La Royale Factory : une fabrique du rire près de chez soi

La Royale Factory à Versailles
Royale Factory paysage
Versailles, son château, son parc, son centre historique et, le sait-on, sa… Royale Factory, un café-concert et théâtre, installé en pied d’immeuble, à deux pas de la gare de RER, et qui se propose de faire rire à travers des one man ou woman shows.

A l’origine de la Royale Factory, il y a une bande de 5 quarantenaires – Marie-Laure, Nicolas, Eric, Thierry et Christophe – unis par une même passion : celle du café-théâtre. Leur projet de créer une salle de spectacle dédiée aux one man ou woman shows est ancien  : « Nous en parlions depuis des années, précise Marie-Laure. Nous étions tous de Versailles ou des environs. Nous en avions assez de devoir aller jusqu’à Paris pour voir un spectacle, en ayant de surcroît à subir les bouchons et perdre notre temps à trouver une place de stationnement. »

Le rêve commence à devenir réalité en 2007-8, avec le rachat d’un local occupé précédemment par un ancien cinéma. Mais, il faudra attendre janvier 2011 pour assister à l’ouverture effective. Entre-temps, d’importants travaux ont dû être réalisés pour passer de la salle obscure à un cabaret où on puisse se restaurer avant d’assister aux  sketchs. « Il a fallu abaisser le plafond, rétablir l’horizontalité du sol… ».

Tous ces amis sont soudés par des liens plus qu’amicaux : Marie-Laure n’est autre que l’épouse de Christophe et la sœur de Nicolas, Eric étant son beau-frère ; quant à Thierry, « c’est un ami de longue date ». Aucun n’est un enfant de la balle : Marie-Laure vient du monde social, les autres de la restauration ou de l’immobilier. La plupart savent donc au moins ce qu’est le monde de l’entreprise. Car c’est bien d’une entreprise de droit privé qu’il s’agit (une SARL en l’occurrence). En conséquence de quoi, ils ne peuvent prétendre à des subventions. « Mais au moins, nous sommes libres dans nos choix de programmation » souligne Marie-Laure. Des « Mais vous êtes fous de vous lancer dans cette aventure ! », elle et alii en ont entendu. La passion a été plus forte, sans pour autant leur faire perdre le sens des réalités. « Nous sommes vigilants sur les moindres dépenses. » Et puis le résultat est là : cette salle dont on pourrait penser qu’elle a toujours existé tant elle dégage au premier abord une âme, avec sa scène, ses fauteuils confortables disposés autour de tables avenantes.

Une salle bien équipée et avec une âme

Les artistes et autres professionnels du monde du spectacle qui viennent pour la première fois sont « bluffés ». Bien équipée, en termes d’éclairage, de régie ou d’insonorisation, la salle permet de travailler dans les meilleures conditions. « Nous avons investi dans du matériel de qualité, dernier cri, adapté à la configuration du lieu. » Des artistes de renom n’ont pas hésité à y faire escale, malgré sa relative exiguïté. Parmi eux, le célébrissime guitariste Mike Stern ou encore le jazzman Christian Vander… Car la salle est configurée pour recevoir aussi des concerts de musique. « En poussant les tables, on peut accueillir jusqu’à 150 personnes. »

Conquis par le lieu, mais aussi la qualité de la programmation, le public l’est aussi. « Les personnes qui viennent assister à un spectacle ne le regrettent pas. On le voit à la manière dont ils s’attardent un peu avant de s’en retourner chez eux. »

Encore faut-il qu’ils fassent l’effort de pousser la porte vitrée du café-théâtre… A l’évocation de la fréquentation et de son évolution, l’enthousiasme de Marie-Laure baisse d’un ton. « Versailles compte 80 000 personnes, or il nous arrive d’avoir à peine une vingtaine de spectateurs. » La faute à la concurrence parisienne, mais certainement pas des environs. Car si l’offre théâtrale est tout sauf négligeable en Yvelines, elle ne comptait pas jusqu’alors de salle de cabaret.

