La future implantation de l’Institut Mines-Télécom exposée à la Maison de l’Architecture

IMT - Paysage
Le 24 septembre dernier était inaugurée, à la Maison de l'Architecture, l’exposition consacrée à la future implantation de l’Institut Mines-Télécom sur le Campus Paris-Saclay, en présence des architectes de l’agence Grafton, lauréate du concours. L’occasion pour plusieurs représentants des établissements concernés de rappeler l’enjeu de cette implantation au cœur du cluster saclaysien.

Jusqu’au 4 octobre prochain, la Maison de l’Architecture expose la maquette de la proposition lauréate du concours lancé par l’Institut Mines-Télécom pour la future implantation, sur le Plateau de Saclay, de sa Direction Générale et de deux de ses écoles, Télécom SudParis (pour partie) et Télécom ParisTech (intégralement).

Non sans humour, Jean-Claude Jeanneret, le Directeur général de l’Institut Mines-Télécom, a parlé de « déménagement du siècle », en référence au fait que depuis sa création au XIXe siècle, l’ancêtre de  Télécom ParisTech en a connu au moins un par siècle (le dernier en date remontant à 1934 : l’ancêtre de l’actuel Institut avait alors été transféré de la rue Grenelle à la rue Barrault, dans le 13e arrondissement parisien).

En attendant… les cafés et… les transports

De son côté, Yves Poilane, Directeur de Télécom ParisTech (appelée à être transférée intégralement) s’est amusé à rappeler que son établissement était « la plus grande école d’ingénieur »… de ladite rue Barrault, histoire de souligner son isolement et, a contrario, le challenge que représentait son transfert dans le riche écosystème saclaysien. Car, si Télécom ParisTech est actuellement entourée de nombreux commerces de proximité, il le sera d’ici quelques années d’établissements aussi prestigieux que l’École polytechnique, l’Ensta, Supélec, l’Université Paris-Sud… sans compter les organismes de recherche (CEA, Synchrotron…) et les autres grandes écoles appelées à s’y installer aussi (l’Ecole Centrale Paris, l’ENS Cachan…)… Le numérique s’imposant dans tous les domaines, rien ne devrait empêcher son école, a-t-il ajouté, de travailler avec l’ensemble des acteurs du cluster, y compris les chercheurs d’AgroParisTech ou du centre R&D de Danone.

Ne reste plus, comme il s’est plu à le souligner, à penser à installer… cafés et autres bars qui, comme chacun sait, sont essentiel à l’animation d’un campus, mais aussi aux échanges informels entre chercheurs. Puis il a mis  les pieds dans le plat en abordant la question des transports. A cet égard, il n’a pas hésité à parler de « génération sacrifiée » pour désigner les personnels qui devront endurer plusieurs années avant de bénéficier de l’entrée en service de la ligne 18 censée desservir le Campus Paris Saclay. Une situation effectivement difficile à envisager pour des salariés qui ont l’habitude d’aller à pied ou en métro à leur lieu de travail… Loin de vouloir jeter un froid dans cette soirée qui avait bien commencé, Yves Poliane entendait manifestement mettre chacun devant ses responsabilités, pour que la future implantation donne pleinement satisfaction.

Pour son alter ego de Télécom SudParis, Christophe Digne, les opportunités du transfert sont quelque peu différentes. Pas seulement parce que cette autre école de l’Institut Mines-Télécom fait déjà amplement partie de l’écosystème à travers sa participation aux différents réseaux impliquant laboratoires de recherche et industriels (LabEx et autres Pôles de compétitivité) – c’est au demeurant aussi le cas de Télécom ParisTech. Mais parce qu’à la différence de celle-ci, Télécom SudParis gardera plus qu’un pied à Evry, où elle est actuellement localisée. Une double implantation donc, qui lui permettra de contribuer aux interactions, cette fois entre l’écosystème saclaysien et l’autre pôle de développement organisé autour du Genopole d’Evry.

Invité à la tribune, Pierre Veltz (le PDG de l’EPPS) a tenu pour sa part à dire sa satisfaction de voir les projets se concrétiser et commencer à sortir de terre (même si dans le cas de la future implantation de l’Institut Mines-Télécom, plusieurs mois seront encore nécessaires avant l’arrivée des pelleteuses). De fait, les inaugurations tendent à s’enchaîner sur le Plateau de Saclay  (une semaine plus tôt, les DigiteoLabs y étaient inaugurés en présence de Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche).

Une architecture raisonnée et joyeuse

Suite à quoi, les deux architectes irlandaises, Shelley McNamara Yvonne Farrell, de l’agence lauréate, Grafton Architects ont, avec une sobriété et un humour appréciés du public, exposé les principes qui avaient présidé à la définition de leur proposition architecturale.

Rappelons au préalable qu’elles n’en sont pas à leur première réalisation d’un établissement universitaire. On leur doit l’Universita Luigi Bocconi de Milan, conçue pour recevoir un millier d’enseignants et d’étudiants, en plein milieu urbain ; le campus de l’Université d’ingénierie et de Technologie UTEC de Lima, au Pérou, intégré, lui, dans un paysage naturel ; l’université de Limerick, construite dans leur propre pays, et qui témoigne au passage de leur capacité d’adaptation (elle a été conçue, cette fois, comme un bâtiment « protecteur » face aux aléas météorologiques qui caractérisent la région…). En France même, elles sont en train de réaliser l’Université de Toulouse 1 Capitole (UT1C).

Dans le cas de Paris-Saclay, la gageure était de concevoir un bâtiment sur un site en cours d’urbanisation, de surcroît sur une superficie nettement moindre que pour leurs précédents projets. De là sans doute l’impression produite de prime abord, celle d’un bâtiment à la fois dense et compact. Mais cette impression est aussitôt contrebalancée par la sensation de transparence et de fluidité. « Ce lieu concentrera de l’énergie de par la présence de ses étudiants et chercheurs. Nous avons fait en sorte que cette énergie circule .»

