Des pavés à lire et… à fréquenter

Eric Hardin est un libraire multirécidiviste. Il a participé à la création de pas moins de trois librairies, dans l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. La première a vu le jour en 1975. Retour sur son parcours en trois épisodes.

Episode 1 : Des pavés de 68 aux librairies du Pavé

On a beau aller à la rencontre d’Eric Hardin pour qu’il nous retrace l’histoire de ses librairies, il ne peut s’empêcher de nous parler des librairies en général, de leurs relations pas toujours faciles avec les diffuseurs et les éditeurs, de la place du livre dans la société, sans oublier l’avenir de la profession à l’heure du numérique.

C’est que son engagement au service du livre ne se limite pas à la création de librairies. Entre autres fonctions, il a été pendant 14 ans, de 1990 à 2004, le représentant de la librairie française au sein de la Fédération européenne des libraires. En 2008, il publiait un rapport sur le numérique et ses conséquences pour sa profession (voir « A lire »). Last but not least, il a présidé aux destinées de la Fédération internationale des libraires. Il n’est d’ailleurs pas peu fier de montrer une photo de lui, intronisé, en Chine, dans ces nouvelles fonctions avec autour du cou le collier de président, mentionnant le nom de ses prédécesseurs.

A lire

« Accueillir le numérique ? Une mutation pour la librairie et le commerce du livre », Les cahiers de la librairie, HS, juin 2008, Commission numérique Alire-SLF, (La Découverte, 2008).

Comment devient-on président d’une telle organisation ? « J’avais quelques facilités en anglais ». Des facilités dues à une double nationalité franco-américaine : son père est un ancien GI’s qui a participé au débarquement et qui s’est amouraché d’une française. Ses études, le jeune Eric les poursuivra donc au lycée américain de Garches.

Du Bd Saint-Germain à la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines

Son intérêt pour les livres se manifeste très tôt au point de l’orienter vers le monde de l’édition. Après ses études, il entre comme technicien chez Hachette, au siège sis Boulevard Saint-Germain. Nous sommes en 68. « J’étais membre du PSU. Naturellement, j’ai occupé les bureaux ». En 1971, parallèlement à son travail, il poursuit des études pour décrocher un Certificat d’aptitude à la promotion des activités socio-éducatives (Capase) nouvellement créé. Bien lui en a pris. La même année, on lui propose de devenir sous-directeur d’une MJC. « A cette époque, apporter la culture aux gens qui n’y avaient pas facilement accès, cela correspondait parfaitement à ma vocation.»

Participation aux mouvements de 68, éducation populaire, mais aussi une analyse… Eric présente toutes les caractéristiques du parfait soixante-huitard, selon les propres termes d’Hervé Hamon et Patrick Rotman qu’il fit venir plus tard à l’occasion de la sortie de leur film et de leur livre sur la Génération, mai 68 (Seuil, 2008).

Cependant, la MJC ne satisfait pas ses attentes. « Très rapidement, j’ai réalisé qu’elle était devenue un lieu de consommation de loisirs…». Pour la ville nouvelle en construction de Saint-Quentin-en-Yvelines, on cherche quelqu’un qui connaisse bien la vie associative, le mouvement d’éducation populaire, etc. Eric se présente et est aussitôt embauché dans l’« équipe de préanimation », un dispositif issu d’un colloque organisé à Avignon à l’initiative de Bernard Faivre d’Arcier et de Jean-Louis Bianco, pour susciter la vie socio-culturelle dans les villes nouvelles. D’autres équipes de ce genre virent le jour à Echirolles (Grenoble) ou Cergy Pontoise.

« La ville nouvelle de Saint-Quentin sortait de terre. Tout était à faire, il fallait accueillir les nouveaux habitants, discuter avec les urbanistes et les programmateurs des équipements publics,… Un vrai terrain d’innovations pour l’action socio-culturelle. » Avec cette équipe, Eric met en place des ateliers d’expression, de sérigraphie ou encore vidéo, les premiers du genre. « L’idée était de donner aux habitants les moyens de s’exprimer, de disposer de contre-pouvoirs.» L’aventure dura cinq ans. « Force fut de constater que ce qu’on mettait en place n’échappait pas toujours à l’institutionnalisation… »

Prochain épisode, la semaine prochaine.

Pour en savoir plus sur les librairies du Pavé.

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