En attendant une propulsion aérospatiale et… écologique. Rencontre avec Guillem Khaïry

Essouriau2019GuillemPaysage
Suite de nos échos au forum des anciens élèves de la CPGE du Lycée de l’Essouriau, organisé le samedi 9 novembre dernier, à travers le témoignage de cet étudiant qui a fait le choix d’un double cursus.

- Qu’est-ce qui vous a décidé à faire des études d’ingénieur ?

Durant mes années de lycée, j’ai commencé à m’intéresser à la physique. En Terminale, on m’a alors évoqué la possibilité d’intégrer une classe prépa. Etant quelqu’un d’enclin à stresser facilement, on m’a aussi conseillé celle du lycée de l’Essouriau, réputée pour être à taille plus « humaine », les professeurs prenant le temps d’accompagner les élèves. J’y aurai passé trois ans pour intégrer au final Polytech Paris-Sud. Un peu à contre cœur car si je visais les Mines de Douai, en cursus fonctionnaire – je l’ai raté d’une place ! Cela dit, c’est le jeu !
En plus de Polytech Paris-Sud, j’ai été admis à la licence de physique fondamentale de la faculté d’Orsay, que j’ai donc suivi en parallèle, en cours du soir. L’an dernier, j’ai validé ma première année de l’école d’ingénieur et ma licence, avant de décider de partir à l’Ecole centrale de Nantes, que j’ai intégrée sur dossier, au niveau du master. Ce n’était pas dans mes intentions initiales, mais je l’ai fait.

- Pourquoi ?

Les enseignements de la Faculté d’Orsay se révélaient très théoriques. Or, moi, j’étais plus intéressé par les applications de la physique dans le domaine de l’ingénierie. Quitte à donner un tour plus tortureux à mon cursus, j’ai donc choisi d’intégrer une école d’ingénieur pour y faire un master. Celui de l’Ecole centrale de Nantes avait l’avantage de proposer des filières intéressantes, ainsi qu’une année d’étude à l’étranger.

- Manifestement, l’ancien élève enclin au stress a fait place à un élève déterminé et volontaire…

Non, non, le stress, je continue à le ressentir. Mais je le vis plus comme un moteur que comme quelque chose de paralysant. Pour tout dire, j’en ai besoin pour me mettre au travail !

- Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lever tôt ce matin pour participer au forum ?

Mes années de classe prépa font parie de mes plus belles années d’études. Certes, cela n’a pas toujours simple. Il a fallu beaucoup travailler. Mais je m’y suis fait de bons amis, que j’ai plaisir à revoir. Les professeurs sont aussi sympas…

- … tout en étant exigeants…

Oui, bien sûr. Mais cette exigence, un élève qui fait le choix de faire une prépa, il l’a a priori vis-à-vis de lui-même. Il lui faut juste prendre le temps de trouver le bon rythme de travail. Il est aidé pour cela par les enseignants. Les nôtres nous encadraient bien. Je doute que si j’avais été à l’université, après le bac, j’aurais aussi bien appris à travailler et à en être là où je suis aujourd’hui.

- Qu’est-ce que cela vous fait-il de venir avec un autre statut, celui d’un « ancien » ?

A priori, il s’agit de présenter des écoles d’ingénieurs et les changements qu’on peut y vivre en matière d’enseignement : en classe prépa, les cours portent sur des sciences. Dans une école d’ingénieur, on vous confronte à des applications concrètes. Moi-même, je souhaitais continuer à étudier les sciences. C’est pourquoi j’ai opté pour un master. Si je fais de l’ingénierie, ce sera dans une démarche scientifique, et non pour me retrouver dans une logique de valorisation économique.
Cela étant dit, mon cursus est, j’en conviens, un peu particulier : j’ai intégré une première école pour un cursus d’ingénieur, puis une autre, cette fois pour un cursus de master. Mais après tout, ce peut-être bien de montrer que différents parcours sont possibles.

- Dans quel domaine souhaitez-vous faire de cette ingénierie scientifique ?

Dans le domaine de la propulsion aérospatiale.

- Nous réalisons l’entretien au lycée de l’Essouriau, qui se trouve à quelques encablures du Plateau de Saclay. Suiviez-vous ce qui s’y passait ?

