Des projets architecturaux et urbains servis sur un plateau. Rencontre avec Nissim Haguenauer

NissimPaysage
Le « plateau des projets », cet espace modulable de l'Etablissement Public d'Aménagement Paris-Saclay, sis 8 Boulevard Dubreuil, à Orsay (Essonne) servant tout à la fois de salle de réunion, de réception et d’exposition des projets architecturaux et urbanistiques du territoire, à laquelle vous avez peut-être déjà eu l’occasion de vous rendre, c’est lui. Jeune architecte, Nissim Haguenauer (agence Gare du Nord) l’a conçu* en mettant à profit ses compétences de scénographe. Témoignage.

- Un mot pour commencer sur votre parcours…

J’ai été formé à l’Ecole d’architecture de la ville & et des territoires de Marne-la-Vallée avec, en 2004-5, un an à l’Université La Catolica de Santiago du Chili, dans le cadre du programme Erasmus Mundus. En 2010, après avoir travaillé pendant quatre ans à Madrid avec, entre autres, Iñaki Abalos, je suis revenu en France pour créer, avec d’autres jeunes architectes, une première agence d’architecture. A la différence de collègues qui privilégient une approche conceptuelle, nous, nous souhaitions nous engager dans une démarche aussi pragmatique que possible, en considérant les contraintes comme autant d’opportunités. D’où l’autre parti pris de privilégier pour commencer de petits projets : des maisons, mais aussi de la scénographie…

- Qu’est-ce qui vous a prédisposé à cette approche scénographique ?

La première fois que je m’y suis essayé, c’était en 2011, à l’occasion d’une commande d’exposition que m’avait passée mon école d’architecture. Il s’agissait de retracer dix ans d’un enseignement sur le thème « Apprendre à voir les villes » – un enseignement auquel je participe désormais en tant qu’enseignant. L’année suivante, en 2012, les Ateliers Lion Associés m’ont confié la scénographie de la Biennale de Venise.
Ces deux expériences m’ont naturellement incliné à cultiver une fibre scénographique et d’intervenir sur ce thème, comme à l’Ecole Boule, l’an passé, avec Myrtille Fakhreddine (une de mes associées).
Aujourd’hui, ma nouvelle agence, Gare du Nord, intervient dans ce domaine aussi bien pour des établissements publics d’aménagement, sur des thématiques urbaines, que pour des musées. En 2014-2015, nous avons réalisé une scénographie pour le Musée de Cluny. Actuellement, nous en préparons une pour une exposition sur le photographe malien Seydou Keïta, qui se tiendra au Grand Palais, à partir du mois de mars.

- Dans quelle mesure ce travail de scénographe participe-t-il de votre métier d’architecte ?

Etre architecte, c’est se confronter à l’espace et ce, à différentes échelles : du micro – la maison faite pour un particulier – au très grand (le plan urbain, conçu avec l’urbaniste) en passant par l’échelle moyenne (celle des logements) ou la grande échelle (celle du quartier). Des échelles qui sont aussi bien des échelles spatiales que des échelles temporelles au regard de la manière dont on conçoit et réalise les projets : de six mois à un an pour la réalisation d’un bâtiment à quelques années pour un quartier ; 20 ans et plus pour un projet d’aménagement urbain…
Pour de jeunes architectes (à Gare du Nord, la moyenne d’âge est d’une petite trentaine d’années), il n’y a rien de plus stimulant que de pouvoir commencer à réaliser rapidement. De ce point de vue, la scénographie offre l’opportunité de prendre part à des projets concrets sans avoir à subir les contraintes de cette course de fond que constitue la conduite de projets urbains de grands territoires.

- Investir l’architecture par la scénographie, n’est-ce pas aussi pour vous une manière d’en éprouver les réalisations à travers le mouvement, les déambulations et, de manière plus générale, les usages concrets de ceux auxquels ces réalisations sont a priori destinées ?

Disons plutôt que la scénographie incline à composer avec un existant, ses caractéristiques spatiales et, pour tout dire, ses contraintes.

- Venons-en au « Plateau des projets » que vous avez conçu pour le compte de l’Ex-EPPS (EPA Paris-Saclay depuis le 1er janvier). Qu’elles en ont été les contraintes, justement ?

