La solution SeaView pour bien voir en eaux troubles. Entretien avec Juliette Bezier

JulietteBezierPaysage
Nouvel et dernier écho au forum des élèves-ingénieurs de la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE) de l’Institut d’Optique, qui s’est tenu le 31 dernier, à travers cette fois le témoignage de Juliette Bezier (2e en partant de la droite), en 2e année de FIE, dont le projet vise à améliorer la visibilité sous-marine. Ni plus ni moins.

- Si vous deviez pitcher votre projet…

C’est un projet que je poursuis avec trois autres élèves (dont une présente comme moi sur le site de Palaiseau, les deux autres étant sur le site de Bordeaux). Baptisé SeaView, ce projet est destiné à faciliter la maintenance d’équipements situés en eau turbide (plateformes offshores en mer, barrages en rivière,…), en améliorant la visibilité sous l’eau. Nos caméras permettraient de faire abstraction des particules en suspension, qui empêchent de voir avec précision et obligent, donc, à se rapprocher au plus près des équipements.

- Un peu comme ces appareils qui, dans le domaine auditif, permettent de distinguer ce qu’on souhaite entendre, du reste de l’environnement sonore…

Oui, cette analogie convient tout à fait pour rendre compte de ce que nous voulons faire dans le domaine de l’optique. Tout comme on filtrerait le bruit d’un environnement sonore, on filtrerait les particules en suspension, qui empêchent les robots sous-marins de bien voir ce sur quoi on veut intervenir.

- Nous en voyons bien l’intérêt au point de nous demander pourquoi d’autres n’y avaient pas pensé avant vous…

Naturellement, d’autres ont réfléchi à des solutions. Mais celles qui sont actuellement proposées le sont par des enseignes soit généralistes, soit spécialisées dans d’autres domaines. Concrètement, une société pétrolière, qui exploite des plateformes off-shore – pour ne prendre que cet exemple – aura tendance à faire appel à des prestataires extérieurs, lesquels se borneront à recourir à des robots sous-marins équipés de technologies ultrasonores peu précises, sans penser à solliciter des spécialistes en optique pour la mise au point de solutions moins onéreuses. Forts de ce constat, nous nous sommes dits qu’il y avait un créneau à investir.

- Et les spécialistes de l’optique, pourquoi ont-t-ils tardé à investir ce créneau ?

Encore fallait-il qu’on leur soumette le problème ! Dans notre cas, il l’a été par deux professionnels des interventions sous-marines – dont un ancien plongeur démineur, qui nous a exposé ses problèmes en ayant l’intuition que des spécialistes de l’optique pourraient apporter une solution pertinente. C’est ce que nous nous sommes engagés à démontrer à travers notre projet Seaview.

- Au passage, c’est une belle illustration de ce qu’est l’entrepreneuriat innovant : à savoir la capacité, par un regard décalé, d’apporter des solutions novatrices à des problématiques auxquelles d’autres sont confrontés…

C’est bien la manière dont nous envisageons notre démarche d’innovation entrepreneuriale !

- Etant entendu que vous n’en êtes qu’au début de l’aventure…

En effet, nous avons commencé à réfléchir à notre projet qu’à partir du mois de janvier de cette année. Nous n’en sommes qu’au stade de la preuve de faisabilité : nous nous employons à démontrer que la suppression des particules est possible au moyen de technologies photoniques. Mais nous avons déjà été lauréats du Prix du Millésime à Bordeaux (délivré par Accede Aquitaine Entrepreneurs) et du concours PEPITE Tremplin (organisé par le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation) pour la Région Nouvelle Aquitaine.

- Vous assistez au forum FIE. Quels sont les retours ?

Ils sont plutôt positifs. Plusieurs visiteurs nous ont laissé leur carte de visite. Ils attendent bien sûr la preuve de concept, mais trouvent déjà le projet porteur.

- En quoi l’écosystème de Paris-Saclay est-il favorable à son développement ?

C’est un écosystème particulièrement riche. Nous bénéficions déjà d’un accompagnement. Nous avons été invités à participer à un Challenge Start-up, dont le premier prix est un séjour dans la Silicon Valley. Ce qui nous permettrait de nous ouvrir des opportunités à l’international.

- On dit que l’entrepreneuriat innovant est une voie encore difficile pour les filles. Vous apportez la démonstration du contraire…

Oui et d’autant plus que sur les quatre personnes que compte notre équipe, il y en a trois ! Aujourd’hui, à l’occasion de ce forum, c’est moi, avec une autre d’entre elles, qui portons le projet et nous n’avons pas de complexe à le faire ! Et puis, comme vous pouvez le constater, il y a bien d’autres filles, qui participent à ce forum !

A lire aussi les témoignages de Baptiste Cerisier, en 1re année de FIE à Bordeaux (pour y accéder, cliquer ici) et de Diane Toulet (encore une fille !), en 1re année de FIE à Palaiseau (cliquer ici).

2 commentaires à cet article
  1. Ping : Gaspillage alimentaire : la prometteuse proposition WastAware. Rencontre avec Diane Toulet | Paris-Saclay

  2. Ping : Vocabulle, un dico pour sourds et entendants… Rencontre avec Baptiste Cerisier | Paris-Saclay

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