Des livres à lire pour bien tourner la page 2020…

CouvTalents2Paysage
Les vacances sont propices à la lecture. Voici une sélection d’ouvrages parus ces tout derniers mois, qui ont retenu notre attention. Leurs auteurs sont d’horizons professionnels et disciplinaires très différents. Mais ils au moins un point commun : des attaches avec l’écosystème Paris-Saclay, soit parce qu’ils y travaillent et/ou y résident soit parce qu’ils ont été inspirés par lui…

Voici cinq ouvrages qui ont retenu notre attention, tous plus différents les uns que les autres, qu’on considère leurs thématiques ou leurs auteurs. Lesquels partagent cependant un point commun : ils ont tous des attaches avec l’écosystème Paris-Saclay et/où été inspirés par lui…

Couv PsychismeAscensionnel Couv HD1) Psychisme ascensionnel, entretien d’Etienne Klein
avec Fabrice Lardreau (Arthaud, coll. Versant intime, 2020).

Son épaisseur est inversement proportionnelle à la hauteur des sommets où il nous transporte. Le physicien et philosophe Etienne Klein dont on connaît les talents pédagogiques, que ce soit pour nous faire comprendre le temps des physiciens et des philosophes, ou nous éclairer sur les principes de la théorie de la relativité générale ou de la physique quantique, nous fait ici partager sa passion – et encore le mot est faible – pour l’univers de la montagne, qu’il a commencé à explorer à travers des randonnées, puis l’alpinisme, enfin, l’ultra-trail, ces courses d’endurance qui dépassent l’entendement (en plus de faire l’équivalent de plusieurs marathons en distance, elles ajoutent le défi de la dénivellation…).
Il a beau tenter de nous convaincre que l’on peut se surpasser bien plus qu’on ne le croit, réaliser des exploits dont on ne s’imaginait pas capable, apprivoiser la douleur, rien n’y fait. Sujet au vertige, nous ne nous projetons toujours pas le moins du monde, pas même en rêve, sur la moindre façade à escalader. Et tant pis si cela nous vaut d’être traité de nietzschéen plutôt que de kantien (des propos que le lecteur trouvera bien énigmatiques, mais qui trouvent leur sens dans Psychisme ascensionnel – un titre emprunté, notons-le au passage, au texte d’un certain Nietzsche…). Et après tout, ce n’est pas « grave » (un mot encore en forme de clin d’œil… ) : à la simple lecture des expériences d’Etienne Klein et, disons-le, de ses exploits, nous éprouvons cette sensation d’être comme attiré par un vide, qui, en l’occurrence, se trouverait au-dessus de nos têtes (encore des propos qui trouvent leur sens dans le livre).

Pour autant, Etienne Klein ne cherche à aucun moment à nous en mettre plein la vue, encore moins à rouler les mécaniques. C’est d’abord de la joie et de la sérénité qui transpirent de chacune de ses réponses. Y compris à l’évocation des épreuves qu’il a dû somme toute endurer (en lien ou pas avec la montagne), et pour cause, celles-ci sont l’occasion de faire l’expérience d’une… « catabase sotériologique » : un des rares propos ouvertement jargonneux qu’il s’autorise, et que nous nous sommes empressés de faire nôtre tant il est évocateur, a fortiori dans le contexte de crise sanitaire et de confinements que nous connaissons. Quant à savoir ce qu’il signifie, la réponse est à la page 87, qu’on recommande au lecteur d’atteindre en commençant patiemment par le début…

Couv Il me tue cet amour2) Il me tue cet amour. Comment je me suis reconstruite après huit ans de violences conjugales, de Marie Gervais (Massot éditions, 2020)

Sans transition, ce livre traite d’un sujet ancien et malheureusement revenu avec force au cœur de l’actualité à la faveur des périodes de confinement. Nous voulons parler des violences conjugales faites aux femmes. La surprise, si c’en est une, ne vient pas de la thématique, mais de l’identité de l’auteur, dont le nom était jusqu’alors associé dans notre esprit à un magnifique projet d’école alternative (pour en savoir plus, voir le dernier article que nous lui avions accordé – pour y accéder, cliquer ici). On tombe des nues en découvrant ce que Marie Gervais, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a dû endurer huit ans durant de la part de son « compagnon ». On laisse au lecteur le soin de le découvrir par lui-même. Attention, les premiers chapitres, dans lequel Marie Gervais revient en détail sur des épisodes douloureux prend souvent à la gorge. Mais en bonne pédagogue qu’elle est elle aussi, la même ne s’en tient pas à un récit à la première personne. Si elle revient en détail sur ces huit années, c’est aussi et d’abord pour en tirer des enseignements qui soient utiles aux autres, en les aidant à décrypter les signes avant-coureurs, mais aussi à se reconstruire quand ils ne les ont pas vus venir, s’étant laissé convaincre qu’après tout le bourreau était peut-être la première victime… Bref, un livre à mettre entre toutes les mains, de femmes aussi bien que d’hommes…

Couv taents 23) Talents de la vallée de l’Yvette et de ses plateaux de Saclay-Limours, de Martine Debiesse (auto-éditions, 2020).

