Se parler de cœur à cœur. Entretien avec Christian Van Gysel

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Premier écho à l’édition 2017 du TEDx Saclay à travers le témoignage à chaud de Christian Van Gysel (au second plan, sur la photo), qui témoigne ici de l’importance du contexte – le nouveau bâtiment de CentraleSupélec – dans lequel elle s’est déroulée.

- L’édition 2017 est en passe de s’achever (il est près de minuit, mais le concert de clôture se poursuit…). Quelles sont vos impressions à chaud ?

Il me semble que ce qui s’est produit ici, c’est le tout premier événement ayant donné vie au tout nouveau bâtiment de CentraleSupélec – si j’excepte, bien sûr, le discours qu’y a prononcé le Président de la République [le 25 octobre dernier, à l’occasion de son inauguration]. Et cela n’aurait pas pu se faire sans la magnifique coopération entre l’équipe de cette école, qui a su se montrer d’une grande disponibilité, et celle de TEDx, qui a su affronter toutes les affres de l’organisation d’un événement dans un bâtiment qu’elle ne connaissait pas ! Je rappelle que l’auditorium contient 1 000 places (soit deux fois plus que celui d’EDF Lab où s’est déroulée la précédente édition). Ce défi a été relevé ! De même que celui de faire connaître TEDx Saclay bien au-delà de l’écosystème de Paris-Saclay : pour la première fois, notre conférence a été retransmise non seulement dans plusieurs villes du territoire, mais aussi à l’international. Nous avions donc de nombreuses raisons de craindre des couacs de toutes sortes. Finalement, hormis des problèmes de zapette, tout s’est bien déroulé. En tout cas, c’est l’impression que j’ai au vu des sourires qu’arboraient les gens au sortir de l’auditorium. Bref, l’esprit TEDx Saclay – réunir des hommes et des femmes d’horizons très différents et leur faire partager une même expérience – a encore frappé et j’en suis tout simplement heureux.

- Rappelons que vous aviez pris un sacré risque en annonçant dès novembre 2016 la tenue de cette troisième édition dans un lieu qui était encore loin d’être achevé et donc opérationnel…

En effet, il y a un an, le nouveau bâtiment de CentraleSupélec était déjà bien sorti de terre, mais loin d’être encore achevé. Initialement, il devait être livré en avril-mail. Finalement, il ne l’aura été qu’au début du mois septembre… Le personnel de CentraleSupélec a donc disposé de beaucoup moins de temps pour se l’approprier. Il aura su quand même nous accueillir dans de très bonnes conditions.

- Comment jugez-vous ce bâtiment ?

Magnifique, bien sûr ! C’était l’endroit rêvé pour organiser une conférence TEDx Saclay. Nous mesurons notre chance d’avoir pu exaucer notre rêve. Encore merci à CentraleSupélec de nous avoir accueillis !

- Et le millésime 2017, avec ces 13 intervenants, que vous a-t-il inspiré ?

Par delà la diversité des problématiques traitées, tous les intervenants, et c’est en cela que c’est fascinant, parlaient finalement de la même chose : de l’intérêt qu’il y a encore, même dans une société très technologique et numérique, à parier sur des capacités proprement humaines : l’intelligence, le sens de l’émerveillement, de l’observation, etc. Entre le mathématicien Cédric Villani, qui nous a montré l’intérêt de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé, et la conteuse Sylvie Mombo, qui nous a montré la force du conte, y compris dans une société comme la nôtre, le public a pu cheminer entre des univers apparemment opposés. En réalité, eux comme les autres ont su nous parler de cœur à cœur en replaçant l’humain au centre de nos préoccupations. S’il y a un message à retenir de cette édition 2017, c’est bien celui-là.

- Est-ce un message adressé aux acteurs de l’écosystème de Paris-Saclay ?

(Sourire). Avec Paris-Saclay, nous avons la chance d’être reconnus comme un cluster technologique d’excellence mondiale. Mais notre vraie chance, si je puis dire, c’est de pouvoir replacer l’humain au cœur des enjeux technologiques. Se référer à la Silicon Valley, c’est bien, mais ce ne saurait être un but en soi. Replaçons d’abord l’humain au centre de nos préoccupations. C’est comme cela que l’innovation technologique pourra être au service du vivant, lequel, comme vous l’aurez compris, ne se limite pas au biologique. Par-là, il faut entendre aussi l’humain, dans sa dimension philosophique voire spirituelle. Si TEDx Saclay peut contribuer à cette prise de conscience, tant mieux.