En attendant le bouche-à-oreille

« Nous pensions qu’au bout de deux ans, la fréquentation décollerait par la magie du bouche-à-oreille. Il va falloir patienter encore un peu. » Des spectacles arrivent à remplir la salle, mais ils font encore exception.  La faute à la crise ? Pour Marie-Laure, elle aurait plutôt bon dos. La fréquentation a ses raisons que le théâtre ignore : « C’est variable d’un spectacle à l’autre, mais aussi pour un même spectacle. L’autre jour, nous avions 90 personnes, le lendemain une dizaine. Allez savoir pourquoi ? A se demander si les Versaillais aiment rire » Ou connaissent la crise : on dit que c’est en ces périodes que les spectacles humoristiques rencontrent le plus de succès…

Le public se recrute principalement dans les communes avoisinantes. « Des gens viennent du fin fond des Yvelines. Et même des Hauts-de-Seine, d’Issy-les-Moulineaux ou de Courbevoie. Malgré la desserte de la ville par pas moins de quatre gares, ils viennent le plus souvent en voiture. Quant aux Parisiens, Marie-Laure ne désespère pas de les voir venir. « Tenez, l’autre jour, ils y en avaient. Sans doute des amis de l’artiste qui se produisait ce-jour-là, mais c’est quand même un début. »

Plutôt que la crise, elle pointe l’influence du petit écran. « Les gens vont voir les humoristes qu’ils ont vus à la TV. Peu prennent le risque d’aller en voir un qui débute. » Plusieurs conséquences en forme de quadrature du cercle en découlent pour des salles de spectacle comme la Royale Factory : « Il suffit qu’un humoriste passe à la TV pour que le prix de son spectacle enfle. » Si seulement la TV sélectionnait les vrais artistes… « Ce ne sont pas les plus connus qui me font le plus rire. D’autres gagneraient à être soutenus.» Et Marie-Laure de citer, entre autres exemples, Jean-Philippe Visini. « Franchement, il est très drôle. Seulement la TV ne l’a pas encore identifié. Nous, nous avons cru en son talent.»

La fidélisation du public est d’autant plus cruciale pour la Royale Factory que, à la différence des salles parisiennes qui louent les salles (charge aux artistes de convaincre), elle se rémunère en partageant les recettes avec les artistes. Les spectacles sont en conséquence sélectionnés avec soin. « Tous ceux que nous programmons ont été vus par plusieurs d’entre nous, voire une seconde fois en cas de doute. » Car pour accueillir des spectacles, Marie-Laure et ses comparses n’en continuent pas moins à fréquenter les cabarets parisiens. « Nous sommes des aficionados, nous continuons à sortir, au moins une fois par semaine. » Et pas question de sélectionner un spectacle en fonction des rires entendus dans la salle. « Il faut d’abord qu’ils nous plaisent. »

Ce qui n’empêche pas une programmation diversifiée. Actuellement, la Royale Factory programme de l’« humour musical » (Sophie l’Harpiste), de l’humour « qui parle du quotidien » (Olivia Moore) et même de l’humour « de philosophe ».

Des idées pour fidéliser le public

Au début, le café-théâtre proposait un spectacle pratiquement tous les soirs. Aujourd’hui, il n’en propose plus que le vendredi et le samedi soir. Même la restauration a été revue à la baisse. « Nous proposions des assiettes améliorées, mais comme les gens ne réservaient pas, on en était réduit à jeter beaucoup. » Des assiettes plus simples sont proposées. La Royale Factory a eu beau diversifier son offre en proposant des concerts de jazz tous les jeudis soir ou encore des places à tarif réduit sur le service de réservation billet-réduc, la fréquentation reste aléatoire.

L’équipe s’est aussi mise en quatre pour attirer les étudiants. A cette fin, elle s’est rapprochée de bureaux des étudiants ou d’élèves de grandes écoles ou de l’université, en proposant un tarif préférentiel (10 euros sur chaque spectacle).

