La science en partage

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Titulaire d’une thèse en physique, elle aurait pu faire carrière comme chercheur dans un laboratoire. Elle a préféré se consacrer à la médiation scientifique et technique. En septembre 2013, elle a rejoint le Campus Paris-Saclay pour animer La Diagonale Paris-Saclay, un programme d’actions ayant vocation à faire dialoguer science et société.

« Une thèse de physique à la Faculté d’Orsay ? C’était difficilement concevable. J’habitais Paris. Je ne me voyais pas prendre le RER tous les jours pour aller aussi loin ! » Ainsi s’exprime Stéphanie Couvreur, aujourd’hui chef de projet à La Diagonale Paris-Saclay, ce qui lui vaut de prendre non seulement le RER B, mais aussi le bus pour rejoindre ses bureaux, localisés au sein de la Fondation de Coopération Scientifique (FCS) Campus Paris-Saclay, en plein milieu du Plateau de Saclay… Et manifestement, elle ne s’en plaint pas plus que cela. Il est vrai qu’elle s’est depuis installée à Bagneux, ce qui réduit le temps de trajet, à défaut de garantir la régularité de la ligne… Et puis on perçoit bien que ses fonctions qu’elle exerce depuis peu (elle a été recrutée en septembre 2013), la passionnent ! Il s’agit ni plus ni moins d’assurer une des missions méconnues et néanmoins essentielles des établissements de recherche, à savoir : contribuer à éclairer les débats de société autour des enjeux de la science.

Entre-temps, il y eut des études scientifiques à Paris, donc : à l’ENS de la rue d’Ulm (qu’elle intègre en 2006) et à l’Université Paris Diderot pour le cursus Licence/Master/Thèse. Elle aurait donc pu devenir elle-même chercheur. Mais la perspective de travailler de longues heures, seule, à la paillasse, non merci… La science, Stéphane Couvreur l’a avant tout en partage. « J’ai toujours eu ce goût d’aller à la rencontre des autres et d’échanger. »

La découverte de la médiation scientifique

Bien avant sa thèse, elle s’était d’ailleurs engagée dans la médiation scientifique. « A l’ENS, j’avais suivi les cours de Richard-Emmanuel Eastes, le fondateur des Atomes crochus, une association qui œuvre justement à faire connaître la science au grand public. Puis il y eut une formation de l’Association Science Technologie Société (ASTS). « En plus de mes études, j’ai ainsi commencé par faire des tournées dans des centres de vacances.» Une expérience formatrice. Et pour cause. « Aller parler science à des vacanciers sur la Côte d’Azur exige une force de conviction ! »

Une autre rencontre devait se révéler déterminante. Une rencontre avec… un lieu à part : le Palais de la Découverte, à Paris ! « J’ai souvenir d’y être allée enfant, avec ma mère, et d’avoir fait comme d’autres l’expérience de l’électrostatique. Le fait de me retrouver avec les cheveux dressés sur la tête m’avait beaucoup plu ! ». Elle devait y retourner au collège puis au lycée. « C’est un lieu qui m’a toujours fasciné. D’ailleurs, plus tard, je m’y rendais pour réviser mes oraux de prépa. » Tant et si bien qu’en licence, elle entretint l’espoir d’y décrocher un petit boulot. « Manque de chance, je suis tombée sur un doctorant qui m’a dit de revenir, une fois en thèse… » Ce ne sera que partie remise et plus tôt qu’elle ne le pensait. Entre-temps, avant de s’engager en master 2, elle décide de prendre une année sabbatique pour effectuer un « service volontaire européen ». Nous sommes en 2008. Destination… la Bulgarie, où elle intègre une association de… théâtre. « A cette époque, dit-elle comme pour se justifier, je me posais des questions existentielles : devais-je continuer à faire de la science ? Ou me consacrer à cet autre centre d’intérêt, le théâtre ? » Finalement, l’appel de la première fut plus fort… Le temps d’enchaîner sur une autre expérience, l’enseignement des mathématiques dans un lycée, elle reprend le chemin de l’université pour s’inscrire en master 2.

Sans attendre d’être en thèse, elle adresse une lettre motivation à la direction de son lieu préféré. « Je sais bien, expliquais-je en substance, que je ne suis pas en thèse, mais j’ai tant envie de travailler chez vous ! J’ai déjà expérience, etc.» Bien lui en a pris. Elle fut recrutée sur le champ. « C’est ainsi que j’ai rejoint l’équipe de médiateurs de physiques du Palais de la Découverte où je me rendais un week-end sur deux. » « Un très bon souvenir », dit-elle encore, malgré la charge du Master 2.

