« Faut-il sentir bon pour séduire ? »

SenteurPaysage
Ingénieur agronome, spécialiste en biologie moléculaire et ancien directeur du laboratoire de Neurobiologie de l’olfaction à l’Inra de Jouy-en-Josas, où nous l’avions interviewé, Roland Salesse s’est imposé comme un spécialiste de l’odeur. Nouvelle démonstration avec ce livre petit par le format, mais riche par le contenu, publié cette année, aux éditions Quae.

Nous l’avions interviewé sur son parcours de chercheur qui l’a conduit à diriger le laboratoire de Neurobiologie de l’Olfaction à l’Inra de Jouy-en-Josas (pour accéder au portrait, cliquer ici) et lui devions déjà un ouvrage passionnant sur l’odorat et le goût (codirigé, aux éditions Quae 2012). Roland Salesse nous revient avec un autre opus, petit par le format mais riche par le contenu, sur son thème de prédilection, l’odeur, qu’il aborde du point de vue des humains aussi bien que des animaux. La question affichée en titre est l’une des 120 qu’il aborde au fil des pages. Réparties en une dizaine de chapitres, elles permettent d’aborder les odeurs sous toutes les coutures, chez les humains comme chez les animaux, à tous les âges, du bébé à la personne âgée, etc., à la lumière de l’apport des sciences du vivant, mais aussi sociales et humaines, ou des savoirs de ces professionnels qui ont su faire de leur nez un vrai outil de travail (le parfumeur et l’œnologue), sans oublier les artistes. C’est que les odeurs ne sont pas qu’une affaire d’alchimie et de biologie, c’est aussi une réalité sociale, culturelle, en un mot : complexe. Le tout est agrémenté d’illustrations, de graphes, et enrichi d’un glossaire et d’une liste de sites internet à consulter, contribuant à démêler le vrai du faux, à bousculer des idées reçues ou en conforter d’autres (comme, par exemple, celle qui veut que les mères reconnaissent l’odeur de leur bébé).

Au prisme des sciences du vivant, sociales, humaines,…

Sans plus tarder, donnons la réponse qu’il donne à la « question-titre ». Elle tient en… une demi page dont il ressort que, d’après les « quelques études scientifiques disponibles », « le choix du partenaire sexuel est plutôt indépendant du parfum ajouté mais plutôt relié à l’odeur corporelle ». Que le lecteur ne se méprenne pas en considérant qu’il y aurait tromperie sur la marchandise. Il gagne au change en trouvant les réponses à toutes les questions qu’il se pose… ou pas. On lui laisse le soin de découvrir celles aux questions afférentes, de la n°63 («  Comment trouver l’âme sœur avec son nez ? »), à la n°71 (« Les phéromones sont-elles uniquement sexuelles ? ») en passant par l’inévitable n°67 (« le philtre d’amour existe-t-il ? »).

A chaque fois, des réponses claires et synthétiques (les plus longues tiennent en quatre pages), tout en parvenant à être aussi nuancées que possible. Car nous ne sommes pas tous égaux face à l’odorat. Des différences existent entre les deux sexes ou selon l’âge, les cultures, etc. Si certains ont le nez bien aiguisé au point, donc, d’en faire leur métier, certains souffrent d’anosmie (absence d’odorat) et/ou d’agueusie (perte de la gustation).

D’autres questions sont plus inattendues, surprenantes même (par exemple : «  Qu’est-ce qui donne cette odeur à l’urine quand on a mangé de l’asperge ? » ou encore «  Y a-t-il une « odeur de chef » ? »), au point qu’on se demande si l’auteur n’a pas dû forcer son imagination pour remplir quelques pages… Ce dont on ne se plaindra pas tant les réponses sont aussi instructives sans être dénuées d’humour. Nous nous étonnerons juste que l’auteur n’ait pas osé la question : pourquoi dit-on de quelqu’un qu’il (n’) est (pas) en odeur de sainteté ? Nous prendrons cependant sans peine notre mal en patience en espérant qu’elle figurera dans le panel d’une prochaine édition. Pour l’heure, on ne boudera pas notre plaisir. Passionnant, l’ouvrage l’est d’autant plus qu’il convoque les chercheurs et les professionnels. Mais aussi, donc, des artistes pour instruire les réponses à des questions aussi diverses que celles de savoir si « les villes ont une odeur », si « l’odeur de pied est artistique » ou encore s’il existe des spectacles olfactifs. Questions toutes plus surprenantes les unes que les autres, mais dont nous connaissions la réponse, du moins pour ce qui concerne la dernière, pour avoir gardé le souvenir du spectacle olfactif à la création duquel Roland Salesse avait participé et dont il nous avait fait part dans l’entretien déjà évoqué.

Arrivé au terme de la lecture de ce livre, on ne peut que s’étonner que l’odeur soit un sens si peu considéré au regard des autres (de tous, c’est celui qui a d’ailleurs l’adjectif le plus compliqué : olfactif, là où la vue dispose de visuel et l’ouïe, de l’auditif). Même si les causes en sont fournies en réponse à la question n°99 (« L’odorat, un sens mineur ? »).

Faut-il sentir bon pour séduire ?, Roland Salesse, éditions Quae, 2015.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>