Echos du Solar Decathlon

Solar Decathlon - Paysage
Depuis le 26 juin, il vous est possible de déambuler dans les allées de la Cité du Soleil, à Versailles, pour y découvrir les prototypes de la vingtaine d’équipes qui concourent à l'édition 2014 du Solar Decathlon. Nous y avons retrouvé Jérôme Mat, la cheville ouvrière de l’événement, que nous avions déjà eu l’occasion d’interviewer pour les besoins de Paris Média Saclay. Bien que très sollicité, comme on l'imagine, il a bien voulu nous livrer à chaud ses premières impressions.

Pour accéder au précédent entretien que nous avait accordé Jérôme Mat, cliquer ici.

- Nous sommes donc à la Cité du Soleil, au Parc de Versailles, de l’édition 2014 du Solar Decathlon Europe, avec une vingtaine de démonstrateurs, des salles de conférences, une agora, etc. Quelques jours avant son inauguration, il n’y avait encore rien…

Il y a encore quelques jours, il s’agissait d’un vaste chantier ! Si je devais retenir une image, ce serait celle-ci : une vingtaine de grues mobiles et en action, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. L’aménagement des six hectares du site a par ailleurs exigé la mobilisation de 150 poids lourds. Et ce, sans le moindre incident à déplorer ni de perturbation dans le trafic. Cette prouesse a été rendue possible grâce à une logistique bien pensée en amont. Les équipes n’ont disposé que de dix jours pour assembler leur prototype, du lundi 16 juin, 8 heures, jusqu’au 25 juin, à minuit. Rappelons que chaque prototype est à taille 1, doté de toutes les fonctionnalités actives : on pourrait y dormir, s’y restaurer, comme dans n’importe quelle maison ou appartenant, mais en produisant sa propre électricité à base d’énergie solaire. Toutes les équipes ont mis beaucoup de cœur à l’ouvrage pour livrer à temps sinon avec le minimum de retard, leur démonstrateur avec le concours de leurs partenaires industriels.

- Au final, la Cité du Soleil est bien plus d’un simple parc d’exposition…

Oui, car nous avons eu le souci d’accueillir les équipes dans les meilleures conditions, en leur permettant d’être hébergées sur place et de bénéficier de toutes les commodités. Pour mémoire, une équipe, c’est une trentaine d’étudiants et une dizaine d’encadrants. Soit un total de 600 étudiants et 200 encadrés. Il s’agit donc bien d’une Cité, avec de surcroît la possibilité de s’y déplacer en véhicules électriques, voitures et vélos.

- En quoi cette édition diffère des précédentes ?

Pour cette édition 2014, le comité d’organisation, piloté par l’Etat et tout particulièrement le Ministère du Logement et de l’Egalité des Territoires – a souhaité introduire dans le cahier des charges les enjeux de mobilité. Car, avec le développement de la voiture électrique, l’habitat se devra d’être aussi une source d’approvisionnement à travers son énergie solaire. Autant en effet faire en sorte que les véhicules électriques s’alimentent directement chez soi, plutôt que sur le réseau primaire d’électricité, qui, de toute façon, ne suffira pas à répondre à l’augmentation de la demande.

Par ailleurs, en parallèle à la compétition, nous avons souhaité ajouter des espaces événementiels, des salles de colloques, des lieux de restauration à l’attention du grand public, mais aussi des professionnels, car nous considérons que l’enjeu du Solar Decathlon dépasse très largement le cadre universitaire. L’ensemble des prototypes ont d’ailleurs mobilisé jusqu’à 650 industriels, pour un total de 25 millions d’euros d’investissement de leur part. Conçus par des étudiants, en collaboration avec des partenaires industriels, les prototypes s’inscrivent donc déjà dans une logique de R&D. Ils permettent de tester des solutions innovantes qui peuvent intéresser aussi bien des bureaux d’études (au niveau de la conception), que des fabricants de matériaux (plusieurs équipes proposent des produits originaux, notamment, en matière d’isolation), les professionnels du numérique, etc.

- Pour autant, ces démonstrateurs ne parient pas exclusivement sur des technologies innovantes…

Chaque prototype doit avoir une visée de production industrielle et commerciale de façon à être accessible au plus grand nombre, à commencer par les couches moyennes dont le nombre progresse à l’échelle du monde. Il doit être satisfaisant d’un point de vue écologique sans dégrader les conditions de confort des habitants.

