Fastlite ou comment repousser les limites de la mesure. Rencontre avec Thomas Oksenhendler

Suite de notre série de portraits de jeunes entrepreneurs innovateurs issus de l’Institut d’Optique. Aujourd’hui, Thomas Oksenhendler, en charge de la R&D et de la production de Fastlite, une jeune société qui a su se rendre indispensable à des laboratoires du Plateau de Saclay.

38 ans, Thomas Oksenhendler est un ancien élève de l’Ecole supérieure d’Optique, devenue depuis Institut d’Optique Graduate School (IOGS). Quand on lui demande l’objet de sa thèse, il prend un malin plaisir à le dérouler dans son l’intégralité, sûr de son effet sur son interlocuteur a priori béotien : « Système de synchronisation pour caméra à balayage de fente à base de photoconducteurs pour lasers ultrabrefs.»

Contrairement aux apparences, ladite thèse n’était pas appelée à s’inscrire dans de la recherche fondamentale, mais était censée déboucher sur une technologie commercialisable. De fait, le sujet lui a été suggéré lors de son stage de fin d’étude aux Etats-Unis par Daniel Kaplan, et avec laquelle il avait repris contact à l’issue de son service militaire pour démarrer pendant sa thèse une nouvelle société. La société en question : Fastlite, fondée par deux retraités, académiciens des sciences (Daniel Kaplan) et des technologies (Pierre Tournois).

Si la technologie a fait ses preuves en termes de performance, en revanche, elle n’a pas rencontré le succès commercial. Ses clients se comptaient sur les doigts de la main : le laboratoire LULI de l’Ecole Polytechnique, le Max-Planck Institute de Garshing, enfin l’INRS, à Montréal. Fin 1999-début 2000, la société a donc fait le choix de bifurquer vers « la conception d’instruments de mise en forme temporelle et de mesure/caractérisation d’impulsions très courtes.» Les applications concernent pour l’essentiel les laboratoires de recherche mobilisant de grands systèmes laser. « Nous sommes dans un métier ultra technique dont l’activité en France se déploie dans les quelques dizaines de kilomètres à la ronde.»

Fastlite n’a rien d’une start up : elle assure ses financements sur fonds propres. En 2011, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros, en progression de 15-20 % par an. Les effectifs, de 15 personnes actuellement, sont aussi en progression régulière. « Chaque année, Fastlite effectue une à deux embauches, des postdocs issus pour la plupart de laboratoires du Plateau.»

Issu de la promotion 1998 de l’Institut d’Optique, Thomas n’a pas connu la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE). « Il est clair quelle nous aurait été utile. Déjà, à mon époque, on nous incitait à créer des entreprises, mais sans nous former à l’entrepreneuriat. » Ni en donner les moyens. « Dès qu’on sortait de l’école, la première question qui se posait était de savoir où on allait bien pouvoir s’installer ! Pour entreprendre, il faut bien disposer de quelques m2. Or à l’époque, nous ne disposions pas d’un bâtiment comme le 503.»

Par chance, un des fondateurs de Fastlite était un ancien de l’Ecole Polytechnique. « Nous avons pu être admis à la pépinière qu’elle venait de créer.» Un lieu encore informel à l’époque. « Il était question de construire un hôtel d’entreprises d’ici les trois prochaines années.» En 2004, Fastlite déménage pour aménager finalement dans un laboratoire, en attendant l’hôtel qui, finalement, ne verra pas le jour.

En 2007 le bâtiment 503 est libéré par le transfert de l’Institut d’Optique à Palaiseau. Fastlite, dont le siège social est situé à Paris, en profite pour y installer en 2008 sa R&D et sa production, dont Thomas a la charge. « Nous nous retrouvions dans une véritable pépinière, qui nous mettait en contact avec d’autres entreprises, mais aussi des chercheurs et des étudiants. » Thomas se souvient encore des couloirs éclairés par une lumière blafarde. « Pas de quoi donner envie d’y travailler à de jeunes stagiaires…». Depuis, des couloirs ont été juste repeints… Pour autant, Thomas n’est pas disposé à quitter le lieu. «Il nous met en contact avec les laboratoires où se trouvent des personnes expérimentées, qui ont envie d’aider des entrepreneurs.»

L’intérêt pour le Plateau de Saclay

Quant au projet de cluster de classe mondiale programmé sur le Plateau, Thomas le vit déjà comme une réalité : « Nous avons depuis des années des collaborations avec plusieurs laboratoires du CEA et de l’Ecole Polytechnique.» Les clients eux-mêmes sont pour la plupart situés dans la vallée, les partenaires industriels à Evry, Orsay et à Palaiseau.

« Le fait d’être sur le Plateau constitue un atout. Cela nous permet de disposer d’un panel sans équivalent de ce qui existe dans le monde du laser. C’est inestimable. Car, si pour concevoir ses instruments, Fastlite s’appuie sur le savoir-faire développé en interne, le cahier des charges de l’appareil ne peut être défini que par les laboratoires eux-mêmes.»

Pour les besoins de ses expériences, une séance de mesure sur un laser, Fastlite peut aussi utiliser leurs équipements. Ou mettre à disposition ses appareils. Un échange de bons procédés qui favorise l’instauration de relations durables.

« Ce type de collaboration entre sociétés et laboratoires est quelque chose de courant aux Etats-Unis. En France, ce n’était pas le cas il y a encore quelques années. Quand il y en avait une, il ne fallait pas que cela se sache au niveau administratif, sans quoi les portent se refermaient très vite.» Par chance, reconnaît-il, les choses ont considérablement évolué. « Aujourd’hui, les laboratoires universitaires n’ont plus de réticences à répondre aux sollicitations d’entreprises. »

Beaucoup reste cependant à faire pour améliorer l’attractivité du Plateau et de ses campus. Problème numéro 1 : les transports. « Le Plateau est encore mal desservi. » A quoi s’ajoutent les problèmes de logement. A cet égard, Thomas s’estime chanceux. Normand d’origine, il loge dans la vallée. « Je peux me rendre tôt à mon laboratoire pour éviter les embouteillages »…

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