Instent ou l’ère des implants communicants. Entretien avec Bruno Carreel

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Dernier écho à la 5e édition de Paris-Saclay Invest qui s’est tenue le 1er juillet dernier, avec, cette fois, le témoignage de Bruno Carreel (à droite sur la photo), de la start-up Instent, qui développe une solution permettant de limiter les risques liés au traitement par stent.

- Si vous deviez pitcher en quelques secondes l’activité d’Instent ?

Créée en avril 2014, Instent propose une solution permettant d’améliorer le suivi d’implants dans le corps d’un patient et leurs effets. Elle consiste en un système de surveillance à distance qui repose sur la capacité des implants à communiquer à l’extérieur du corps des informations sur leur environnement tissulaire. Les informations ainsi recueillies permettent d’anticiper des complications et d’adapter le traitement post-opératoire au besoin spécifique du patient. Le projet a été conçu par Franz Bozsak, un ancien doctorant de l’École polytechnique, qui, pendant sa thèse, a eu cette idée d’appliquer le principe d’un système de télésurveillance aux dispositifs médicaux implantables.

- Pourquoi ce nom d’Instent ?

C’est en référence aux stents coronaires, ces ressorts métalliques qu’on implante dans les artères du cœur pour aider au rétablissement du flux sanguin, en cas d’obstruction par du cholestérol, des plaques, etc. Ce traitement est celui le plus couramment utilisé dans le domaine cardiovasculaire : pas moins de sept millions sont implantés chaque année, à travers le monde. Mais c’est une solution encore très empirique : un stent exige des médicaments associés, qui sont donnés de manière identique à tous les patients. L’intérêt de notre solution est donc de personnaliser ce traitement pour le rendre plus efficace. Grâce à sa micro-électronique embarquée, notre stent peut émettre des informations. Il permet au cardiologue de savoir précisément les besoins de son patient et d’adapter en conséquence la prise de médicaments.

- Dans quelle mesure étiez-vous prédisposé à investir ce domaine très spécialisé ?

A priori, rien ne me destinait à ce domaine d’activité. Polytechnicien, de la promotion 2010, je suis ingénieur R&D en micro-électronique. Mais, justement, Instent mobilise une équipe pluridisciplinaire. Dans notre programme de recrutement, nous avons veillé à ce que chaque ingénieur ait au moins deux champs de compétences, de façon à favoriser le dialogue en interne et, ainsi, par un cercle vertueux d’avoir une équipe la plus créative possible. Une juxtaposition d’hyper-spécialistes n’aurait pas permis l’interdisciplinarité indispensable à la poursuite d’une activité comme la nôtre. Récemment, nous avons ainsi été rejoints par deux ingénieurs, l’un biochimiste, l’autre biophysicien. Franz Bozsak, lui-même, a fait sa thèse sur l’optimisation du design des stents à partir d’un modèle numérique décrivant l’écoulement sanguin et le transport de médicaments dans les artères ; il se situe ainsi à l’interface de la biologie et de la mécanique des fluides.

- En quoi l’écosystème de Paris-Saclay a-t-il été favorable à la création d’Instent ?

Il a été plus que favorable : nous avons pu nous appuyer sur les laboratoires de l’École polytechnique, leurs chercheurs et leurs doctorants, notamment un biologiste et des électroniciens. Nous sommes installés au quotidien au LadHyX et nous avons par ailleurs accès aux équipements de l’École polytechnique et de l’ENS Cachan [ appelée à rejoindre le Plateau de Saclay ]. J’ajoute que, récemment, nous avons intégré l’accélérateur de l’École polytechnique, qui permet de bénéficier d’un programme de suivi. Bref, nous valorisons plusieurs ressources, humaines et techniques, de l’écosystème de Paris-Saclay.

- Est-ce à dire qu’Instent n’aurait pas pu voir le jour ailleurs qu’à Paris-Saclay ?

Disons que cela aurait été plus compliqué ailleurs. Ici, non seulement, nous avons bénéficié de nombreuses compétences, mais encore beaucoup de personnes ont très vite cru en notre projet et su nous soutenir et orienter vers les bons interlocuteurs.

- Aviez-vous bénéficié de la formation à l’entrepreneuriat proposé à l’École polytechnique ?

Non, car j’ai intégré cette école au moment où le Master Innovation Technologique & Entrepreneuriat a été mis en place. Et puis, moi, je voulais faire de la science pure et dure. J’avais donc opté pour un Master en micro-électronique, en Suisse. Mais j’ai suivi quelques cours de Bruno Martinaud [ directeur du Master Innovation Technologique & Entrepreneuriat ], et d’autres, à HEC.

- Comment en êtes-vous venu à rejoindre l’aventure d’une start-up ?

Je suis convaincu qu’aujourd’hui plus que jamais, l’innovation se fait dans des start-up, qui se font ensuite racheter par de grands groupes. Et puis j’ai eu la chance d’avoir un père entrepreneur, qui en a créé plusieurs (Inventel, en 1990, Withings, en 2008, Sculpteo, en 2009, Invoxia, en 2010). Depuis que je suis petit, je l’ai vu faire des choses utiles à la société à travers ce type d’entreprise. Forcément, cela m’a donné envie de faire de même.

- Quelle est la prochaine étape pour Instent ?

Nous sommes en train de réaliser notre première levée de fond pour finaliser le produit. Nous allons commencé les premiers essais pré-cliniques à XP-Med dans l’Inra de Jouy-en-Josas, toujours à Paris-Saclay, pour valider l’apport du produit et son utilisation. La commercialisation est prévue à l’horizon 2019. En attendant, nous travaillons avec des partenaires industriels français et européens. Nous n’avons pas de raison particulière de quitter la France pour les Etats-Unis !

- Que dites-vous à ceux qui considèrent que Paris-Saclay, c’est trop loin, mal desservi ?

Pour notre part, nous avons la chance d’être incubés à Agoranov, et de disposer ainsi de bureaux parisiens où l’on peut recevoir nos clients et partenaires dans de bonnes conditions. Nous vivons d’autant mieux le fait d’être sur le Campus de l’École polytechnique où nous sommes d’ailleurs le plus souvent.

- Que vous apporterait le prix du jury et/ou du public ?

Nous avons déjà reçu des prix. Il y a un peu plus d’un an, au moment de la création de la start-up, nous étions parmi les lauréats d’Innovation 2030, le Concours Mondial d’Innovation lancé par Anne Lauvergeon (une subvention dotée de 200 000 euros). La semaine passée, nous avons participé au Hello Tomorrow Challenge qui mobilisait 3 600 start-up. Nous avons été lauréats dans la catégorie « Santé » (un prix de 15 000 euros). La même semaine, nous avons été lauréats du prix Letitseed, remis au PROTO204 dans le cadre de Futur en Seine. Si, aujourd’hui, le cofondateur Franz Bozsak n’est pas là, c’est qu’il doit se voir décerner le prix I Lab (doté de 200 000 euros). Il est clair qu’un prix de Paris-Saclay Invest nous apporterait encore un peu plus de visibilité auprès des investisseurs.

D’autres échos à Paris-Saclay Invest à travers les entretiens avec  Sarah Cherruault (CEO d’Auticiel, start-up lauréate du prix du jury) ; Eve Chegaray (chroniqueuse de BFM  Académie sur BFM Business) et Raodath Aminou, fondatrice d’OptiMiam.

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