Fertiliser la recherche au service du territoire. Entretien avec Claire Martinet

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Suite et fin de nos échos à la journée de préfiguration du Living Lab, organisée le 10 juillet dernier, au Centre Inra de Versailles, coordonnée par Terre et Cité*, à travers, cette fois, le témoignage de la chargée de mission « agriculture locale et circuits courts » au sein de Saint-Quentin-en-Yvelines.

- Si vous deviez, pour commencer, par rappeler l’enjeu de cette journée ?

Pour Saint-Quentin-en-Yvelines, il était de valider la structuration d’un Living Lab agri-urbain avec les communautés d’agglomération Versailles Grand Parc et Paris-Saclay et d’autres partenaires. Et ce, en vue d’impulser une vraie dynamique de recherche appliquée et d’innovation ouverte, en mode collaboratif, impliquant les agriculteurs, habitants et divers autres usagers du territoire aux côtés des chercheurs des laboratoires, qui y sont présents (ceux de l’Inra et d’AgroParisTech notamment). La journée offrait ainsi l’occasion d’échanger avec des chercheurs, comme avec des agriculteurs, des étudiants, des startuppers, des représentants d’institutions, des élus…

- Si vous deviez donner votre définition d’un Living Lab ?

C’est une communauté d’acteurs et d’usagers qui travaillent ensemble, à travers des projets de recherche appliquée et d’innovation, donc, pour apporter des réponses concrètes aux besoins et attentes de ceux qui vivent et pratiquent le territoire au quotidien. Avec une focale, pour ce qui concerne le Living Lab dont nous parlons ici, sur les interactions entre la ville et les espaces agricoles au plan de l’environnement, mais aussi des services et de l’offre alimentaire qui peuvent y être proposés.

- … Non sans impliquer de la part des chercheurs, d’autres modalités de recherche, intégrant davantage les savoirs et savoir-faire des acteurs et usagers du territoire…

En effet. L’enjeu est de les intégrer en amont pour renforcer les capacités d’innovation de ces usagers et acteurs, et faire en sorte que les solutions soient réellement pertinentes, adaptées à leur territoire de vie…

- Et pour les communautés d’agglomérations associées à la démarche, qu’est-ce que cela implique de particulier ? Une démarche de Living Lab ne les oblige-t-elle pas à travailler davantage ensemble ?

Si, bien sûr, étant entendu que nous ne partons pas de rien. Nous avons déjà l’habitude de travailler ensemble sur différents sujets et notamment sur ceux touchant à l’agriculture, qui ne saurait être appréhendée à l’échelle de chacune de nos agglomérations, indépendamment des autres. Nous travaillons aussi étroitement avec deux associations membres du Réseau des Territoires agriurbains d’Ile-de-France et qui interviennent au-delà de Saint-Quentin-en-Yvelines, à savoir : Terre et Cité et l’Association Patrimoniale de la Plaine de Versailles et du Plateau des Alluets (APPVPA). Nous travaillons a priori sur des enjeux qui touchent à l’alimentation, la consommation, la santé… Autrement dit, des enjeux transversaux, y compris quand on met en place des circuits courts et des réseaux de proximité. Si le Living Lab change donc quelque chose, c’est dans le fait d’inciter une pluralité de partenaires et de territoires à coopérer encore davantage sur un mode plus collaboratif.

- Comment avez-vous réagi à la remarque des deux québécoises venues présenter l’Acadie Lab, concernant la pratique de la concertation mise en place dans un pays comme le nôtre (en l’occurrence autour de thématiques définies en amont). Pour mémoire, elles disaient préférer une autre méthode consistant à accompagner des projets d’innovation émergeant sur le territoire, à l’initiative d’agriculteurs, pour mieux y agréger ensuite, au fil du temps, d’autres acteurs susceptibles d’être pertinents…

Cette approche d’Accadie Lab me semble pertinente. D’autant que nos propres territoires recèlent de projets potentiellement innovants ; nous aurions donc intérêt à nous doter des bonnes lunettes pour les repérer, afin de les accompagner au mieux. Nous mettrions en place des solutions collectives et innovantes, mais en partant des besoins exprimés par les acteurs du territoire (habitants, salariés, agriculteurs, élus…) .

- Vous avez participé activement à cette journée en y animant deux ateliers. Quels enseignements en tirez-vous ?

Le premier atelier était, pour les participants, l’occasion de se prononcer sur l’ensemble des huit thématiques proposées dans le cadre de ce projet de Living Lab. Le second focalisait sur l’une d’elles, à savoir : les conditions à même de rendre pertinentes les filières courtes et de proximité. Comme vous avez pu le constater, puisque vous y avez pris part, les participants semblaient très concernés, quel que soit leur univers disciplinaire ou professionnel. Qu’ils viennent du monde de la recherche académique, de l’entreprise, de l’associatif, d’une collectivité… ils étaient intéressés à l’idée de travailler ensemble sur ces différentes thématiques liées aux enjeux agricoles et aux liens ville-agriculture. Ils ont presque un peu regretté de ne pas avoir déjà cultivé davantage de synergie entre eux. Force est cependant de constater que nous n’en sommes encore qu’à une ébauche de réflexion, avec des pistes à creuser ou à ouvrir, sans avoir encore identifié les premiers projets concertés, qui viendront alimenter notre Livng Lab. Mais c’est justement l’enjeu des prochains rendez-vous, car c’est bien dans une dynamique pérenne que nous nous engageons. Une chose est d’ores et déjà acquise pour SQY : le Living Lab offre une autre opportunité d’illustrer l’ambition de notre agglomération dont la signature n’est autre, je le rappelle, que d’être une « terre d’innovations », en fertilisant (si je puis filer la métaphore..) la recherche qui y est menée au service du territoire et de ceux qui le vivent au quotidien.

* Avec le concours de plusieurs partenaires : APPVPA, Versailles Grand Parc, Saint-Quentin-en-Yvelines, Communauté Paris-Saclay, la Chambre d’agriculture d’Ile-de-France, l’INRA, AgroPAris-Tech et le LabEx BASC.

A lire aussi le compte rendu de la journée (pour y accéder, cliquer ici) et les entretiens avec Marianne Cerf, directrice de recherche à l’Inra (cliquer ici) et Pierre Plevin, ancien de l’Estaca, président et cofondateur de Selfeden, une start-up qui développe des solutions IoT pour mesurer et piloter tout type d’environnement de culture (cliquer ici).

En illustration de cet article : Claire Martinet, au cours d’un des ateliers.

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