Ces contraintes étaient les suivantes : un espace générique de 400 m2, avec deux piliers au milieu et deux alignements de grandes fenêtres parallèle. Autant de contraintes qui ont néanmoins l’intérêt de fixer un ordre dans lequel il ne reste plus qu’à s’inscrire pour répondre au mieux aux exigences du commanditaire : en l’occurrence, disposer d’un espace qui puisse tout à la fois servir de salle de réunion, de réception et d’exposition (des maquettes de projets architecturaux et urbains du Plateau de Saclay), et donc recevoir des publics très divers.

- Comment avez-vous résolu cette apparente quadrature du cercle ?

Très naturellement, s’est imposé un principe de modularité de l’espace à travers un mobilier pouvant être déplacé sur roulettes, tout en servant de cloisons et de supports à de la documentation. La salle se prête ainsi à trois configurations possibles : un mix d’espaces d’exposition et de travail ; un espace de réunion, notamment pour le Conseil d’administration (soit une cinquantaine de membres) ; enfin, un espace de réception, qui peut accueillir de la foule.

- Un mot sur le choix des matériaux, notamment pour le mobilier…

D’autant plus volontiers qu’il est tout sauf anodin. A défaut de pouvoir intervenir sur l’espace, y compris les dalles de plafond, ou de changer la moquette bleue, nous avons été particulièrement attentifs au choix des matériaux du mobilier en optant pour un aggloméré Hydrofuge : un matériau brut et pauvre en apparence, mais qui offre l’intérêt, en plus d’évoquer le chantier en construction, de rester propre à l’usage, à la différence de l’OSB qu’on peut voir dans certaines expositions. A quoi s’ajoute le fond vert pastel des cimaises modulaires, qui s’allie au bleu de la moquette. Quant à la couleur rouge des prises et des roulettes, elle permet autant de clins d’œil au logo de Paris-Saclay. Au final, tout cela concourt à une proposition scénographie simple et économe, en plus d’être fonctionnelle.

- Quel a été le temps nécessaire à la gestation d’un tel projet ? Comment le conçoit-on ? Par tâtonnement ?

Oui. Nous avons procédé à travers plusieurs allers-retours avec aussi bien Dominique Boré, directrice de la communication et des relations institutionnelles de l’EPA Paris-Saclay, à l’initiative du projet, que Lise Mesliand, directrice de l’aménagement, ne serait-ce que pour bien cerner leurs attentes et épuiser les solutions. Pas moins d’une vingtaine d’esquisses ont ainsi été dessinées, par suppressions ou rajouts successifs de pistes, jusqu’au choix final et les ultimes ajustements. Un processus itératif on ne peut plus classique.

- Est-ce la première fois que vous vous livriez à ce genre d’exercice ?

Non. Nous avions déjà eu l’expérience d’une maison des projets modulaire pour le compte de la ville de Villeneuve-Saint-Georges. Mais sa localisation en périphérie de la commune n’a pas permis, semble-t-il, de répondre aux attentes en terme d’affluence. Ici, l’accessibilité du lieu par le RER B et la proximité des bureaux de l’EPA Paris-Saclay assurent un usage régulier. L’espace a d’ailleurs déjà servi à des réunions, dont celle du conseil d’administration. Sans compter des visites d’élus ou de groupes scolaires.

- Au final, êtes-vous fier du résultat ou êtes-vous de ces architectes jamais satisfaits de leur travail ?

(rire). Forcément, dès lors qu’on s’investit dans un projet, on est enclin à n’en voir que les défauts. Mais ce qui me rassure et me procure un réel plaisir est de constater, à chaque fois que j’ai eu à repasser à l’EPA Paris-Saclay, que la salle était occupée, de surcroît, dans des configurations différentes. Bref, c’est un lieu que ceux auxquels il était destiné se sont appropriés. Pour un architecte, il n’y a rien de plus réjouissant. J’ajoute que c’est là que Pierre Veltz, ex-PDG de l’ex-EPPS, a choisi en personne d’y organiser son pot de départ à la retraite. Forcément, j’y ai été très sensible.

- Avez-vous également le sentiment d’avoir fait œuvre utile en permettant au commun des mortels de découvrir les projets architecturaux et urbanistiques de Paris-Saclay, voire de les convaincre de leur intérêt ?

* Pour l’agence LM Communiquer.

(Rire) Si cette salle devait s’imposer comme l’Agora de Paris-Saclay, tant mieux !

Un grand merci à Clément Guillaume pour les photographies qui accompagnent cet article. Pour en savoir plus sur son travail, nous ne saurions trop vous inviter à vous rendre sur son site (pour y accéder, cliquer ici).

1 commentaire à cet article
  1. Ping : Des projets architecturaux et urbains servis sur un plateau ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>