Entre 8 et 15 ans, et déjà dans la peau d’un archéologue. Rencontre avec Camille Baida

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Suite de nos échos à l’inauguration officielle de la MISS intervenue le 11 juillet dernier, à travers le témoignage de cette médiatrice de l’association ArkéoMédia, qui y anime des ateliers consacrés à l’archéologie.

LaMISSentretienCamilleBaida18-Post fouille Gallo Romaine 1- Si vous deviez pour commencer par présenter votre structure ArkéoMédia ?

ArkéoMédia est une association établie à Etiolle, près de Corbeil-Essonnes. Elle organise des ateliers de médiation en archéologie, en Ile-de-France comme dans le reste de la France. Avec pour objectif d’éveiller la curiosité des plus jeunes à l’égard de la science, mais aussi du patrimoine hérité du passé, de telle sorte qu’ils se l’approprient et, à travers lui, leur territoire de vie, qu’ils y soient nés ou pas.

- L’archéologie comme prétexte à une meilleure compréhension de son environnement, donc…

Oui, de son évolution et de la manière dont il a pu se nourrir des différences entre les populations qui l’ont habité. Bien plus, c’est l’occasion d’apprendre à travailler en équipe et, donc, à s’écouter mutuellement. Car l’archéologue ne travaille pas en solitaire, mais avec d’autres archéologues et d’autres chercheurs. En mobilisant toutes sortes de savoirs, il tente de reconstituer le passé. Pour cela, il formule des hypothèses…

LaMISSentretienCamilleBaida18-DSCF1018- Tel un détective, qui en formule aussi à partir des indices qu’il recueille ?

Oui, en effet. Ce que l’archéologue met au jour ne livre pas d’emblée son secret. Comme toutes hypothèses, les siennes peuvent être validées tout ou partie avant d’être éventuellement démenties, suite à de nouvelles découvertes. Manière de dire que l’archéologue peut aussi se tromper sans que cela disqualifie en rien la qualité de son travail ni le caractère scientifique de sa démarche.

- Cherchez-vous, à travers ce genre d’ateliers, à susciter des vocations ?

Non, pas nécessairement. Quiconque, même un enfant, a le droit de ne finalement pas apprécier plus que cela l’archéologie. Il arrive d’ailleurs qu’à l’issue d’un atelier, des élèves renoncent à devenir archéologue. De manière générale, l’atelier a plus l’ambition de les amener à réfléchir par eux-mêmes, à se poser des questions, à faire des expériences, quitte à se tromper… Même si on espère toujours créer des vocation et de l’intérêt pour l’archéologie sinon l’histoire, en en montrant une version la plus juste possible.

- A l’évidence, la personne que j’ai devant moi est passionnée. Mais qu’est-ce qui vous passionne au juste : l’archéologie ou ce travail de médiation ?

(Sourire) La vocation pour l’archéologie, je l’ai eue et ce, depuis toujours. J’ai donc fait des études d’archéologie. Cela dit, je me souviens que, petite, j’avais dit que je serai maîtresse, mais une maîtresse qui ne mettrait que des sourires en guise de notes. Et finalement, je pense que la médiation est une façon de l’être par procuration. De fait, une médiatrice n’est pas là pour mettre des notes ! Mais transmettre un savoir, inculquer une méthode, en faisant éprouver le métier d’archéologue. S’il y a quelque chose qui me plaît tout particulièrement dans ce travail de médiation, c’est bien cela : avancer, ensemble, avec les élèves, dans la découverte de savoirs, à travers l’échange et la discussion. Etant entendu que la médiation s’adresse aussi bien à de jeunes enfants qu’à des adultes. En d’autres circonstances, nous organisons d’ailleurs des ateliers auxquels des familles entières peuvent participer.

LaMISSentretienCamilleBaida18-DSCF1015- L’entretien est réalisé dans le cadre de la MISS, qui vient d’être inaugurée officiellement ce 12 juillet 2018, autour d’une table où sont disposées toutes sortes de choses : fascicules, échantillons, etc. Comment se déroule concrètement votre atelier ?