A l’intérieur, tout est fait pour favoriser les échanges informels : le hall d’entrée qui, au sein de l’atrium, distribue les espaces d’enseignement et de travail, tout en ménageant les possibilités de rencontres fortuites ; les escaliers « conçus comme outil de socialisation » ; les perspectives traversantes et plongeantes ; jusques et y compris la bibliothèque, pensée comme un lieu pour étudier, mais aussi se croiser. A quoi s’ajoutent des jardins conçus pour « remplir une fonction sociale » en donnant envie d’entrer dans le bâtiment et d’y faire des haltes. Les deux architectes n’ont à aucun moment parlé de sérendipité, mais on devine que la notion (serendipity, en anglais) les a influençées.

« Plaisir » : le mot est, en revanche, revenu plusieurs fois dans leur bouche. Plaisir pour ceux auxquels le lieu est destiné, bien sûr, mais aussi pour ceux qui circuleront à proximité au point de les inciter à y rentrer et, pourquoi pas, s’y restaurer (un lieu de restauration mutualisé est programmé). Naturellement, le bâtiment répond aux exigences fortes en matière environnementale, fixées dans le cahier des charges : en plus des jardins, alimentés par un système de récupération des eaux de pluie, sont prévus des toits végétalisés, une acoustique soignée, etc. Petit détail qui a son importance : les personnes appelées à y travailler pourront ouvrir manuellement les fenêtres donnant sur l’espace public.

Un ciel dégagé

Les architectes disent avoir été particulièrement sensibles à la morphologie du territoire, le plateau avec son ciel dégagé. Elles ont donc fait en sorte qu’on le perçoive d’où qu’on soit, grâce à de hautes fenêtres qui strient les façades en conférant du même coup à celles-ci, comme « un rythme musical ». Le sentiment de monotonie est de fait évité grâce à des ouvertures, sur les jardins et des espaces en forme de loggias.

Les architectes n’ont pas craint d’emprunter à des éléments du patrimoine historique français et étranger comme, par exemple, la Bastide de Montpazier, en Dordogne (et non celle Montpensier – dans le Puy-de-Dôme, comme nous l’écrivions dans une précédente version), faite d’un réseau dense de rues et de cours reliées en diagonale, ou encore la Cathédrale de Cordoue dont la moitié est dense, l’autre constituée d’espaces ouverts. Non sans humour, elles ont également reconnu leur dette à l’égard d’autres noms de l’architecture, comme cet Espagnol qui recommande « aux architectes d’en faire le moins possibles »… Ou  cet autre qui considère, lui, que « le lieu le plus important dans un campus, c’est le café ».

Et nos deux architectes de conclure en rappelant que leur propre bâtiment, qu’elles ont voulu « raisonné et joyeux », évoluera selon ce que les destinataires en feront aussi. Une modestie qu’il est toujours bon de relever dans la bouche d’architectes, tant ils peuvent être tentés par le geste architectural, satisfaisant, éventuellement, sur le plan esthétique, mais pas toujours sur un plan strictement fonctionnel…

Rappelons que le concours lancé par l’Institut Mines-Télécom avait suscité quelque 110 propositions (deux tiers françaises, un tiers étrangères), qui ont été examinées en décembre 2012. Une présélection avait permis d’en dégager cinq (trois française et deux étrangères, soit la même proportion que pour les dossiers reçus). Composé de 24 personnes – des scientifiques, des membres du personnel administratif, des représentants des collectivités et des architectes – le jury s’est réuni le 12 juillet dernier. Une journée de délibération avait été prévue. Finalement un consensus se dégagea très vite en faveur de la proposition Grafton. Comme le rappela judicieusement David Ventre (le Directeur de l’immobilier de l’Institut Mines-Télécom), les choix consensuels en matière d’architecture sont a priori à craindre tant ils risquent « de rester à mi chemin entre les choix contradictoires et les choix d’oppositions ». Plusieurs arguments de poids ont cependant pesé en faveur de Grafton, à commencer par le fait que cette agence fut, dixit David Ventre, « l’une des rares à prendre la mesure de la complexité et de l’échelle du projet. » Autrement dit, les architectes irlandaises ont su proposer un lieu qui, tout en étant dédié à la recherche et l’enseignement supérieur, soit ouvert sur l’extérieur et participe ainsi à l’urbanité ambiante.

Au vu de leur exposé, illustré par des diapositives, une vidéo en 3D, enfin, la maquette exposée dans le hall de la Maison de l’Architecture, on conçoit que leur proposition se soit imposée au jury. A l’issue de la conférence, Isabelle Lautraite, Directrice de la communication de l’Institut Mines-Télécom pouvait d’ailleurs relever une omission dans tous les discours entendus au cours de la soirée. Et non des moindres puisqu’elle concernait l’année d’inauguration de la future implantation (en l’occurrence 2017) ! Et aussi curieux que cela puisse être, personne dans l’assistance ne se manifesta pour la connaître. Deux hypothèses se présentent alors : ou bien le public était bien renseigné, ou bien la proposition de Grafton Architects, quoique devant encore être finalisée, avait la force de l’évidence au point de sembler pouvoir s’incarner dans les délais les plus brefs. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Pour accéder à l’article annonçant les résultats du concours de sélection, cliquer ici.

Légende de la photo en Une : Pierre Veltz et Lise Mesliand, respectivement Président Directeur Général et Directrice de l’Aménagement de l’EPPS. Crédit : Institut Mines-Télécom.

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