« Gardez son savoir pour soi n’a guère de sens ». Entretien avec Jean-Pierre Da Silva

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Le 17 janvier dernier, le WAWlab consacrait son workshop au télétravail. Nous y assistions. L’occasion d’y croiser de nouveau le cofondateur de Retail Expertise Network et d’en savoir plus sur son projet entrepreneurial.

- Si vous deviez pour commencer par pitcher votre société…

Il s’agit, donc, de Retail Expertise Network, que j’ai cofondée avec Pierre-Alexandre Mouret. Retail, parce que nous venons l’un et l’autre du monde du commerce. Expertise, parce nous avons tous les deux vingt-cinq ans de terrain, soit cinquante ans à tous les deux ! Nous avons commencé comme jeunes directeurs, pour finir au Codir ou au Comex de nos groupes respectifs. Nous avons été aussi responsables de formation (pour ma part, j’enseigne pour des élèves BTS en alternance). C’est dire si nous avons une vision large du monde du retail, si nous en connaissons les forces et les faiblesses, les potentiels et les défis.

- Dans quel type d’entreprise de ce secteur avez-vous travaillé ?

J’ai eu la chance de débuter chez Pier Import avant de faire l’essentiel de ma carrière chez Natures & Découvertes (j’y ai débuté comme directeur de magasin, avant de finir comme directeur adjoint du développement, en passant par le poste de responsable réseau France et franchise). Des entreprises qui ont su renouveler le concept du commerce et s’engager dans la responsabilité sociétale. De son côté, mon associé a travaillé dans des enseignes aussi réputées que Monoprix, Yves Rocher, Le Bon Marché… A tous les deux, nous avons ainsi eu l’expérience de différentes approches du retail.

- Qu’est-ce qui a motivé la création de votre société ?

Nous souhaitions tout simplement partager notre expérience avec des entreprises, qui se créent et sont en développement. Au fil de notre parcours, nous avons constitué un réseau de relations avec toutes sortes d’entrepreneurs et de sociétés. A défaut de pouvoir répondre à tous les besoins, nous pouvons ainsi toujours orienter nos interlocuteurs vers des spécialistes, les compétences qu’ils recherchent. L’autre jour, une entreprise nous sollicitait pour la création d’un site internet. Cela ne relève pas de notre champ compétence, mais nous connaissons une société spécialisée dans ce domaine. Nous les avons donc mis en contact. De là le 3e mot du nom de notre société, network.

- Mais quel est votre modèle économique ?

Ces mises en relations, nous le faisons en toute simplicité, sans exiger de contrepartie. C’est principalement au titre de notre activité d’apporteurs d’affaires que nous nous rémunérons. Concrètement, l’entreprise nous règle en honoraires, en fonction des clients potentiels que nous parvenons à identifier.

- Dans quelle mesure l’écosystème de Paris-Saclay a-t-il nourri et sert votre projet ?

Ce territoire se développe à vitesse grand V. Nul doute qu’il va devenir dans les années à venir « le » cluster technologique du Grand Paris. Les grands comptes ne manqueront pas de s’y installer – beaucoup l’ont déjà fait – en entraînant dans leur sillage des TPE-PME… nous faisons l’hypothèse qu’elles auront besoin d’accompagnement, étant entendu que la techno ne fait pas tout : le retail, c’est aussi une question de relationnel.

- Sans compter la création de start-up…

J’allais y venir, car c’est une autre perspective prometteuse pour une société comme la nôtre. Passer de l’idée à la création, cela n’est pas simple. Un ingénieur saura imaginer le produit idéal, mais sans avoir forcément l’âme d’un manageur ni d’un commercial. Si, donc, nous pouvons lui être utiles, c’est précisément en l’aidant à devenir le patron d’une boite, avec tout ce que cela implique en termes de responsabilités, de compétences et de recrutements. Ce genre d’accompagnement est tout sauf accessoire. Comme vous le savez, seule une minorité de start-up franchit le cap des trois ans d’existence. Faute justement d’avoir anticipé les exigences en termes de management et de développement. C’est d’autant plus regrettable que beaucoup d’énergie et d’argent ont été mis dans leur création et amorçage. Si elles ont vu le jour, c’est bien que leur produit ou service avaient retenu l’attention, suscité une attente. Le plus souvent l’échec tient à une organisation inadaptée, sinon à un accompagnement non pertinent voire à une absence de tout accompagnement. Si, donc, nous pouvions en accompagner quelques-unes et contribuer ainsi à leur développement, cela suffira à nous convaincre de l’intérêt d’avoir créer Retail Expertise Network.

- Etes-vous déjà impliqués dans l’accompagnement de start-up de l’écosystème ?

Oui, par le truchement d’une convention signée avec IncubAlliance. Convention par laquelle nous nous engageons à accompagner les start-up incubées, qui souhaitent bénéficier de notre expertise dans le retail. Actuellement, nous accompagnons un docteur en pharmacie, qui veut créer une gamme de produits. Ceux-ci sont de qualité, mais il a encore tout à découvrir de l’univers du retail. Nous l’accompagnons, donc, en l’aidant à définir une vision, à se poser les bonnes questions…

- Désolé de reposer la question, mais comment vous rémunérez-vous ?

En l’espèce, les start-up nous sollicitent et nous facturons des honoraires.

- Je peux témoigner de votre implication dans l’écosystème – il m’a été donné de vous rencontrer à divers événements qui s’y déroulent. Comme ce soir, à l’occasion du workshop du WAWlab. Même si on se doute de l’intérêt d’un tel sujet pour vous, qu’est-ce qui vous a motivé à y assister ?

Le télétravail et plus généralement le nomadisme sont des sujets d’actualité. Nous avons tous autour de nous des amis ou collègues qui pratiquent l’un ou l’autre. Nous avons donc tous un avis sur la question ! Mais sur ce sujet comme sur d’autres, il est toujours utile d’avoir celui de professionnels et d’experts. Et puis il y a cet état d’esprit WAWlab que j’apprécie tout particulièrement. Lors de ses ateliers, on a l’assurance d’y rencontrer des gens au profil très divers : des managers, des entrepreneurs, des startuppers, des chercheurs – et même des journalistes ! (sourire) – qui échangent de surcroît avec bienveillance et le souci de mieux comprendre les ressorts du bien-être au travail. Le nomadisme n’est certes pas si nouveau qu’on le pense et comme cela a été dit, il concerne déjà de nombreux secteurs d’activité. A l’évidence, il participe à une tendance de fond, qui ne peut que se renforcer sous l’effet de la transition numérique. Comment s’y préparer ? La question se pose et la meilleure façon d’y répondre, c’est de prendre la peine de voir comment les uns et les autres s’en saisissent et avec quels résultats. Là encore, la diversité des profils ne peut qu’être enrichissante, de même que la confrontation des expériences. A priori une grande entreprise de transport, un hôpital ou une enseigne de la grande distribution sont des univers trop différents pour avoir à échanger sur ce thème, mais c’est justement en croisant des points de vue aussi variés qu’on parviendra à trouver des solutions adaptées à sa propre entreprise. Autant échanger, donc. Gardez son savoir pour soi n’a guère de sens.

Pour en savoir plus sur Retail Expertise Network, cliquer ici.

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