Défense et illustration de l’industrie par une ancienne HEC

A l’heure où l’industrie est au centre des toutes les préoccupations, voici un livre qui redonne espoir quant à son avenir : « L’Industrie racontées à mes ados… qui s’en fichent » (Dunod, 2013), de Christel Bories, une ancienne HEC. A mettre entre toutes les mains, y compris des parents…

On peut être diplômée de la prestigieuse école de gestion et de management HEC et se faire le chantre de l’industrie. En témoigne Christel Bories, qui vient de publier un ouvrage sur ce thème sur le mode de « l’industrie racontée à ma fille/mon fils », en l’occurrence à ses deux enfants, deux ados, manifestement réfractaires à l’idée de faire un stage en usine…

Les parents des jeunes lecteurs auxquels le livre est a priori destiné auraient tort de l’abandonner à leur progéniture. On ne saurait même trop les encourager à l’emporter à la plage si telle est leur destination estivale. Bien écrit et drolatique, il bouscule des idées reçues encore bien ancrées dans l’esprit de bien des adultes. A commencer par celle suivant laquelle l’industrie serait condamnée, du moins dans un pays comme le nôtre.

Certes, le secteur secondaire est en déclin, mais cette évolution est pour partie trompeuse : des activités de service assumées jusqu’ici au sein d’entreprises industrielles (comme, par exemple, le nettoyage, la gestion des appels téléphonique, etc.) ont basculé dans le secteur tertiaire au prétexte qu’elles ont été externalisées (confiées à des sociétés spécialisées). Au-delà, on assiste autant à une tertiarisation de l’industrie qu’à une industrialisation des services (dans la grande distribution, les services d’aide aux personnes, etc.).

Des emplois qualifiés et mieux rémunérés

Si l’industrie peine à susciter de nouvelles vocations, elle offre de réelles opportunités professionnelles aussi bien aux ingénieurs qu’aux bac + 2, et de surcroît des emplois globalement mieux rémunérés. Mais l’industrie n’est-elle pas la cause principale de pollutions, des émissions de GES ? Voilà une autre idée reçue à laquelle il convient de tordre le cou tant elle ne rend pas justice aux efforts volontaires (via notamment des normes Iso), mais aussi contraints que l’industrie a dû consentir pour produire plus propre. Paradoxalement, relève l’auteur, la désindustrialisation enregistrée au cours de ces dix dernières années s’est même traduite par une augmentation de la quantité de C02 émise par nos consommations. Un paradoxe apparent qui s’explique par la substitution de productions nationales par des importations qu’il faut bien acheminer jusqu’à nous, en leur faisant parcourir plus de kilomètres.

Soit. Mais dans le contexte de mondialisation, la réindustrialisation de la France est-elle envisageable ? Oui dit en substance l’auteur, à la condition de ne pas verser dans un protectionnisme étriqué : aujourd’hui, les produits découlent de chaîne de valeur intégrant des composants en provenance des quatre coins du monde. Dès lors, renforcer le protectionnisme, c’est risquer de pénaliser des pans entiers de l’industrie.

Au-delà de la revalorisation de l’image de celle-ci auprès des jeunes, à laquelle s’emploie cet ouvrage, il y a à renforcer les capacités d’innovation en articulant davantage la recherche aux besoins du marché. « Trop souvent, les découvertes de nos scientifiques et de nos ingénieurs n’ont pas su passer le cap de l’innovation ou ont été développées et commercialisées ailleurs, quelquefois avec beaucoup de succès. » Et l’auteur de citer l’exemple des cristaux liquides découverts en France, mais industrialisés avec le succès que l’ont sait, par… le Japon. Elle pointe aussi la faiblesse de notre pays dans l’innovation incrémentale, certes moins spectaculaire que l’innovation de rupture, mais répondant mieux aux besoins immédiats des clients. Restent plusieurs domaines porteurs dans lesquels la France a sa carte à jouer : la connectique numérique, les réseaux sans fil, les technologies 3D et les objets communicants ; la transition énergétique et la protection de l’environnement… ; les systèmes de production, la robotique, les nanotechnologies, les imprimantes 3D, les textiles techniques, la chimie du végétal…

En revanche, des progrès restent à faire en termes de parité (les françaises ne représentent que 28% de l’emploi industriel et parmi les dix secteurs d’activités où elles sont majoritaires, on ne compte que trois secteurs industriels : l’habillement, la pharmacie et le textile). L’industrie gagne d’autant moins à cultiver cette discrimination que c’est aussi parmi les femmes qu’elle peut recrutée ses meilleures avocats. La preuve, cet auteur qui la défend et ce, en connaissance de cause : fille d’un directeur d’usine et d’une ingénieure chimiste, elle a été responsable de la stratégie du groupe Pechiney (poste qu’elle s’est vu confier à  l’âge de 30 ans), puis dirigé les branches emballages et transformation de l’aluminium du groupe Alcan. En 2010, elle se retrouvait à la tête d’une entreprise de près de 10 000 salariés (Constallium) avant d’assurer la vice-présidence de La Fabrique de l’industrie, un think tank dédié aux enjeux industriels et présidé par Louis Gallois. Depuis le 1er mars, elle a rejoint  Ipsen, le groupe pharmaceutique spécialisé dans le traitement des maladies invalidantes, comme directrice générale déléguée auprès de son PDG.

Pour plus d’informations sur le livre, consulter le site de l’éditeur en cliquant ici.

2 commentaires à cet article
  1. Martin

    Parfaitement d’accord, l’industrie souffre trop de certains préjugés qui ont la dent dure ! J’ajouterais que le numérique va prendre une envergure de plus en plus importante lors de ces prochaines années (selon un rapport, environ 90% des métiers nécessiteront des compétences numériques de base d’ici trois ans !) : c’est au pays de s’y adapter en proposant des formations de plus en plus axées là-dessus, qui se font encore trop rares aujourd’hui.

    Ce que je trouve dommage aussi c’est que beaucoup de personnes s’obstinent à passer leur Bac alors qu’elles ne sont pas spécialement bonnes… du coup, ça fait un Bac obtenu à l’arraché, et les études derrières sont rarement brillantes (même si parfois il y a des déclics !).
    Tout le monde n’est pas forcément fait pour le concours Avenir mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas avoir un métier intéressant et suffisamment rémunérateur !

  2. Allemand

    Bonjour,

    Merci pour votre commentaire et l’intérêt que vous manifestez ainsi pour cet ouvrage. Si l’industrie est un enjeu qui vous intéresse, je me permets de vous signaler le colloque organisé sur ce thème au début du mois de juin, au Centre culturel international de Cerisy (CCIC), à l’initiative de La Fabrique de l’Industrie, aux travaux de laquelle participe l’auteur de ce libre (pour accéder au programme, se rendre sur le site du CCIC).
    Bien à vous,
    Sylvain Allemand

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