Favoriser les interactions énergétiques entre route et bâtiment. Entretien avec Vianney Fullhardt et Flavien Geisler

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Les 16 et 17 avril se déroule la prochaine édition de DRIM’in Saclay. Respectivement Directeur de la Transition Energétique chez Eiffage Construction et Chef de projets à la Direction Recherche & Innovation chez Eiffage Infrastructures, Vianney Fullhardt et Flavien Geisler nous expliquent ce qui les a motivés à y participer de nouveau, en proposant de réfléchir cette fois à la manière de « favoriser les interactions énergétiques entre route et bâtiment ».

- [A Vianney Fullhardt] Qu’est-ce qui vous avait motivé l’an passé à participer à DRIM’in Saclay ?

Vianney Fullhardt : Pour être reconnus comme des experts de la construction, nous n’en avions pas moins conscience de ne pouvoir tout faire tout seul. La démarche collaborative est inscrite dans nos gènes. Nous pratiquons depuis longtemps de la co-innovation avec des partenaires externes. Cela a commencé avec la création en 2007 d’un laboratoire de recherche et de prospective sur la ville durable, Phosphore, l’idée étant déjà de favoriser les interactions avec des partenaires du monde académique ou industriel. Or DRIM’in Saclay n’a pas d’autre vocation que celle-ci : permettre de traiter de problématiques, dans une démarche collaborative avec des participants d’horizons très différents. C’est dire si cet événement nous correspondait bien.

Vianney FULLHARDT - Photo Profil - 85- Quelle avait été la problématique choisie l’an passé ?

Vianney Fullhardt [photo ci-contre] : Nous avions proposé de réfléchir à « la construction d’un quartier à énergie quasi nulle dans le périmètre du Grand Paris ». Un enjeu majeur pour le groupe Eiffage qui, au travers d’Eiffage Aménagement, est le premier et plus ancien aménageur privé de France. Aujourd’hui plus que jamais, il se positionne comme ensemblier de la ville durable. De là le choix de ce thème que nous souhaitions cependant aborder dans une démarche de prospective, pour commencer.

- A quel résultat étiez-vous parvenus ?

Vianney Fullhardt : Pendant les 48 heures que dure DRIM’in Saclay, l’équipe a exploré des pistes assez inattendues, en tout cas de mon point de vue. Elle a poussé au plus loin la logique de l’économie circulaire, en allant jusqu’à imaginer la création d’une monnaie locale, qui permettrait de réguler l’ensemble des transactions que ce soit au plan énergétique ou à celui des biens et services et ce, à l’échelle de tout un quartier. Quelque chose qu’à titre personnel, je n’avais pas imaginé jusque-là. Mais c’est justement l’intérêt de DRIM’In Saclay que de s’autoriser à sortir des sentiers battus.

- Dans quelle mesure envisagez-vous de passer de l’idéation à la traduction concrète ?

Vianney Fullhardt : Encore une fois, notre intention était de nous inscrire dans une démarche prospective de moyen ou long terme, et non de déboucher sur une idée transposable dans l’immédiat. Autant le reconnaître : ni nous ni les pouvoirs publics ne sommes encore en mesure de mettre ce genre d’idée en œuvre, dans l’immédiat en tout cas. Pour ce qui nous concerne, nous ne demanderions qu’à concrétiser un tel quartier fonctionnant sur la base d’une monnaie locale, mais encore faut-il que le maître d’ouvrage public nous donne un terrain de jeu sur lequel nous pourrions expérimenter cette solution, innover dans des conditions financières acceptables.

- Manifestement, le fait de ne pas pouvoir entrer dans une phase opérationnelle ne vous a pas dissuadé de retenter l’aventure DRIM’In Saclay ni même de convaincre votre collègue d’y participer à son tour…

Vianney Fullhardt : Cette première expérience avait été suffisamment stimulante pour nous convaincre de répondre de nouveau positivement à la sollicitation qui nous a été faite de participer à l’édition 2019. J’ai cependant préconisé à notre directeur du développement durable et de l’innovation transverse, Valérie David, qui pilote le partenariat avec DRIM’in Saclay, de retenir une problématique que nous pourrions convertir en une solution applicable dans des délais plus courts. De là l’idée de réfléchir aux interactions entre route et bâtiment, dont j’avais déjà eu l’occasion de discuter avec mes collègues d’Eiffage Route, dans le cadre d’un projet financé par l’Ademe sur les « Routes du futur ». DRIM’in Saclay offrait une opportunité de faire avancer ce projet. Je laisse à Flavien le soin de vous en dire plus.

EiffageFlavienIMG_2229Flavien Geisler [photo ci-contre] : Il s’agit donc de « favoriser les interactions énergétiques entre route et bâtiment ». Une problématique sur laquelle nous travaillons depuis quelques années. Avant l’appel à projets « Routes du futur » de l’Ademe, évoqué par Vianney, nous avions déjà, à Eiffage Route, réalisé des chaussées qui permettent de récupérer ou d’échanger des calories. En 2013, nous avions en particulier réalisé un prototype sur des places de parking, qui nous a valu d’être lauréat d’un prix de l’innovation interne deux ans plus tard, en 2015.

