La robotique à l’heure de la 5G. Rencontre avec Tristan Barraud de Lagerie

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Le 14 novembre dernier, la Cité de l’innovation de Nokia accueillait la 3e édition de son 5G Smart Campus Event, à Nozay. En voici un écho à travers le témoignage de cet ingénieur qui présentait un robot haptique aux applications potentiellement multiples tant dans l’industrie qu’en médecine.

- Pouvez-vous pour commencer par présenter l’objet de votre démo ?

C’est un robot haptique, conçu en partenariat avec des académiques, en l’occurrence de l’université de Munich. Tandis qu’ils nous ont fait bénéficier de leurs compétences en robotique – un domaine qui ne relève pas de nos premiers cœurs de métier – nous leur avons fait profiter des nôtres dans la 5G. Le démonstrateur que vous avez sous les yeux se composent d’un premier plateau sur lequel ont été placés des matériaux aux textures différentes – lisse, semi ou très rugueuse – qu’un capteur permet de saisir. Les données sont transférées via un réseau 5G, à un opérateur intervenant depuis un second plateau. Elles sont traduites en mode haptique de façon à lui permettre de sentir mécaniquement, à distance, ces matériaux.
En cela, c’est une contribution à l’industrie 4.0, dont l’une des ambitions est, rappelons-le, d’assurer la migration des sites classiques d’activité industrielle (usines, ports, mines…) vers la connectivité des robots, par de la 5G ou même de la 4G, de façon à permettre une plus grande flexibilité de leurs machines et, par la même, de réaliser des gains de productivité…

- « Migration » avez-vous dit. Est-ce à dire qu’il ne s’agit pas forcément d’envisager des sites d’un type nouveau, pour ne pas dire futuristes, comme le suggère une vision médiatique, mais bien de partir de l’existant en l’adaptant aux possibilités offertes par le numérique (big data, intelligence artificielle…) ?

Parfaitement. D’ailleurs, nos cas d’usage, nous les identifions à partir de notre propre expérience des réseaux sans fil 4G, aujourd’hui, 5G, dans un futur très proche, dans nos usines, celle d’Oulu [Finlande] en particulier où nous fabriquons nos stations de base 4G et 5G. Des robots y circulent déjà pour transporter des composants d’une chaîne de production à l’autre.

- Quelle est la valeur ajoutée de celui que vous présentez ?

Opérer des machines à distance est un des principaux cas d’usage de l’industrie 4.0. Les opérateurs y exécutent aujourd’hui des tâches à partir d’un feedback vidéo comme, par exemple, ceux qui, dans une zone portuaire, chargent et déchargent des bateaux, depuis une grue – ils disposent pour cela d’une caméra sans fil, qui leur permet ainsi de piloter l’opération. Ceci est déjà implémenté avec la 4G de Nokia aujourd’hui. La 5G va apporter des débits permettant l’utilisation de plus de caméras et de meilleures résolutions (4K). Surtout, elle répond à une limite qui tient à la latence entre les gestes effectués par les opérateurs et les résultats qu’ils peuvent en voir. Notre objectif est donc de mettre à profit la 5G pour réduire cette latence et améliorer la réactivité de l’opérateur, en lui assurant, en plus d’un retour vidéo, un retour sensoriel comme, dans le cas de l’opérateur du port, le vent ou la vibration des câbles.
De manière générale, notre robot peut intéresser les opérateurs procédant à des manipulations en salles blanches ou intervenant dans des industries qui les confrontent à des situations critiques : l’industrie chimique, l’industrie nucléaire, l’industrie pharmaceutique… Des industries où il est préférable que des matériaux ou substances soient manipulés « physiquement » par des robots plutôt que par des humains.

- Avec la perspective à terme d’évacuer la moindre présence humaine ?

Non, les cas d’usage auxquels nous nous intéressons visent juste à renforcer la sécurité des personnes. La présence humaine reste indispensable ne serait-ce que pour piloter les robots, fût-ce à distance.

- Envisagez-vous des applications en dehors du monde industriel ?

Oui. Je pense en particulier à la médecine, où on pourrait imaginer un jour qu’un médecin, doté de gants haptiques, puisse ausculter le corps d’un patient – un cas d’usage prometteur dans le contexte des déserts médicaux. A plus ou moins longue échéance, nous pourrions aussi imaginer des opérations à distance – sur des accidentés de la route ou des victimes de catastrophe naturelle nécessitant une intervention rapide, le chirurgien opérant à distance depuis son hôpital…
Des applications qui supposent de réduire le temps de latence et de disposer de réseaux aussi fiables que possible (on imagine mal un chirurgien devant interrompre une opération en cours de route). C’est tout l’enjeu de la 5G.

- J’ai bien noté le partenariat avec l’université de Munich. Mais qu’en est-il de l’écosystème de Paris-Saclay ? Dans quelle mesure est-il favorable au développement de votre technologie ?

Il l’est assurément. Nous en faisons partie intégrante. Nous réalisons d’ailleurs l’entretien à la Cité de l’innovation, à l’occasion du 5G Smart Campus de Nokia, à Nozay. Rappelons que ce site est l’un des premiers retenus en France pour mener des expérimentations à partir d’un réseau 5G dédié et de cas d’usage soumis par de grands industriels et des start-up. Ce dont ne manque pas cet écosystème de Paris-Saclay.
En plus d’experts en robotique, le développement de nos tests exige de pouvoir nous associer à des experts en capteurs et senseurs, mais aussi en IA et en algorithmes. Ce dont ne manque pas non plus cet écosystème, dans lequel nous nous retrouvons au final à jouer un rôle d’assembleur, avec l’ambition de montrer l’intérêt de la 5G et ses potentialités, dans un large spectre de domaines d’activités.

 

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