Cette perspective d’une industrialisation ne veut pas dire qu’il faut retomber dans les travers du modèle qui a assuré jusqu’à présent la croissance de nos pays avec les limites que l’on sait. La jeunesse qui participe au Solar Decathlon n’ignore rien des carences du modèle de développement de l’après guerre. Elle aspire à inventer un nouveau modèle de vie et de ville. En prend en compte les contraintes environnementales, mais aussi sociales et économiques pour imaginer d’autres manières de concevoir et de produire, mais aussi de consommer et de se déplacer.

- Tous les projets répondent néanmoins à des problématiques propres à chaque pays…

Est-il besoin de le rappeler ? Tous les pays ne jouissent pas du même degré d’ensoleillement (ce que nous prenons d’ailleurs en compte dans l’évaluation des performances du prototype). Au-delà de ce constat banal, ils sont confrontés à des problématiques socio-économiques différentes. Nous avons donc demandé aux équipes de faire en sorte que leur prototype ne soit pas un simple concept, mais réponde à une problématique locale. C’est ainsi qu’une équipe franco-chilienne a proposé une solution pour les populations victimes d’une catastrophe naturelle : un habitat rapide à monter, tout en assurant un minimum de confort, grâce à des modules de logement qui s’ajoutent au fil du temps. Une autre équipe, indienne celle-ci, a conçu une solution pour les villes denses de ce pays, confrontées à une forte croissance démographique : pour éviter la consommation de terres supplémentaires, elle propose de sur-densifier la ville à partir d’étages surélevés, financés au moyen des gains réalisés par la rénovation thermique extérieur du bâtiment. Autre exemple significatif de la prise en compte d’une problématique locale : la proposition d’une équipe nantaise consistant à réhabiliter un patrimoine industriel.

- Au total, trois continents sont représentés. Comment expliquez-vous l’absence de l’Afrique ?

L’Afrique était bien sûr la bienvenue. Notre appel à candidature a été adressé au Quai d’Orsay qui l’a relayé ensuite par des télégrammes diplomatiques, l’information auprès de l’ensemble des ambassades, charge à chacune d’elles de la diffuser auprès des établissements d’enseignement supérieur. Malgré cet effort, nous n’avons pas eu de projets émanant de l’Afrique. Au total, nous avons reçu cependant 44 dossiers de candidature. Outre la vingtaine d’équipes sélectionnées, nous en avions inscrit 7 en liste d’attente en cas de défection de l’une d’elles. Par chance, aucune ne s’est désistée, contrairement aux éditions précédentes.

- Quelles sont les prochaines étapes ?

Il y en a plusieurs, la plus importante étant la désignation de l’équipe lauréate, le 12 juillet, sur la base des résultats obtenus au terme de dix épreuves (d’où le nom de la compétition)*. Précision qu’il n’y pas d’argent en jeu : l’équipe lauréate repartira avec juste un diplôme en poche. Si on participe au Solar Decathlon, c’est d’abord pour le prestige de la compétition et vivre une expérience qui, il est vrai, ne peut que faciliter l’entrée sur le marché du travail, qu’on soit d’ailleurs membre de l’équipe lauréate ou pas. Les équipes resteront jusqu’au 19 juillet, le temps de désassembler leur prototype, lequel sera ré-acheminé vers leur lieu de conception respectifs, (sauf un ou deux qui ont déjà fait l’objet d’une acquisition par un industriel).

 - Comptez-vous capitaliser sur l’événement ?

Oui, et ce travail reviendra à notre conseil scientifique composé de neuf membres et présidé par Alain Maugard, reconnu dans le domaine de l’habitat, du logement et de la construction. Il capitalisera en dégageant les tendances et les enseignements qu’on peut tirer, aussi bien du côté universitaire, que du côté industriel, de façon à mieux flécher les investissements.

- Et vous-même, où puisez-vous votre énergie ?! Il vous reste encore une quinzaine de jours à tenir !

(sourire) Sans compter les nuits qui sont plutôt courtes en ce moment. Mon énergie, je la puise dans deux sources principales : d’une part, la dimension exceptionnelle de l’événement. C’est l’exemple type de projet qui ne peut laisser de marbre. D’autre part, j’ai autour de moi, une équipe de jeunes qui sont parfois plus motivés pour se dépasser, avec un vrai souci de faire en sorte que ceux qui leur ont fait confiance, soient ravis et satisfaits du résultat. Et celle aussi de montrer, qu’en France, on est capable d’accueillir des personnes du monde entier, aussi bien qu’au Brésil en ce moment !

* Pour connaître les épreuves et les critères d’évaluation, cliquer ici.

Pour découvrir le Solar Decathlon en images, cliquer ici

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