« Ici, on sent une vraie appétence pour l’entrepreneuriat innovant ». Rencontre avec Bruno Duval

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Suite de nos échos à la 6e édition de Paris-Saclay Invest à travers, cette fois, le témoignage de Bruno Duval, président-fondateur de Finance & Technologie, partenaire historique de l’événement.

- Quelles sont vos premières impressions à l’issue de cette 6e édition ?

Paris-Saclay Invest est désormais bien inscrit dans le paysage. L’événement est rodé. Les projets présentés ont passé le cap de la preuve de concept ; ils n’attendent plus qu’une validation au plan commercial. De nombreux investisseurs sont convaincus de l’intérêt de venir jusqu’ici, dans des établissements du campus Paris-Saclay (alternativement à l’ENSTA ParisTech et HEC). Les besoins de financement d’un projet oscillent entre 500 000 et 1 million d’euros. De quoi intéresser des Business Angels ou des fonds d’amorçage.

- Avant d’en venir au millésime, un mot sur la remarque que vous avez faite lors de votre discours, sur l’absence de « troquets » sur le campus de Paris-Saclay…

(Sourire) Le fait est. On assiste à la création d’incubateurs, de pépinières, d’hôtels d’entreprises et d’autres tiers lieux. Or, force est de constater que beaucoup sont loin d’être remplis. La raison en est simple : les startuppers, qui lancent leur projet dans l’écosystème de Paris-Saclay partent ensuite s’établir à Paris ou à l’étranger. Voyez David Zhang, de Prynt, lauréat de Paris-Saclay Invest en 2014, et qui est finalement parti s’installer à San Francisco. On pourrait multiplier les exemples. Ici, à Paris-Saclay, on n’a aucune difficulté à repérer, identifier de beaux projets. En revanche, on a du mal à les retenir. La raison en est simple : ici, cela manque quand même un peu de vie, de troquets et d’autres lieux animés de ce genre. Certes, les startuppers qui ont une vie familiale auront toutes les chances de se plaire ici, où l’air est moins pollué et où on est à proximité de la nature. En revanche, les jeunes célibataires, tout juste sortis de leurs écoles ou de l’université ont envie de sortir. Quoi de plus naturel à leur âge ? Faute de pouvoir le faire à Paris-Saclay, ils sont attirés par Paris. Veillons donc à leur donner envie de rester ici, en créant davantage de lieux animés.

- Que faites-vous de votre côté ?

Avec Start in Saclay, nous avons participé au Mois de l’entrepreneuriat étudiant, dans l’idée de contribuer à l’ancrage des futurs entrepreneurs. Le premier événement proposé à cette occasion fut Find My Startup : il consistait à faire se rencontrer des créateurs de start-up et de jeunes étudiants pour permettre à ceux-ci de participer dès le début à la phase de création. L’idée étant aussi de fixer les créateurs sur le territoire en leur permettant de mettre à profit les ressources humaines de qualité qu’il recèle.
Car le financement ne fait pas tout. Encore faut-il pouvoir identifier les bons associés et recruter les compétences dont on aura besoin. A cet égard, Paris-Saclay est un vivier particulièrement riche. Aujourd’hui plus que jamais depuis la reconnaissance du statut d’étudiant entrepreneur. Ici, on sent d’ailleurs déjà une vraie appétence pour l’entrepreneuriat innovant.

- Un mot sur le millésime…

Ce fut un bon millésime ! Plus diversifié que les éditions passées, qui nous avaient habitués à des projets à dominante IT. Cette fois, il y en eut plus en biotech, ce qui est une bonne nouvelle. J’ai été particulièrement intéressé par IsonicMedical, qui développe des dispositifs médicaux innovants permettant d’améliorer le diagnostic du glaucome (2e cause de cécité dans le monde).
Mais j’ai aussi beaucoup apprécié Opera Musica, le premier réseau social permettant aux professionnels et amateurs d’opéra et de musique classique d’accéder à la totalité de l’information et des contenus dans ce domaine. Un projet d’autant plus convaincant qu’il est en parfaite adéquation avec la personnalité de son président-fondateur, Mathieu Abelli, un ancien chanteur lyrique, qu’on ne peut donc soupçonner de ne pas connaître son sujet. Il a su investir une niche et les besoins de financement pour le développement de sa start-up ne sont pas aussi importants que cela. Espérons juste qu’ il ne se fasse pas voler la politesse par d’autres !
En vérité, je pourrais vous citer tous les autres projets, tant ils étaient aboutis, réfléchis, validés au plan technologique, portés par une équipe déjà constituée. Il ne leur reste plus qu’à valider leur modèle commercial. Certes, nous ne sommes pas au même stade de développement que les start-up qui pitchent à Techinnov, mais tous sont assez avancés pour espérer une mise rapide sur le marché. Quel chemin parcouru en l’espace de quelques années ? J’ai connu une époque pas si lointaine où les porteurs de projet arrivaient un peu la fleur au fusil. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Plusieurs des start-up intervenues au cours de cette édition de Paris-Saclay Invest sont assurément de futures pépites.

- Un millésime plus diversifié, dites-vous. Preuve s’il en était besoin qu’avec l’entrepreneuriat innovant il y en a pour tous les goûts, aussi bien du côté des utilisateurs que des entrepreneurs. Quiconque a une idée originale peut, moyennant la capacité à s’entourer de bonnes compétences, la traduire en une solution innovante, de surcroît à n’importe quelle étape de son parcours de vie : parmi les candidats, on compte des juniors aussi bien que des seniors…

De fait, il y eut des profils très différents, entre ceux issus d’écoles d’ingénieur, d’autres plus autodidactes, avec des parcours moins linéaires et qui n’en sont pas moins intéressants.

- La plupart des start-up qui participent au Paris-Saclay Invest ne sont pas issues de l’écosystème, mais font le déplacement jusqu’ici. Cela ne relativise-t-il votre regret d’en voir quitter le Plateau de Saclay ?

Si, bien sûr et heureusement. D’ailleurs, ce dernier a plusieurs autres cartes à jouer : outre les nombreux événements dédiés à l’innovation, qui y sont organisés, il est appelé à drainer de très nombreux étudiants (de l’ordre de 70 000 à terme), et donc des entrepreneurs potentiels. Sans oublier la diversité des pôles qui constituent l’écosystème Paris-Saclay. Après tout, Paris ne compte pas moins de 20 arrondissements, ce qui ne l’empêche pas d’en être un très dynamique. Tablons aussi sur l’aspiration des citadins à fuir les nuisances de la ville dense. Veillons juste à ce qu’il y ait un minimum de vie dans chacun de nos pôles. On y revient !

A lire aussi les témoignages des lauréats du prix du jury – Pierrick Boissel et Joseph Léopold (Gamping) – et du public – Brigitte Onteniente (Phenocell) ; de Fabien Keller (Birdycent) et d’Eve Chegaray (l’animatrice). Pour y accéder, cliquer ici.

 

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