Ecojoko, la chasse au gaspi en temps réel. Entretien avec Laurent Bernard

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Suite de nos échos à la finale du Challenge Paris-Saclay CES Las Vegas, organisée le 17 septembre dernier par la CCI Versailles-Yvelines, à la Royale Factory (Versailles), avec le témoignage du lauréat du prix du Jury, cofondateur d’Ecojoko, une start-up qui a mis au point un assistant d’économie d’énergie à la maison.

- Si vous deviez, pour commencer, par pitcher Ecojoko ?

Ecojoko est partie d’un constat en forme de paradoxe : aujourd’hui, personne ne laisserait couler pour rien de l’eau d’un robinet. Ce serait contraire au bon sens en plus d’être un gâchis intolérable. Pourtant, c’est ce qu’on fait en permanence avec l’électricité. Il est vrai que celle-ci est invisible, on n’en perçoit donc pas immédiatement le coût. Le simple fait de laisser des équipements en état de veille représente en moyenne plus de 80 euros par foyer et par an. Mises bout à bout, nos consommations invisibles, c’est de l’ordre de 250 euros par foyer et par an, soit un quart de la facture d’électricité annuelle. Comment expliquez cela ? Nos compatriotes ne le font pas exprès, par goût de jeter l’argent par la fenêtre. Encore une fois, cela tient au fait qu’ils n’en ont pas forcément conscience, parce que cela ne se voit pas, tout simplement, dans l’immédiat du moins.

- En quoi consiste donc votre solution ?

A rendre visible cette surconsommation, justement, au moyen d’un assistant connecté, qui permet aux usagers de suivre leur consommation en temps réel et de détecter les sources de consommation inutiles. A chaque fois que vous allumez ou éteigniez un appareil, vous allez pouvoir percevoir les variations de votre consommation, exprimée directement en euros. Ce qui devrait plus facilement vous inciter à réagir. Ce n’est pas tout : notre assistant vous fournit d’autres informations précises pour comprendre votre consommation, comme le coût de vos veilles ou de fonctionnement d’appareils électro-ménagers comme le frigidaire.
Par ailleurs, nous proposons une centaine d’actions et de micro-gestes, toutes plus simples les unes que les autres, adaptés à tout profil, profane ou expert, qui contribuent à faire baisser votre consommation d’électricité de 25%, sans attendre la rénovation de votre habitat ni altérer votre confort intérieur.

- Comment se présente votre assistant connecté ?

Il se compose de deux parties : d’un capteur installé sur le disjoncteur général, et non sur votre compteur, pour mesurer la consommation de la maison en temps réel, et d’un assistant qui est placé dans une pièce à vivre, l’entrée ou la cuisine, par exemple. Les données sont ensuite envoyées via la box Internet à notre serveur qui relaye l’information à nos clients à travers une application mobile.

- De plus en plus de ménages disposent du Linky, mais si je comprends bien, la valeur ajoutée de votre solution réside précisément dans la possibilité de suivre sa consommation en temps réel ?

C’est très exactement cela. Comparé à Linky, qui n’est pas directement accessible, notre équipement peut être installé n’importe où dans son logement et, donc, être visible. Il donne de surcroît des données facilement compréhensibles pour le client : encore une fois, la consommation est affichée en euros et non en kilovoltampère (kVA), comme sur Linky. Par ailleurs, nous affichons les données en temps réel et avec une précision à 1 seconde sur l’assistant et l’application, alors que l’application Linky indique les données de la veille et avec une précision à 30 minutes. Cela étant dit, les deux systèmes ont des objectifs différents : Ecojoko permet de réduire sa consommation, Linky offre l’avantage de fournir une facture plus détaillée que par le passé.

- Quel coût représente votre solution pour le particulier ?

Notre solution est proposée au prix unique de 199 euros. Une somme qui peut être remboursée jusqu’à hauteur de 100 euros, à travers la prime énergie allouée par l’Etat – son montant étant fonction du type de foyer (maison, appartement), de la composition du ménage, de la surface, etc.

- Qu’est-ce qui vous a prédisposé à concevoir cette solution et, au-delà, à vous lancer dans l’entrepreneuriat innovant ?