Nous proposons plusieurs ateliers sur le thème de l’archéologie. L’un se déroule dans la serre du campus, située à deux pas d’ici et où a été aménagé un simulateur de fouilles inspiré d’un site archéologique d’Etiolle. Datant du Paléolithique, de l’époque des chasseurs nomades cueilleurs et des mammouths, donc, il a été reconstitué quasiment à l’identique. Il s’agit d’un campement, avec un foyer, une zone de taille de silex, les vestiges d’une tente, des restes d’animaux – de rennes, découpés par les occupants. Les enfants sont mis dans la peau d’archéologues : ils sont invités à fouiller le site puis à procéder à l’enregistrement au relevé (au moyen de dessins, donc) des vestiges qu’ils ont découverts. Puis, retour au bâtiment de la MISS pour y poursuivre un autre atelier au choix parmi trois possibles (pour le moment). Un atelier de post-fouille : à travers l’exemple d’un site gallo-romain, les élèves sont invités à formuler des hypothèses, à partir de l’analyse de divers éléments qui y ont été découverts – de la céramique (l’objet du travail du céramologue), des graines (celui du carpologue), du pollen (du palynologue), des monnaies (du numismate) et divers autres objets métalliques. En croisant ces différentes analyses, ils peuvent en déduire que nous sommes en présence d’une nécropole, mais aussi le climat qui y régnait alors, les pratiques alimentaires, la richesse économique produite. Bref, dégager une vision globale du site. Un deuxième atelier est consacré à l’art du temps de la préhistoire. Il est organisé en deux volets : durant le premier, les enfants se mettent dans la peau d’un individu du paléolithique, pour réaliser une œuvre à partir des moyens du bord (des silex, du charbon, de l’ocre, etc.), puis dans celle de l’archéologue, qui va, lui, étudier des représentations rupestres d’art avant de comprendre comment et quand elles ont été réalisées. Enfin, le 3e atelier porte sur l’habitat au paléolithique : les enfants sont invités à réfléchir au mode d’habiter d’un nomade du Paléolithique. Vivait-il sous une tente ? Dans une hutte ? Si oui, comment pouvait-elle avoir été fabriquée ? Comme vous le voyez, tout est fait pour solliciter l’imagination des enfants.

- Quel âge ont ceux que vous accueillez ?

Ils ont entre 8 ans (niveau CE2) à 15 ans (niveau 3e).

- Vous-même êtes jeune. Entretenez-vous le rêve que certains d’entre eux reviennent des années plus tard pour vous remercier d’avoir suscité leur vocation d’archéologue…

(Sourire). Encore une fois, nous ne cherchons pas spécialement à susciter des vocations. Bien sûr, nous nous réjouissons de voir des enfants se découvrir une passion pour ce métier, mais nous leur reconnaissons le droit de ne pas aimer l’archéologie, même au terme d’un atelier ! Toujours est-il que, pour ma part, j’ai commencé à m’imaginer archéologue à partir de l’âge de sept ans… C’était après avoir lu à l’école Noune, l’enfant de la Préhistoire [de Michel Vaidis et Georges Salles, et paru en 2005, aux éditions Msm]. C’est l’histoire d’un petit garçon qui vit avec ses parents et sa sœur, au pied d’une grande falaise, où paissent les troupeaux de rennes. Mes parents ont cru que cela allait me passer. Sauf que, ado, j’avais encore cette envie. Est-ce que nos ateliers auront le même effet ? L’avenir le dira. Une chose est sûre, les élèves qui y participent ont là l’opportunité de découvrir que l’archéologie est bien une science et qu’on peut en faire, d’où qu’on vienne, d’une grande ville ou d’une petite, d’un quartier dit sensible ou d’un village. Et qu’on soit une fille ou un garçon ! L’archéologie a pour elle d’être à cheval sur les sciences humaines et les sciences dites dures – elle implique aussi des manipulations, de la modélisation, etc. Si, malgré tout, elle n’enchantait pas tel ou tel élève, il y a bien d’autres sciences, auxquelles il pourrait toujours s’intéresser au travers d’un des nombreux autres ateliers proposés par la MISS. Le fait d’être situé ici, sur le campus d’Orsay, ajoute à l’effet produit par cette dernière. Pour beaucoup des élèves qui assistent à nos ateliers, il y a quelque chose de magique à se retrouver à l’Université !

A lire aussi les entretiens avec Coralie Caron, qui poursuit une thèse en biochimie à l’Institut Curie, de la Faculté des sciences d’Orsay (cliquer ici) ; Ludmilla Guduff, doctorante en chimie analytique, à l’Institut de chimie des substances naturelles, le pôle chimie du campus CNRS de Gif-sur-Yvette (cliquer ici) ; Mélanie Guenais, enseignante-chercheuse du département de mathématiques d’Orsay (cliquer ici) et Raphaëlle Momal, doctorante en mathématiques appliquées, d’AgroParisTech/Inra (cliquer ici).

Pour en savoir plus sur Arkéomedia, cliquer ici.

5 commentaires à cet article
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