Le bel Horizon du Plateau de Saclay

HORIZONPaysage
Horizon Computing Solutions est une société spécialisée dans les solutions clefs en main pour des opérateurs de services numériques, installée à Saint-Aubin. Nous en avons rencontré trois des salariés, lors de l’Open Compute Summit qui s’est tenu les 30-31 octobre derniers à l’Ecole Polytechnique. Lauréats de l’Hackathon organisé à cette occasion, en association avec un doctorant, ils témoignent de l’atmosphère de plus en plus propice à l’innovation qui règne sur le Plateau de Saclay. Malgré les contraintes imposées par les marchés publics…

Ils s’appellent Farshia Kamaloudine, Jean-Christophe Volkaerts, Vicente Tomas et Thibaud Ecarot. Ce dernier est doctorant à Télécom SudParis. Les trois premiers travaillent, eux, chez Splitted-Desktop Systems (SDS) rebaptisé récemment Horizon Computing Solutions.
Créée en 2006 par Jean-Marie Verdun, un diplômé de l’Université Paris-Sud, ancien directeur du développement Linux chez HP France, cette start-up, implantée à Saint-Aubin, propose aux opérateurs de services numériques des solutions clefs en main, depuis la conception des objets jusqu’aux services d’exploitation. Elle conçoit aussi bien du matériel – des boitiers, des décodeurs, des terminaux offrant un accès immédiat et sans bruit à Internet, etc. – que les systèmes d’exploitation et les piles logiciels pour tirer le meilleur parti du matériel. Aujourd’hui, elle est leader dans le segment des ordinateurs « sans ventilateur, silencieux et basse consommation ».
Pour se faire une idée exacte de son ambition dans l’univers informatique, on peut dire qu’Horizon Computing Solutions est à ce secteur « ce que Pininfarina ou Bertone sont au secteur automobile. ». La formule est du Limousin Business Angels qui a parié très tôt sur elle. Et la formule est tout sauf abusive. C’est manifestement la conviction de l’ensemble de la communauté mondiale des informaticiens ! La preuve : Jean-Marie Verdun n’a pas eu à faire un grand effort pour convaincre la Fondation Open Compute Project (OCP) d’organiser son célèbre forum mondial sur le Plateau de Saclay. Une première, inimaginable il y a encore quelques années.

L’open source décliné au hardware

Pour apprécier, cette fois, à sa juste valeur l’exploit, rappelons à l’intention des béotiens, que l’OCP a été créée à l’initiative de Facebook avec le concours d’autres géants de l’industrie (Microsoft, Intel…) dans le but de soutenir l’innovation au travers de collaborations ouvertes et internationales sur la base de spécifications ouvertes de matériel. Autrement dit, elle vise à décliner dans le hardware les principes de l’Open source qui a fait ses preuves dans le software. A l’origine, l’intention était de stimuler la conception de data centers moins énergivores en concevant et produisant des matériels plus efficaces (serveurs, stockage et centres de données pour les grands consommateurs de plateformes informatiques), la Fondation se bornant, elle, à définir des projets de haut niveau pour soutenir ces développements et à fournir une structure juridique pour faciliter le passage au marché.
En pleine croissance, la Fondation regroupe à travers plus 150 membres officiels, des ingénieurs à travers le monde, qui, deux fois par ans se réunissent dans le cadre d’un sommet mondial, l’occasion pour eux de présenter les dernières tendances technologiques conçues par la communauté OCP.
Jusqu’ici ce rassemblement collaboratif avait lieu aux Etats-Unis. Pour la première fois, il s’est donc tenu en Europe, sur le Plateau de Saclay, à l’Ecole polytechnique, les 30 et 31 octobre derniers. Près d’un millier de professionnels y ont assisté. C’est dire la portée de l’événement et la réputation de Jean-Marie Verdun, qui a d’ailleurs eu droit à une standing ovation.

