions on pouvait parvenir au succès. « A son contact, j’ai pris la mesure de toute cette énergie positive qu’on retrouve quand on passe en mode création. Alors qu’il n’avait plus rien à prouver – il avait fait fortune dans le pétrole et la finance – il se comportait comme si c’était sa première société. C’est précisément ce qui m’a plu. »

Business Angel ou startupper par procuration

De là à créer à son tour sa propre start-up… « Naturellement, l’idée m’a trotté dans la tête. Mais force était de se rendre à l’évidence : si créer son entreprise vous procure de l’énergie, cela implique aussi des sacrifices. Avant d’en récolter les fruits, vous vivez comme une traversée du désert avec des hauts et des bas pendant un certain temps, plus ou moins long. Or, j’avais déjà deux jeunes enfants. Pas facile non plus de quitter une situation professionnelle plutôt confortable. »
Que faire ? Christian Van Gysel est encore tout étonné de la manière dont la solution s’est imposée d’elle-même. « Comme quoi, il faut toujours regarder un problème en face : si vous l’énoncez bien, la solution ne tarde pas à venir. » Elle consistera en l’occurrence, à défaut de créer sa propre entreprise, à aider les entrepreneurs à développer la leur, en investissant dans le capital et en les accompagnant. Bref, devenir un Business Angel au sein de Finance & Technologie.
Christian Van Gysel sourit encore à l’évocation des circonstances de sa rencontre avec son président-fondateur, Bruno Duval. « Il se trouve qu’il était le papa d’une copine de ma fille. Je savais tout au plus qu’il était entrepreneur. Il nous arrivait d’échanger autour des enjeux de l’internationalisation, mais sans aller plus loin. » Jusqu’à ce qu’il lui fasse part de son intérêt pour les start-up. « C’est alors qu’il m’invita à prendre deux jours pour assister à une manifestation organisée par son association. C’était à Bordeaux, en 2008. Une rencontre entre start-up et des investisseurs, c’est précisément ce que je cherchais.»
En règle générale, un Business Angel a le choix d’investir soit directement (entre 5 000 et 10 000 euros, pour le Business Angel « ordinaire », bien plus quand on est un Xavier Niel), soit par le truchement d’une Société d’Investissements de Business Angels (Siba). Christian Van Gysel optera pour cette seconde option. Il investit dans CapInitial, une Siba de Finance & technologie, dont le portefeuille se compose d’une demi-douzaine de start-up, parmi lesquelles une bien connue sur le Plateau de Saclay : Nanoplas. Hébergée au 503, elle est spécialisée dans le nettoyage de composants utilisés en nanotechnologie.
Les cinq autres couvrent un large spectre allant du paramédical à une technologie proche des Google glasses en passant par une solution innovante de packaging. La plupart sont elles aussi situées sur le Plateau de Saclay sinon en Ile-de-France, en vertu du principe suivant lequel les Business Angels se doivent de pouvoir rencontrer facilement leurs startuppers. « Vivant dans la vallée de l’Yvette, il était donc naturel pour moi de privilégier des start-up du Plateau de Saclay ou des alentours immédiats. »

5 réussites sur 6

Depuis, toutes sont encore en activité, à l’exception de l’une d’elles, qui a déposé le bilan deux ans après sa création. « Le risque du métier ! » Pas de quoi décourager Christian Van Gysel, même s’il y a laissé un peu de son épargne initiale. « Après tout, les autres ont survécu en franchissant le seuil fatidique des cinq premières années d’existence. »
Et le même d’insister sur une autre caractéristique du Business Angel : il n’investit pas seulement pur faire fructifier son épargne, mais vivre une aventure entrepreneuriale, fût-ce par procuration. « Il n’aura pas les contraintes de l’opérationnel que tout entrepreneur se coltine au quotidien. Mais il vivra tous les bons côtés de l’aventure : quand l’entreprise lance son produit, décroche son premier contrat, investit l’international… autant d’étapes passionnantes à vivre. »
Parmi les premiers enseignements qu’il tire de ses années d’expérience, il met en avant la patience. « C’est particulièrement nécessaire quand on investit dans le domaine de la technologie. Une start-up demande plusieurs années de maturation avant de décoller. » Le même souligne cependant les atouts que représente l’écosystème de Paris-Saclay : « On y dispose de tous les outils pour accompagner ses start-up dans leur développement, trouver les personnes compétentes dont elles ont besoin, que ce soit du côté des écoles d’ingénieur ou des laboratoires.»

Suite du portrait d’ici la fin de la semaine.

Légendes des photos : un souvenir de l’expatriation nigériane, avec Christian Van Gysel, debout, à droite – et les cheveux courts ! (en illustration de cet article) ; la Journée Entrepreneuriat Etudiant (JEE) à Polytech Paris-Sud.

 

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