Une thèse en hydrodynamique

Elle poursuivra d’ailleurs durant sa thèse de physique. « Une thèse en hydrodynamique » précise-t-elle. Devant notre regard intrigué, le talent de la médiatrice s’exerce aussitôt : « Elle portait sur l’instabilité des filets liquides qui s’écoulent sur les surfaces. Je passais ainsi mon temps à faire couler de l’eau sur des vitres pour en étudier la trajectoire. » La première question qui traverse l’esprit du béotien – « Mais à quoi cela peut-il bien servir ? »- se dissipe d’elle-même à la lumière des explications que Stéphanie Couvreur donne du phénomène. « Prenez l’eau qui s’écoule sur le pare-brise d’une voiture, quand il pleut. Le filet n’est jamais parfaitement rectiligne. Il arrive que des méandres se forment. Cela est dû aux forces centrifuges qui sont elles-mêmes fonction de la direction de la voiture et de sa vitesse. Plus elle est élevée, plus les forces centrifuges sont fortes, plus le filet se déforme. » CQFD. A défaut d’être toujours convaincu par l’enjeu, on apprécie l’illustration de la motivation profonde du chercheur : apporter des explications à des phénomènes qu’on observe au quotidien. « C’est en cela que l’hydrodynamique m’intéressait : c’est une nouvelle façon de voir des phénomènes ordinaires et qui émerveillent pour peu qu’on se montre attentif. » Et la même de sourire à l’évocation d’un… lâcher de physiciens sur une plage. « Nul doute que vous les verriez scruter la moindre vague, le moindre creux, la moindre ondulation du sable, etc., et s’émerveiller du spectacle de ces phénomènes physiques auxquels le commun des mortels ne prête plus la moindre attention. »

Il s’en fallut de peu cependant qu’elle ne devienne archéologue. « Je pensais que j’étais faite pour ce métier. Mais en participant à des chantiers de fouille, force a été de constater que c’est quand même un peu fatiguant ! J’ai donc débuté mes études supérieures en m’orientant vers les sciences physico-chimiques, appliquées à l’archéologie. » Durant l’été 2007, elle fait un stage au centre de recherche et de restauration des musées de France. Encore un très bon souvenir. « Il se trouvait dans les sous-sols du Louvre et toutes sortes de chercheurs y travaillaient : des archéologues bien sûr, mais aussi des chimistes, des spécialistes du pollen ou des cernes de bois, des physiciens, des conservateurs… Cette pluridisciplinarité me plaisait beaucoup. En revanche, les sciences physico-chimiques ne m’intéressaient pas plus que cela. C’était intéressant d’en faire dans un contexte pluridisciplinaire, au milieu de ces chercheurs tous passionnant les uns que les autres, mais transposées dans un contexte plus banal, je ne me voyais pas y travailler. »

Parallèlement à sa thèse, elle se rend donc au Palais de la Découverte, à raison d’un week-end sur quatre, pour des missions de diffusion scientifique et technique, tout en investissant d’autres structures comme « Doc en Stock », présidée par un certain Ronan James (devenu depuis le responsable du PROTO204 !), le centre culturel F93, tout en fréquentant la communauté de la culture scientifique et technique.

Loin d’en pâtir, la thèse sera soutenue avec succès en juin 2013, récompensée de surcroît par le prix L’Oréal pour les Femmes et la Science. De quoi nourrir sa réflexion sur le statut de l’autre moitié de l’humanité dans le monde scientifique qu’elle fréquente. « J’y réfléchissais déjà avant de connaître l’existence de ce prix, mais il m’a incité à faire prendre conscience à mes collègues du poids des stéréotypes dont les femmes peuvent encore pâtir, y compris dans l’univers des sciences. »

Une fois la thèse soutenue, elle opte donc pour la médiation. « Ce qui m’intéresse dans la recherche, insiste-t-elle, c’est le partage de la connaissance, les moments d’échanges. Je ne me voyais pas travailler à la paillasse : un travail solitaire, virant parfois à l’acharnement ! En revanche, la médiation me permet de rester à proximité des laboratoires, tout en contribuant à la diffusion de la science, au contact des autres. » Au printemps 2014, elle postule pour La Diagonale Paris-Saclay, sans guère d’illusion. « J’ai eu beaucoup de chance, dit-elle ». Sans qu’on sache pourquoi sauf à considérer que c’est de celle qui favorise les esprits préparés…

Pour accéder à la suite de la rencontre avec Stéphanie Couvreur, à travers l’entretien qu’elle nous a accordé, cliquer ici.

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