Pour ma part, je suis ingénieur de formation, diplômé de l’école Supélec (aujourd’hui CentraleSupélec). J’ai travaillé plus de quinze ans chez SFR dans le lancement de produits innovants. J’ai par ailleurs toujours côtoyé des personnes qui se sont lancées dans la création d’entreprises ou de start-up. Ce qui a entretenu chez moi l’envie de sauter un jour le pas. Je l’ai fait à l’occasion de ce projet-ci avec mon associé, Fabien Berlioz, un ancien de SFR, comme moi.

- Quel a été le déclic ?

Un problème intervenu un jour dans la crèche de mes enfants ! On leur avait interdit de sortir au prétexte que l’air était pollué. En soi, la décision n’était pas condamnable, mais au même moment, je voyais des gens qui installaient des purificateurs d’air chez eux, en renvoyant donc leur air domestique pollué à l’extérieur, sans considération pour les autres. Je trouvais cela un peu égoïste. Ce jour-là, j’ai pris conscience du fait qu’il y avait un problème de compréhension d’un phénomène et qu’il y en allait de la pollution comme de l’électricité. Par un concours de circonstance, mon futur associé et moi étions tombés sur une étude du CNRS, qui soulignait l’impact positif que pouvait avoir la visibilisation de notre consommation d’énergie sur notre comportement : le simple fait d’en voir l’évolution en temps réel pouvait aider à la réduire de manière substantielle.

- Ce que vous dites-là me conforte dans l’idée qu’on aurait intérêt à réfléchir plus globalement à un génie urbain du XXIe siècle, qui ne consisterait plus à invisibiliser sinon cacher les réseaux d’approvisionnement de nos villes en électricité, mais aussi en eau, comme ce fut le cas depuis le XIXe siècle, mais au contraire à donner à voir ce qu’il en coûte pour une ville, de se chauffer, de s’éclairer, de s’approvisionner… Au fond, c’est ce que vous faites à l’échelle d’une maison…

Oui, très exactement. Je n’avais pas le génie urbain en tête, mais ce que vous en dites fait sens pour moi. Donner à voir, cela change tout au plan des comportements, en induit de plus responsables et économes.

- Au-delà de vos années d’études à Supélec, en quoi l’écosystème de Paris-Saclay a-t-il été favorable à la création et au développement d’Ecojoko ? Quels ont été vos autres alliés au sein de cet écosystème ?

Nous poursuivons une collaboration avec le professeur Frédéric Magoulès, de CentraleSupélec, pour améliorer encore la qualité de l’information fournie à l’utilisateur, en travaillant notamment sur les problématiques d’algorithmie.

- Etes-vous incubé dans l’écosystème ?

Nous sommes actuellement dans deux accélérateurs : Wilko, d’une part, l’accélérateur de la Région Ile-de-France, et 50 Partners Impact, également parisien. Pour autant, nous conservons des attaches à Paris-Saclay, ne serait-ce qu’au travers de la collaboration que j’évoquais, mais aussi la participation à des événements qui s’y déroulent. Nous n’opposons pas Paris et Paris-Saclay, d’autant moins que c’est à l’échelle de l’Ile-de-France et même de la France tout court, que nous nous projetons.

- Parmi les événements de Paris, il y a justement Challenge Paris-Saclay CES Las Vegas dont vous avez été lauréat du prix du Jury. On imagine votre joie…

Oui, d’autant que la compétition était relevée ! Il y a ainsi une grande satisfaction à voir que notre message d’anti-gaspillage de l’électricité soit entendu et apprécié. Et puis, participer au CES est une opportunité proprement unique : ce rendez-vous est la Mecque de l’Electronic Grand Public. Ce sera pour nous l’occasion de mieux cerner le marché américain, d’y rencontrer des interlocuteurs – partenaires, investisseurs – aussi bien étrangers que français, qu’on aurait du mal à approcher en temps normal.

- Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un beau séjour dans l’attente de recueillir votre témoignage à votre retour !

Volontiers !

A lire aussi l’entretien avec Daniel Blengino, cofondateur et CEO de Visionairy, lauréate du prix du Public (pour y accéder, cliquer ici).

1 commentaire à cet article
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