Un quatuor complémentaire

Mais revenons à notre quatuor dont nous avons fait connaissance précisément à l’occasion de cette première édition. Au sein de Horizons Computing Solutions, Farshia Kamaloudine est en charge de la partie électronique et hardware des projets. Vicente Tomas (sans « h » insiste-t-il) a, lui, rejoint la société pratiquement à ses débuts, comme directeur technique produit, en charge, donc, de tout ce qui touche aux tests et qualifications. Actuellement, il est pris à 95% dans un programme européen, Entrance, porté par un consortium de six sociétés de quatre pays différents, auquel Horizon Computing Solutions assure la fourniture du matériel. Jean-Christophe Volkaerts est, lui, responsable achat et marketing. Bien que ce soit le dernier à avoir rejoint la start-up (en octobre dernier), ce n’est pas le moins prolixe. Il est vrai qu’il la connaissait déjà bien. « Avec mon précédent employeur, nous avions monté des projets en commun. » Contrairement aux apparences, il n’est pas ingénieur de formation, mais juriste. Mais que vient donc faire un juriste dans un secteur de si haute technologie ? On est d’autant plus surpris que Jean-Christophe maîtrise parfaitement le langage informatique. Notre surprise n’est que de courte durée : tout open que soit la communauté de l’OCP, le développement de solutions informatiques n’en repose pas moins sur une gestion de droits de propriété intellectuelle. Sans compter l’expertise juridique qu’exige la formalisation des contrats qu’Horizon Computing Solutions conclut avec ses clients.
Les trois se sont distingués lors de l’Hackathon organisé à l’occasion du sommet de l’OCP européen. Toujours à l’attention de nos béotiens, précisons qu’il s’agit d’un concours consistant à réaliser un exploit électronique sur 48 heures, en associant des professionnels et des doctorants, sur un thème soit libre, soit imposé, le résultat devant être en état de fonctionner. Pour l’occasion, ils ont dû s’associer à un chercheur avec lequel le courant est manifestement bien passé : Thibaud Ecarot, donc, doctorant à Télécom SudParis, qui travaille sur le placement des ressources virtuelles au sein d’infrastructures. « Je conçois des algorithmes qui permettent d’optimiser, par exemple, la consommation électrique en fonction du placement au sein de data centers utilisant des énergies propres en priorité. » On se risque à citer un exemple pour s’assurer d’avoir bien compris : « Comme les smart grids ? ». Réponse : « Oui bien sûr ». Ouf… Bien qu’ils soient d’univers différents, l’Hackathon a permis de souligner leur complémentarité. Thibaud : « Ils ont les compétences en électronique et en informatique ; moi, dans les algorithmes. » Il connaissait déjà ses trois acolytes du jour, pour les avoir rencontrés lors de meet-up organisés au sein de la communauté européenne de l’OCP, dont tous tiennent à souligner l’intérêt. Farshia : « Son intérêt principal est de faire émerger des idées nouvelles qu’une entreprise ne peut prétendre avoir seule. » Thibaud abonde : « L’OCP est une réponse adaptée aux difficultés que rencontrent les entreprises à disposer des ressources humaines et financières suffisantes pour travailler sur des projets innovants. Il les engage dans une logique communautaire pour mieux cultiver les synergies.» Jean-Christophe : « La fondation fixe des cahiers des charges pour le hardware, la différenciation intervenant dans la nature des services proposés ». Le même : « La propriété intellectuelle appartient à la fondation, mais l’exploitation peut être faite par n’importe quel membre. Les plans sont modifiables en fonction des besoins du client. »
Soit, mais trop d’ouverture, cela ne va-t-il pas à l’encontre de la sécurisation des résultats ? Farshia : « C’est tout le contraire ! La sécurisation d’un projet est d’autant plus faible qu’il est fermé. Plus il est open, plus le monde a accès aux sources, plus facilement le moindre problème peut être détecté en amont. Ce qui, au final, renforce la sécurité du projet. C’est en cela qu’il devient avantageux de rendre public le hardware, comme on l’avait fait avec le software. »
Soit, encore, mais comment convaincre des entreprises de s’engager dans cette double logique communautaire et d’ouverture, tout en étant dans une logique de compétition ? Jean-Christophe relativise les risques : « Certes, OCP Europe compte d’autres distributeurs que nous (Stack Velocity ou Hyve pour ne citer que les principaux), mais chacun a un savoir-faire qui lui est propre. Dans notre cas, c’est l’adaptabilité aux besoins du client. Hyves et Stacck Velocity sont plutôt dans une logique industrielle.»

L’Hackathon, et après ?