C’est de tous les livres de notre liste, celui dont il nous est le plus difficile de parler car un chapitre nous y est consacré ! En même temps, pourquoi nous priver de la possibilité de partager le plaisir que nous avons eu, en toute objectivité, de découvrir tous les autres. Près d’une trentaine au total, qui nous font aller à la rencontre d’hommes et de femmes d’horizons très différents. A priori, rien de commun entre la médaille Fields par ailleurs député (on aura reconnu Cédric Villani…), la conteuse Sylvie Mombo, l’entrepreneur social Jean-Guy Henckel (à l’origine du Réseau Cocagne), la comédienne Michèle Simmonet (nominée deux fois aux Molières), la sportive de haut niveau Emmanuelle Mörch, etc. Et pourtant, à mesure qu’on progresse, dans l’ordre de son choix (c’est le charme de ce genre de livre que de ménager autant d’entrées qu’il y a de chapitres), on a l’impression de pénétrer dans une seule et même communauté humaine : celle de personnes talentueuses (nous mis à part…), qui partagent un même attachement à ce territoire au riche patrimoine historique et naturel, de la vallée de l’Yvette et de ses plateaux de Saclay-Limours. Si au final, le mérite (le talent ?) en revient à quelqu’un, c’est bien évidemment à Martine Debiesse, qui n’a pas son pareil, avec son sens de l’écoute empreint de modestie, pour révéler ses interlocuteurs au prisme, justement, de leur espace vécu. Un talent dont elle a déjà fait preuve dans ses précédents ouvrages à commencer par Terres précieuses, qu’elle a consacré aux familles d’agriculteurs installées depuis plusieurs générations sur le plateau de Saclay (pour accéder à la chronique que nous en avions faite, cliquer ici).
Précisons que Talents est, comme les précédents ouvrages de Martine Debiesse, autoédité. On peut le trouver dans le réseau de libraires qui en accueille des exemplaires en dépôt. Pour en savoir plus, cliquer ici.

Enfin, de Jacques Perry-Salokow :

Boudoir4) Anagrammes dans le boudoir, avec Laurence Castelain et des illustrations de Stéphane Trapier (Actes Sud, 2020)

De tous les auteurs que l’on cite, c’est le non régional de l’étape : il ne réside ni ne travaille à Paris-Saclay. Si nous tenons à faire malgré tout une place à ses deux derniers opus, c’est que nous lui sommes redevables de magnifiques anagrammes relatives à l’écosystème. Souvenez-vous, il les avait « révélées » (c’est le mot consacré), rien que pour nous, à l’occasion de l’entretien accordé suite à la sortie d’Anagrammes renversantes, publié avec Etienne Klein en guise de commentateur (pour y accéder, cliquer ici).
Depuis, pas moins de huit années se sont écoulées, et Jacques Perry-Salkow a entre-temps publié bien d’autres ouvrages. Pour s’en tenir au deux derniers sortis tout récemment, ils illustrent l’étendue de son art de l’écriture sous contrainte.
Le premier est un nouveau recueil d’anagrammes qui, après les mondes de la physique (exploré avec Etienne Klein dans un précédent recueil), de la folie (Sylvain Tesson), de la philosophie (Raphaël Enthoven) et de la musique (Karoll Beffa), se propose de nous faire découvrir l’amour dans tous ses états. A la différence des précédents, Jacques Perry-Salkow est accompagné cette fois d’une fine anagrammiste, Laurence Castelain, par ailleurs autrice-compositrice. A qui revient telle ou telle anagramme ? A vrai dire, peu importe. Il suffit au lecteur de ne pas… bouder son plaisir, de se laisser surprendre en découvrant ce qui se cache dans « Dom Juan ou le Festin de pierre », « George Sand et Alfred de Musset », ou même « Lady Gaga » ; « Le grand amour » ou « Nuit de noces »… Au total, une centaine de noms propres, de citations ou d’expressions ordinaires relatifs à l’amour, à découvrir au gré d’une lecture linéaire ou aléatoire. Au plaisir des mots, vous goûterez aussi celui des yeux : comme les précédents, Anagrammes dans un boudoir est richement illustré, cette fois de dessins de Stéphane Trapier dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils achèvent à faire de ce livre un petit bijou éditorial.

Sorel Éros 1Et 5) Sorel Éros, avec Frédéric Schmitter (Rivages, 2020)

L’autre ouvrage montre s’il en était besoin que notre anagrammiste a décidément plusieurs cordes à son arc. Nous savions qu’il était pianiste. Nous découvrons ici son art des palindromes, ces mots ou phrases qui peuvent se lire dans un sens comme dans l’autre. Le titre Sorel Éros en fournit un premier exemple. On en trouve bien d’autres, à commencer par le texte pris dans son ensemble. Car, de la première page à la dernière, il s’agit bien d’un seul et même palindrome. Pour un total de 10 001 lettres. Record battu. Le précédent était détenu par Georges Perec himself avec 5 566 lettres…
Certes, Jacques Perry-Salkow ne l’a pas réalisé seul. Il signe l’ouvrage avec Frédéric Schmitter avec lequel il a déjà signé Les dessous des mots d’amour (Points-Seuil, 2012). La performance n’est est que plus remarquable. Car, écrire un texte à quatre mains n’est déjà pas chose aisée. Alors un palindrome… A défaut de se lire comme un roman, l’ensemble a le charme de la divagation poétique.
Comment l’un et l’autre de ces ouvrages ont-ils vu le jour ? Comment s’y prend-on pour révéler des anagrammes, construire des palindromes ? Autant de questions que nous lui avons posées dans deux entretiens en un à paraître à la rentrée (mise en ligne à venir). En attendant de vous les faire découvrir, nous espérons bien vous avoir convaincus de vous plonger dans la lecture de tous les ouvrages de notre sélection. Belles fêtes et… bonnes lectures, donc.

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