Oui, bien sûr. A fortiori quand j’ai intégré la Faculté d’Orsay. On ne peut pas ne pas en entendre parler. Après, ce n’est pas un projet qui m’enchante totalement. Autant je comprends l’intérêt de regrouper des établissements d’enseignement supérieur et de recherche ainsi que des centres de R&D, autant je trouve dommage les atteintes portées au paysage de Paris-Saclay, notamment sur le Plateau. Il est magnifique. Il devrait être davantage à l’image du campus d’Orsay, où les bâtiments se trouvent au milieu des arbres, de la végétation. Pourquoi ne pas faire la même chose sur le Plateau ? Pour y être repassé il y a quelques jours, je constate que ce n’est pas la direction prise.

- Peut-être votre perception est-elle biaisée par l’ambiance chantier qui continue à régner, à certains endroits. Et puis il y a la ZPNAF, qui est censée y assurer la préservation d’espaces naturels, agricoles et forestiers…

C’est vrai. Mais veillons alors à ce que la préservation de ces espaces ne serve pas à justifier une densification à d’autres endroits…

- Est-ce que cette sensibilité environnementale que vous exprimez pourrait orienter la suite de vos études scientifiques, pour promouvoir une ingénierie « écologique », au service de l’environnent ?

Justement, dans le domaine de la propulsion aérospatiale, les problématiques environnementales sont prises en compte à travers la recherche d’économie de carburant ou le recours à des matériaux moins polluants. Déjà des solutions « propres » existent…

- Quel paradoxe ! C’est à vous entendre dans le domaine de la propulsion aérospatiale que pourrait se trouver des clés de résolution de nos problématiques environnementales, sur Terre…

C’est en vérité un peu plus compliqué que cela : l’espace, ce n’est pas la Terre ! Et puis, je reconnais avoir encore trop la tête dans les étoiles pour m’être sérieusement intéressé à de la propulsion écologique ! Enfin, la science et l’ingénierie ne peuvent pas tout. La préservation de l’environnement passe aussi par l’adoption de nouvelles lois, de nouvelles réglementations. Si les gens ne sont pas incités sinon contraints à changer de comportement, ils ne changeront pas d’eux-mêmes. Nous sommes 7 milliards d’êtres humains sur Terre, bientôt neuf. Il y aura bien un moment où il faudra faire des arbitrages.

A lire aussi les témoignages :

- d’enseignants de la classe préparatoire : Fabien Délen, professeur coordinateur (pour y accéder, cliquer ici) ; Antoine Morin, professeur en physique-chimie (pour y accéder, cliquer ici) ; Loïc Devilliers, professeur de mathématiques (cliquer ici) et Nicolas Schneider, professeur de physique-chimie (mise en ligne à venir).

- d’autres anciens : Marc Daval, élève de l’ENSMA-ISAE (mise en ligne à venir) ; Matthieu Dumas, élève à l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, EIVP (mise en ligne à venir) ; Mélissa Cotan et Augustin Huet, respectivement à l’ESIGELEC et à l’ENSEIRB-MATMECA (mise en ligne à venir) et Paul Didiez, qui a fait le choix d’un double cursus à l’ENSIL-ENSCI puis à l‘ISAE-ESMA (mise en ligne à venir).

- de Marie-Ros-Guézet, qui participait à ce forum au titre du dispositif « Ingénieurs pour l’école », dont elle vient de prendre la responsabilité au plan national (mise en ligne à venir).

7 commentaires à cet article
  1. Ping : Des nouvelles de la classe prépa du lycée de l’Essouriau. Rencontre avec Fabien Délen | Paris-Saclay

  2. Ping : « La céramique mène aussi à l’aéronautique ». Rencontre avec Paul Didiez | Paris-Saclay

  3. Ping : De la mécanique du désir d’enseigner. Rencontre avec Nicolas Schneider | Paris-Saclay

  4. Ping : Faire une classe prépa à l’Essouriau leur a souri. Entretien avec Mélanie Co Tan et Augustin Huet | Paris-Saclay

  5. Ping : Apprendre dans l’optique d’enseigner… Entretien avec Antoine Morin | Paris-Saclay

  6. Ping : « Il n’a pas de déterminisme qui condamne à un parcours linéaire ». Rencontre avec Loïc Devilliers | Paris-Saclay

  7. Ping : Décollage réussi depuis le lycée de l’Essouriau. Rencontre avec Marc Daval | Paris-Saclay

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