Et l’Hackathon, sont-ils fiers de l’avoir emporté ? En guise de réponse, ils s’échangent des regards au bord d’un fou rire. Et pour cause : ils ont été les seuls à concourir. « Un problème de communication » avance Farshia. Non sans humour, Jean-Christophe relève : « Heureusement que, même sans concurrents, nous avons su gagner ! » Toujours est-il que leur proposition n’a pas manqué d’impressionner le jury. Le principe, c’est Thibaud qui l’explique : « Optimiser des consommations électriques au sein de data centers en améliorant le remote management des composants [ la gestion à distance de matériels hétérogènes ] ». Et Jean-Christophe de préciser : « D’ordinaire, la recherche en vue d’optimiser la consommation des data centers porte davantage sur d’autres composantes que sur le remote management. Notre proposition a consisté à le rendre plus efficace en améliorant la gestion des ventilateurs utilisés pour le refroidissement. »
Forts de leurs 5 000 dollars reçus en guise de prix, ils ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Jean Christophe : « Nous envisageons l’intégrer dans un projet en cours, sous une forme plus élaborée.» De fait, le dispositif qu’il nous donne à voir s’apparente plus à un prototype sorti tout droit d’un FabLab.

Une atmosphère propice à l’innovation

Le doctorant Thibaud compte-t-il lui aussi poursuivre l’aventure ? « Pourquoi pas ». De là à devenir lui-même entrepreneur, pas sûr. « Ce n’est pas dans mes projets, pour le moment.» Cependant, le même tient à souligner l’atmosphère propice à l’innovation qui commence à régner sur le territoire de Paris-Saclay. Farshia abonde : « Le cluster de Paris-Saclay rapproche les gens et permet de mieux se connaître. Il y a un changement d’état d’esprit et d’ambiance que l’on sent très nettement. » Jean-Christophe : « Il y a une vraie dynamique, entraînante, qui facilite les connexions avec d’autres acteurs aussi bien privés que publics. » Vicente cite le partenariat qui a pu être noué avec « ses » voisins du CEA NanoInnov dans le cadre de son programme Entrance. « La diversité des profils est source de l’innovation. » Le même : « D’ailleurs, qui dit si nous aurions rencontré Thibaud autrement ? »
Bien que son école soit à Evry, ce dernier dit suivre de près l’actualité de Paris-Saclay : « Un département de notre école y est déjà installé et doit être rejoint par d’autres sites de l’Institut Mines Télécom. » Le même : « En tant que chercheur et doctorant, je travaille déjà avec différents acteurs du Plateau de Saclay comme l’Institut de Recherche Technologique (IRT) SystemX, par exemple. »
Et les sempiternels problèmes d’accessibilité du territoire ? Tous en reconnaissent l’existence. Thibaud : « C’est vrai que ce n’est pas simple de se rendre sur le Plateau. » Vicente tient cependant à relever les débuts d’amélioration avec la construction de la voie de bus en site propre. Tout au plus regrette-t-il de devoir attendre autant le métro, promis à l’horizon 2023…
Pour Jean-Christophe, le souci est ailleurs : « Malgré nos bonnes relations avec les acteurs du territoire, il est difficile de diffuser nos produits. Qu’il faille favoriser les PME locales, tout le monde en est d’accord, mais quand il s’agit de passer à l’acte…» La faute aux contraintes des marchés publics, un problème déjà évoqué par Sylvie Retailleau dans l’entretien qu’elle nous a accordé (pour y accéder, cliquer ici). Jean-Christophe regrette aussi que les acheteurs aient encore le réflexe de ne se tourner que vers les grandes marques. « Pourtant, le risque est moindre de s’adresser à une start-up comme la nôtre, car, en cas de problème, nous pourrions nous rendre chez un client en moins d’une heure. »
Dans l’entretien qu’il nous a accordé (pour y accéder cliquer ici), Pierre Gohar, le directeur délégué à l’innovation de Paris-Saclay, annonce l’engagement des responsables achats des industriels présents sur ce territoire à soutenir davantage les start-up « locales ». L’avenir dira si cela augure d’un nouvel horizon pour celle de Saint-Aubin.

Légendes photos : démonstration de la proposition de l’équipe lauréate de l’Hackathon, lors du sommet européen de l’OCP (en illustration de cet article) et l’équipe lauréate au complet (en Une, petit format).

 

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