Innovation et entrepreneuriat plus que jamais à l’honneur à l’X. Rencontre avec Bruno Rostand

Projet Ynsect, porté par un Polytechnicien, lauréat du prix Jean-Louis Gerondeau / ZODIAC AEROSPACE et du Grand Prix de l’Innovation de la Ville de Paris
© Ecole polytechnique, J. Barande
L’École polytechnique vient de se doter d’une nouvelle direction dédiée à l’innovation et à l’entrepreneuriat en nommant à sa tête un de ses anciens élèves, Bruno Rostand (promotion 84). Retour sur le parcours de ce dernier et sur ses objectifs.

Peut-on encourager des élèves, fussent-ils d’une école prestigieuse, à innover et à entreprendre, sans avoir pris soi-même des risques en empruntant des chemins de traverse, des voies où peu avant soi avaient osé s’engager ? A priori, non. De ce point de vue, Bruno Rostand était bien l’homme de la situation pour occuper le tout nouveau poste de directeur de l’innovation de l’École polytechnique. Ancien de l’X, promotion 84 (il y a effectué ses études de 1985 à 1987), il connaît bien la « maison », même si celle-ci a depuis beaucoup changé. Mais, déjà, à une époque où les Polytechniciens s’orientaient vers la haute fonction publique, l’industrie ou la banque, lui opta pour une thèse en physique théorique à l’ENS Ulm / Université Paris VI, dans le domaine des supercordes.

De la théorie classique au chant lyrique

Plutôt que de s’engager dans la recherche, il s’est ensuite consacré à une de ses passions : le chant lyrique, un tournant imprévu y compris par lui-même, de son propre aveu. En 1991, il entre au Conservatoire National Supérieur de Musique, dans la classe de Jane Berbié (les amateurs sauront apprécier). Dès 1993, il se produit lors de récitals privés et différents concerts de musique de chambre ou d’oratorio. En 1996, il décroche un 1er prix de chant, qui le conforte dans sa vocation. « Sa voix de basse chantante, lit-on dans une note biographique de concerts.fr, lui permet d’aborder l’oratorio, la mélodie et l’opéra » et d’interpréter des rôles divers du répertoire classique et contemporain (de Monteverdi à Dvorak en passant par Mozart, Beethoven, Schubert, Berlioz et Verdi), sur différentes scènes françaises.

Au service de la coopération scientifique internationale

En 2006, Bruno Rostand décide d’opérer un nouveau tournant, vers la coopération scientifique internationale et le montage/financement de projets de recherche fondamentale ou appliquée : il rejoint le Cyprus Institute, un organisme de recherche et d’enseignement supérieur installé à Nicosie (Chypre). Un retour aux sources, en apparence. « Je revenais à la science, mais pas comme chercheur.» Dans ce cadre, il prend en charge le montage et le développement de collaborations internationales avec des organismes de recherche européens, Nord-américains ou du Moyen-Orient.

Comment passe-t-on ainsi de l’univers artistique à celui des fondations dédiées à la recherche ? Les changements d’orientation cachent parfois des continuités. Le président du Board of Trustees de cette fondation n’est autre que Edouard Brézin, une personnalité éminente dans le paysage scientifique français : diplômé de l’X (promo 57), il a été physicien au sein du CEA, ancien président du CNRS puis de l’Académie des sciences. « Il fut professeur à l’X, et directeur du département de physique de l’ENS quand j’y ai fait ma thèse. » Il en présidera le jury. Au terme de sa période consacrée au chant lyrique, c’est vers lui que Bruno Rostand se tourne pour demander conseil. Il fait mieux en lui proposant de le rejoindre au Cyprus Institute. Pour autant, Bruno Rostand ne va pas jusqu’à s’expatrier sur l’île. « J’assistais la présidence qui était à Paris. De plus, très vite, le Cyprus Institute s’est tourné vers les financements européens et les partenariats internationaux, ce qui exigeait une proximité avec Bruxelles. » Dès 2007, ses efforts débouchent sur la création d’un premier centre de recherche. Depuis, les arcanes de l’Union européenne n’ont plus de secret pour lui. Il obtiendra de nombreux financements pour des programmes de recherche.

Du Cyprus Institute à l’X

Sept ans plus tard, il éprouve le sentiment d’avoir fait le tour du projet. « Il me fallait passer à autre chose, sauf à m’installer à Chypre, ce qui n’était pas évident pour de simples raisons familiales. » Sans compter que la situation du pays, qui avait initialement plutôt échappé à la crise, se dégradait rapidement. « A contrario, les perspectives semblaient évoluer positivement en France, du moins dans le domaine de la R&D et de l’innovation avec les Investissements d’Avenir. »

Bruno Rostand commence à prendre des contacts avec le monde industriel et le monde académique dont l’École polytechnique. Xavier Michel, le Directeur Général de l’époque, puis l’actuel, Yves Demay, et son directeur adjoint de l’enseignement, Frank Pacard, prennent le temps de recevoir l’ « ancien ». Le profil de Bruno Rostand les intéresse d’autant plus que l’innovation et l’entrepreneuriat sont plus que jamais au centre des préoccupations de l’école : le nouveau contrat d’objectifs de performance signé avec son ministère de tutelle (le ministère de la Défense) en fait des axes prioritaires.

Ces discussions déboucheront sur la création d’une Direction de l’Innovation et de l’Entrepreneuriat, une magnifique opportunité que l’intéressé saisit avec enthousiasme, et de quoi susciter la curiosité tout en annonçant la couleur : à l’École polytechnique, innovation et entrepreneuriat rimeront avec pluridisciplinarité et créativité.

Pour accéder à l’entretien avec Bruno Rostand, cliquer ici.

Crédit photo : Ecole polytechnique, J. Barande.

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