Et les médias ? Hormis Les Nouvelles de Versailles, qui rendent régulièrement compte de la programmation, pas d’autres échos de leur part, que ce soit la presse, la radio ou la TV. « « Nous ne sommes pas du sérail. Nous ne savons pas à qui nous adresser. On nous demande d’envoyer les infos par e-mail et puis plus rien. Bref, nous avons encore beaucoup à apprendre… »

Pour autant, l’équipe ne baisse pas les bras. Une deuxième séance a d’ores et déjà été ajoutée le samedi. A la rentrée, des spectacles seront proposés le dimanche après-midi, à l’attention des familles. Et à la Royale Factory, les idées ne manquent pas. Déjà, elle ouvre ses portes à d’autres manifestations : en plus de concerts, elle accueille du théâtre d’improvision, des spectacles de fin d’année, etc Une soirée « première scène » va être inaugurée en mai. Le principe : permettre à des amateurs de se produire, quelques minutes, le temps d’un sketch ou d’une chanson. « Olivier de Benoist a accepté d’en être le parrain. » Les amateurs de one man et woman shows sauront apprécier l’honneur fait à la Royale Factory. Comment le lien a-t-il été noué ? « Nous sommes associés à Kandidator, une scène ouverte parisienne, animée par la comédien et producteur René-Marc Guedj. »

Ainsi, petit à petit, l’équipe a noué de précieux contacts avec des professionnels du monde de l’humour, en ayant su transformer ses apparences faiblesses en chances et opportunités. « L’avantage de ne pas être du sérail, c’est que cela incite à prendre la peine de se présenter sans se poser de question. On ne reste pas enfermer dans notre théâtre, on va à la rencontre des gens, des artiste, des directeurs de salle, etc. » C’est ainsi qu’au Festival du rire de Rocquencourt, où ils se sont rendus la première fois en 2011, ils ont abordé Eric Bouvron, son directeur artistique en le convainquant de venir voir leur salle. Conquis, celui leur a proposé d’y organiser la présélection du festival, qui se déroule au mois de novembre. « Les candidats passent à tour de rôle, une dizaine de minutes. Ils sont sélectionnés par le jury en présence du public. Une soirée très sympa. » Marie-Laure fait désormais partie dudit jury, ce qui lui permet de rencontrer d’autres personnalités, comme Patrice Laffont, qui le présidait l’an passé.

Un modèle économique original

En attendant de parvenir à gagner leur vie des seules recettes de spectacle, l’équipe loue la salle à des entreprises et aux collectivités pour les besoins de leur séminaire. A défaut de subventions publiques, ils ont déposé une demande auprès de Sacem. Hormis Marie-Laure qui a renoncé à son emploi pour se consacrer pleinement à l’aventure, tous continuent à travailler en parallèle. Ainsi, petit à petit, s’est esquissé un modèle économique original.

Et du côté des réseaux sociaux ? « Autant le dire, nous ne sommes pas à la page. » Ils ont cependant la leur sur Facebook et disposent d’un site web de très bonne facture (le lecteur pourra en juger par lui-même en cliquant ici).

D’ores et déjà, ils sont parvenus à se faire connaître auprès d’acteurs du territoire. « Les centres de loisirs et les maisons de quartier nous ont intégrés dans leur programme de sorties. » La Royale Factory propose des spectacles pour enfant, pendant les vacances. « Nous en accueillons plus de 150 ! ». A quoi s’ajoute l’accueil d’expositions d’artistes dans la salle du bar, située au sous sol, juste avant la salle de spectacle.

Petit à petit, le théâtre anime le territoire versaillais en assumant une fonction socioculturelle. Ce dont a manifestement pris conscience la municipalité : elle relaye le programme à travers le bulletin municipal et ses affiches.

Et les personnalités locales, comme les frères Podalydès qui se sont fait connaître avec leur film autour de Versailles Rive Gauche (la gare située à deux pas de la Royale Factory) ?  « Malheureusement, nous ne les connaissons pas personnellement. L’un ou l’autre ferait un très bon parrain ! » A bon entendeur salut…

2 commentaires à cet article
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