- Qu’est-ce qui vous a motivé à participer à votre tour à DRIM’in Saclay ?

Flavien Geisler : Autant le reconnaître, je ne connaissais pas cet événement avant que Vianney ne m’en parle. Mais à l’évidence, il correspond bien à notre propre fonctionnement : nous intervenons comme des ensembliers, sans avoir la prétention de pouvoir tout développer tout seul. Nous cherchons donc à faire la différence au travers de notre écosystème partenarial. Notre Direction Recherche et Innovation travaille depuis longtemps avec tout type de partenaires : des académiques, les services de l’Etat, de grands groupes, des PME et ETI ainsi que des start-up. C’est dire, encore une fois, si DRIM’in Saclay nous correspond bien. Personnellement, j’en attends la possibilité d’y rencontrer des personnes suffisamment motivées pour nous accompagner dans la finalisation du projet qui en ressortira.

- Depuis que je vous écoute l’un comme l’autre, une notion me trotte dans la tête, mais qui n’a guère été prononcée. C’est celle de l’innovation ouverte (ou open innovation). Mais, comme je l’imagine, c’est une notion dans laquelle vous vous retrouvez pleinement…

Vianney Fullhardt : C’est vrai que nous ne l’avons pas prononcée, mais c’est très exactement l’idée qui sous-tend la stratégie d’Eiffage. La Direction du développement durable que j’évoquais est une direction transverse, qui aide les autres directions du groupe à mettre en œuvre cette innovation ouverte, en favorisant des liens croisés entre les différentes branches qui, il y a encore quelques années, interagissaient peu entre elles.

Flavien Geisler : Pour paraphraser ce que vient de dire Vianney, si, aujourd’hui, nous sommes en mesure de proposer un tel sujet à DRIM’in Saclay, c’est justement parce qu’en interne, nous sommes engagés dans un processus d’open innovation. Les métiers de la route en particulier n’ont plus guère de difficulté à parler avec ceux du bâtiment ou ceux de l’énergie. Bénéficier ainsi d’une richesse de savoir-faire et de compétences est bien sûr une chance pour mener à bien des projets innovants, différents de ceux auxquels nous serions parvenus, en y allant seul. DRIM’in Saclay nous offre l’opportunité d’interagir avec d’autres partenaires potentiels et d’élargir encore un peu plus le spectre de notre écosystème.

- Vous avez l’un et l’autre mis en exergue l’intérêt d’un dispositif comme DRIM’in Saclay. Mais en quoi le fait qu’il s’inscrit dans l’écosystème de Paris-Saclay ajoute-il à son intérêt ?

Vianney Fullhardt : L’inscription de DRIM’in Saclay dans l’écosystème Paris-Saclay constitue bien évidemment un plus. Cet écosystème est un concentré de nombreux établissements d’enseignement supérieur et de recherche, de centres de R&D de grandes entreprises, de start-up,… C’est un territoire foisonnant au plan de l’innovation et ce, dans des domaines très divers, qui vont de la mobilité à la ville durable, en passant par la santé, etc. La proximité géographique entre académiques, ingénieurs, entrepreneurs innovants et startuppers fait de Paris-Saclay un écosystème particulièrement propice à nos yeux à cette innovation ouverte que nous évoquions. Jusqu’à présent, je le connaissais au travers de la SATT Paris-Saclay. Un partenaire de choix s’il en est pour identifier les start-up qui pourraient apporter des solutions concrètes à telle ou telle de nos problématiques.

Flavien Geisler : Je n’ai rien d’autre à ajouter ! Paris-Saclay est effectivement un écosystème foisonnant. Nous-mêmes, à Eiffage Route, nous travaillons avec une start-up issue de la SATT Paris-Saclay. Nous avons aussi, à travers l’EPA Paris-Saclay, un interlocuteur particulièrement attentif à promouvoir l’innovation. Récemment, nous avons eu l’opportunité de réaliser à sa demande une piste cyclable « luminescente » dans la Zac de Polytechnique [photo ci-dessus]. Un moyen pour nous de tester à grande échelle des solutions innovantes.

Pour en savoir plus sur l’édition 2019 de DRIM’in Saclay et la présentation des résultats (le 15 mai, à l’occasion de Paris-Saclay Spring), cliquer ici.

A lire aussi l’entretien avec Nathalie  Brunelle, Directrice de projet Total@Saclay, qui nous en dit plus sur les motivations à participer à l’édition 2019 de DRIM’in Saclay, et ce qui a présidé au choix des deux thématiques proposées – « Améliorer la performance d’un photobioréacteur pour la culture de microalgues » et « Développer des hubs de mobilités actives en Afrique » (pour y accéder, cliquer ici).

 

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