- De fait, au vu de l’intitulé – « Innover au service du vivant » – et du contexte – le cluster technologique de Paris-Saclay – nous aurions pu nous attendre à une succession d’interventions sur des innovations technologiques, à base de numérique et de big data… S’il en a été effectivement question, on a aussi entendu les intervenants chanter les louanges de facultés aussi élémentaires que le sens de l’observation, de l’émerveillement, la curiosité…

En effet. Et il n’en va pas autrement quand je discute de manière informelle avec des représentants des institutions de l’écosystème Paris-Saclay – grandes écoles, universités, entreprises, organismes de recherche… Je m’aperçois qu’en réalité, ils ne sont pas mus par autre chose que cette volonté d’innover sinon d’entreprendre au service du vivant au sens large, et de l’humain en particulier. Nous en avons eu une belle illustration l’an passé à travers le talk de Pascale Ribon, ancienne directrice de l’ESTACA et maintenant Déléguée Générale de l’Université Paris-Saclay. Polytechnicienne et ancienne des Ponts et Chaussées, elle nous a chanté les vertus d’une chose apparemment anodine – la gentillesse – y compris dans le monde du travail, en montrant que cela pouvait permettre d’affronter des situations conflictuelles (elle nous a expliqué comment elle avait dû faire face à un mouvement de protestation contre le transfert de son école).

- Etes-vous en train de nous dire que les éventuels problèmes institutionnels sont secondaires au regard de valeurs sur lesquelles se retrouveraient les hommes et les femmes qui œuvrent à la dynamique de Paris-Saclay ?

Tout à fait. De par mes divers engagements au sein de l’écosystème, comme ingénieur chez Nokia et Business Angels, sans oublier mon rôle au sein de TEDx Saclay, j’ai la chance de discuter avec les uns et les autres. Et ce que je perçois, c’est qu’en réalité chacun est disposé à parler de cœur à cœur – on y revient – car tous ont conscience qu’il y a une histoire exceptionnelle qui est en train de s’écrire ici et dont il y a de quoi être fier. Les perspectives offertes par les innovations technologiques en deviennent autrement plus passionnantes et stimulantes quand le dialogue se noue sur ce registre, d’humain à humain, et qu’on est conscient de la nécessité d’agir ensemble, pour relever les défis de notre temps.

- A vous entendre, je m’aperçois que, par delà les thématiques, c’est le même sillon que vous creusez d’une édition à l’autre…

Oui. Innover au service du vivant, ce n’est pas autre chose qu’une manière de renouer avec l’esprit des Lumières et de tous ces pionniers qui vont « au-delà des limites », de toutes les limites – institutionnelles, disciplinaires, professionnelles – pour revenir à l’essentiel : l’humain et à son devenir dans un rapport confiant et harmonieux avec l’innovation technologique…

- En ira-t-il de même avec le Data Bang, le thème de l’année prochaine ?

Oui, bien sûr. Il s’agira encore d’innover ensemble et au service de ce vivant auquel l’humain participe au même titre que le végétal et l’animal. Mais avec quand même un risque pour lui : qu’il disparaisse à plus ou moins long terme sous l’effet du réchauffement climatique ou d’autres cataclysmes, et faute de pouvoir y faire face, du fait de sa dépendance à toutes sortes de système techniques ou de l’impossibilité d’entretenir ce qu’il construit. Il suffit de quelques décennies pour qu’un bâtiment, même comme celui-ci, laissé à l’abandon, ne devienne une ruine. Il n’est pas sûr qu’on puisse revenir en arrière car il est à craindre que nous aurons perdu jusqu’à nos facultés de survivre dans des milieux devenus hostiles. En disant cela, je ne veux pas verser dans un catastrophisme, mais juste souligner l’intérêt que nous avons à réfléchir à revenir à des fondamentaux comme ce sens de l’observation, de l’émerveillement, cette curiosité, évoqués par les intervenants de ce soir, et réapprendre à nous satisfaire de choses simples en ne produisant plus rien qui ne soit pérenne et utile aux générations futures.

- Je réalise que nous sommes en train de réaliser cet entretien sur le vif, dans la rue de la sérendipité de CentraleSupélec…

La sérendipité est bien le mot qui pourrait résumer à lui seul l’esprit TEDx Saclay. Cet événement, ce n’est que des histoires de sérendipité – des rencontres heureuses avec des intervenants qui m’étaient encore inconnus, avant février dernier, au moment où la préparation de cette édition a été lancée.

A lire aussi les entretiens avec Sylvain Gasdon, Claudia Marcelloni, Sylvie Mombo et Guillaume Monnain (pour accéder aux liens, se reporter au compte rendu que nous avons fait de la soirée – cliquer ici).

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