HEC Challenge + fête ses 25 ans. Rencontre avec Frédéric Iselin

Challenge+Paysage
Accompagner les porteurs de projets entrepreneuriaux, notamment fondés sur la valorisation de la recherche scientifique, telle est la vocation d’HEC Challenge +, mis en place il y a 25 ans. Frédéric Iselin, directeur scientifique du programme, a bien voulu nous en dresser un premier bilan.

- Si vous deviez pitcher HEC Challenge +…

HEC Challenge + est un programme d’aide à la création d’entreprises innovantes. Organisé autour de 25 jours de séminaires de formation-action, répartis sur l’année, il s’adresse à des personnes dont le projet est à fort potentiel de croissance, mais qui n’ont pas de savoir-faire en management. Ces personnes peuvent avoir des profils variés, même si, depuis la loi Allègre de 1999 sur l’innovation et la recherche, nous privilégions les projets issus du milieu académique. Ce qui nous fait dire que la vocation d’HEC Challenge + est, au final, d’amener des chercheurs de la paillasse au marché.

- Il y a vingt cinq ans, cela n’allait pas de soi, en France, du moins…

C’est tout à fait vrai : qu’un chercheur puisse se lancer dans la création d’une entreprise n’allait pas de soi aux yeux de ses pairs. J’ajoute qu’il y a vingt ans, le digital n’était pas aussi répandu qu’aujourd’hui. Or, c’est désormais un des principaux viviers de start-up.

- Quelles sont les évolutions enregistrées par HEC Challenge + depuis sa création ?

Elles sont justement directement liées à l’essor du digital, qui permet de créer des entreprises avec des ratios entre les mises de fonds initiales et la valorisation potentielle, sans commune mesure avec ce qu’on connaissait au début des années 90.
Quant à la loi Allègre, également décisive, elle a offert aux chercheurs qui souhaitent créer une entreprise des possibilités de le faire dans de bonnes conditions : en étant accompagné par toutes sortes de structures (de valorisation, d’essaimage, d’incubation) et en bénéficiant de financements, sans oublier un droit de retour à son poste de chercheur, en cas d’échec de son projet entrepreneurial.

- Et, de manière plus générale, avez pu observer un état d’esprit plus favorable à l’entrepreneuriat innovation ?

Oui, à l’évidence, les jeunes sont beaucoup plus enclins à se lancer dans la création d’entreprise, y compris au sortir d’une école comme HEC. Le travail d’acculturation qui a été fait auprès des chercheurs, suite à la loi Allègre, a produit des résultats bien au-delà du monde de la recherche. Si certains en sont encore à discuter de son intérêt, il n’en demeure pas moins que les choses ont changé. Il y a quinze ans, un chercheur qui se risquait à créer une entreprise, pouvait encore s’attirer les foudres de ses pairs, sinon susciter la défiance. Aujourd’hui, c’est quelque chose d’admis au sein de la communauté scientifique et même encouragé par les institutions de recherche, qui ont d’ailleurs des objectifs en la matière. Le contexte français, que ce soit au plan réglementaire, administratif, fiscal ou juridique est désormais plus que favorable à la valorisation scientifique par l’entrepreneuriat innovant. On ne compte plus les créations de start-up avec le concours de chercheurs. La France est bel et bien devenue une terre d’opportunités pour l’entrepreneuriat innovant. Cela n’a pas toujours été le cas et on est toujours à la merci d’un french bashing…

- Le contexte français, dites-vous. On pourrait dire : et à Paris-Saclay en particulier. En quoi d’ailleurs cet écosystème a-t-il été favorable au développement d’HEC Challenge + ? En sens inverse, dans quelle mesure avez vous le sentiment de contribuer à cet écosystème ?

Nous souhaitons être considérés comme le point de convergence des projets émanant des institutions de recherche du Plateau de Saclay. Force est de constater qu’il y a encore des progrès à faire. Nous avons un nombre de places relativement limitées et, pourtant, la moitié est occupée par des porteurs de projets qui viennent de la province. C’est dire si nous pourrions en accueillir davantage encore du Plateau de Saclay. Mais pour qu’il en aille ainsi, il faudrait en premier lieu que les chercheurs aient envie de venir et soient prêts à prendre du recul, avec le risque de voir leur projet remis en question. Or force est aussi de constater que les chercheurs du Plateau, qui relèvent majoritairement des sciences dures, n’y sont pas toujours prêts. Souvent, quand nous discutons avec eux, nous percevons encore une défiance à l’égard des sciences sociales et humaines et de ce qu’elles pourraient apporter à leur projet de création d’entreprise. Difficile, dans ces conditions, de les convaincre à rejoindre HEC Challenge +.

- Concernant le profil de vos porteurs de projet, le fait qu’ils viennent pour moitié de province n’est-ce pas une manière de faire connaître l’écosystème de Paris-Saclay ?

J’avoue que c’est quelque chose à laquelle je n’avais pas spécialement pensé. Mais si HEC Challenge + peut concourir à l’attractivité de Paris-Saclay, tant mieux.

- Et puis cette apparente difficulté à recruter des candidats du côté du Plateau de Saclay ne vient-elle pas du fait que l’offre en termes de structures d’incubation et de valorisation s’est dans le même temps considérablement étoffée ?

C’est vrai, l’offre s’est étoffée et la concurrence renforcée. Ce dont nous nous garderons de nous plaindre : le propre d’une business school comme la nôtre s’est d’y faire face et de s’adapter de façon à toujours garder une longueur d’avance.

- Comment comptez-vous y parvenir ? Quels atouts mettriez-vous en avant ?

D’abord, le nombre de projets que l’on draine chaque année : 44 contre 16 au tout début du programme ; ensuite, l’équipe pédagogique qui présente au moins deux atouts : d’une part, elle fait partie de l’institution d’HEC dont la réputation n’est plus à faire ; d’autre part, elle a acquis au fil du temps un savoir-faire précieux pour les porteurs de projets. Autres éléments de différenciation : ces derniers bénéficient à plein de l’écosystème d’HEC à travers les synergies avec nos élèves auxquels ils peuvent confier des missions et/ou des études.

- Et quid de l’effet réseau, de l’effet d’appartenance à la communauté d’HEC Challenge +

Il joue également : les porteurs de projets deviennent membres du Club HEC Challenge +, lequel organise quatre à cinq conférences par an sur des sujets d’actualité. Quant à savoir comment renforcer les relations avec l’association HEC Alumni (plus de 50 000 membres) comme avec les autres associations périphériques, c’est une question à laquelle nous réfléchissons.

- Et HEC Challenge + en chiffres, qu’est-ce que cela donne-t-il au final ?

C’est, donc, deux promotions annuelles de 22 candidats chacune (contre une seule, de 16, au tout début de l’aventure) ; plus de 420 projets accompagnés ; 380 sociétés effectivement créées, dont plus de 75% toujours en activité. Et ce, malgré le stade précoce où en sont les porteurs de projets au moment où nous les accueillons : la plupart n’ont pas même de société immatriculée.

- Et des success stories, en avez-vous connu ?

Oui, plusieurs start-up ayant réussi ont fait un passage par HEC Challenge +. Citons, par exemple : Cellectis, Xiring, Leosphere, Point Vision, Oxand… J’ajoute six introductions en bourse réussies et vingt-sept cessions par fusion-acquisition.

En illustration de cet article : une promotion prise en photo au moyen d’un drone.

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