De Polytechnique à… Polyconseil. Rencontre avec Yousra Chebbi et Clara Schattner

PolyconseilPaysage
Polyconseil : ce nom ne vous dit peut-être rien. C’est pourtant cette société de conseil qui a notamment conçu le système de gestion des voitures en auto-partage à Paris et d’autres villes françaises ou travaillé sur plusieurs volets du Wifi dans le TGV. C’est elle qui a été retenue pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage de la plateforme numérique de Paris-Saclay portée par la CAPS et l’EPPS. Présentation à travers Yousra Chebbi et Clara Schattner, qui connaissent bien le territoire pour avoir fait leurs études à Polytechnique…

- Si vous deviez définir Polyconseil ?

Yousra Chebbi : Polyconseil est une société de conseil qui a trois activités principales. Tout d’abord, nous accompagnons les entreprises dans la transformation de leur modèle pour y inclure l’innovation numérique, afin de mettre au cœur de leur modèle les nouveaux usages et comportements des clients qui sont multi-équipés et connectés en continu. Cela inclut le cadrage stratégique, la direction projet, le développement de certaines briques IT mais aussi la conduite du changement. Récemment nous sommes intervenus pour restructurer les boutiques en ligne d’un opérateur majeur mais aussi toute la partie self care, en parallèle d’une refonte du service client. Nous accompagnons également les gouvernements, en particulier en Afrique, et les grandes institutions internationales comme la Banque Mondiale, dans le déploiement d’infrastructures télécoms et des couches de valeur applicatives associées. Aujourd’hui, nous intervenons sur plusieurs pays d’Afrique subsaharienne comme la Côte d’Ivoire, la Guinée Conakry ou encore le Burkina Fasso. Dans le Pacifique, nous travaillons sur plus de 17 territoires.

Enfin, notre ancrage infrastructure mais aussi usages et services innovants nous permettent d’être au cœur des sujets de Smart City. Ainsi, Polyconseil a été la cheville ouvrière du service d’auto-partage Autolib’. Quand on pense à celui-ci, on pense d’abord aux véhicules électriques. Mais la vraie innovation réside dans le système à même de gérer à distance des milliers de bornes de recharge (interconnectées en ADSL) et de voitures communicantes (en 3G) ainsi que le service mobile aujourd’hui disponible sur iPhone, iPad ou Androïd. Le système a été adopté par d’autres villes : Lyon (où il s’appelle Bluely), Bordeaux (Bluecub). Nous explorons d’autres villes, en France, mais aussi à l’international. Nous lançons prochainement un premier service aux Etats-Unis, à Indianapolis. Quand je dis « nous », je pense bien sûr à Polyconseil, qui a conçu le système d’information, mais aussi à l’investisseur principal, le groupe Bolloré, que nous accompagnons comme assistant à maîtrise d’ouvrage et maître d’œuvre.

- Combien d’effectifs compte Polyconseil pour répondre à toutes ces sollicitations ?

Yousra Chebbi : Quand j’ai rejoint Polyconseil, il y a six ans, il n’y avait qu’une vingtaine de personnes. Le 31 décembre 2013, nous avons dépassé la barre des 100 collaborateurs ! Chaque recrutement fait l’objet d’un processus très long avec six entretiens en moyenne et une logique de cooptation. Cela est pour nous la garantie de rester proche de nos valeurs et du niveau de qualité requis pour assurer un développement vertueux. Quoiqu’en forte croissance, nous conservons un mode de travail qui favorise la proximité entre les consultants et l’esprit de l’initiative.

- Venons-en à la plateforme numérique de Paris-Saclay. De manière générale, quel peut être l’intérêt d’une telle infrastructure ?

Clara Schattner : Le numérique s’est imposé aussi bien dans les établissements d’enseignement supérieur, que les entreprises, les collectivités… Le risque est donc que chaque institution développe ses propres services sans tenir compte de l’existant et des besoins d’autres usagers. Un risque dont la CAPS, l’EPPS et l’Université Paris-Saclay ont pris la mesure en imaginant une plateforme numérique, commune à l’ensemble des acteurs présents sur le territoire du Plateau de Saclay, qui tirerait profit de la matière grise qui y existe à travers les laboratoires, les centres de R&D ou encore les start-ups innovantes. L’avantage d’une plateforme numérique est de faciliter le partage et l’exploitation de données propices à la conception de nouveaux services. Il est aussi d’optimiser les infrastructures existantes et donc de réduire les coûts d’investissements.

- Quel est votre rôle exact ?

Yousra Chebbi : Concrètement, nous allons aider l’EPPS et la CAPS à définir le périmètre fonctionnel et technique de la plateforme en identifiant les services numériques les plus appropriés au vu des particularités du territoire de Paris Saclay. Nous avons déjà rencontré plusieurs acteurs du Plateau. Les workshops organisés au cours du mois de septembre au PROTO204 participent de cette démarche de consultation [ pour accéder au programme, cliquer ici ]. Ils s’adressent en premier lieux aux entreprises, petites ou grandes. En plus de cerner les besoins des acteurs économiques, ces workshops sont l’occasion d’identifier des partenaires potentiels. Étant encore en phase de consultation, il est trop tôt pour préciser les services que la plateforme va offrir. Cependant, il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde, pour voir que le champ des possibles est immense, dans de nombreux domaines, à commencer par celui des mobilités, mais aussi de la gestion des déchets, de l’énergie, etc. À travers l’amélioration des services urbains, c’est ni plus ni moins une Smart City qui se dessine.

- Qu’entendre exactement par-là ?

Clara Schattner : Cette notion de Smart City (ou ville intelligente) s’est imposée pour rendre compte des nouvelles perspectives offertes par le numérique dans l’élaboration, justement, de nouveaux services urbains. Tous les territoires s’y intéressent, conscients que s’ils ne mettent pas à profit le numérique pour répondre de manière efficace aux besoins des populations ou des entreprises, ils risquent de perdre en attractivité. Reste ensuite à chaque territoire, à chaque ville, de préciser ce qu’il/elle entend par-là en répondant aux questions et aux besoins de ceux qui y habitent, travaillent, étudient, etc. Il n’y a donc pas une, mais des Smart Cities.

- Connaissiez-vous le territoire de Paris-Saclay avant d’y intervenir au titre de cette mission ?

Yousra Chebbi : Oui, tout comme Clara, je suis diplômée de Polytechnique. Elle de la promo 2009, moi de la promo 2003. Nous avons donc passé trois ans sur le Plateau. Pour tout dire, c’est un territoire auquel j’ai fini par m’attacher, malgré tous les problèmes d’accessibilité, en tout cas pour qui doit se rendre sur le campus de Polytechnique depuis Paris. J’en ai même conservé un peu de nostalgie. Tant et si bien que lorsque j’ai appris que Polyconseil avait emporté l’appel à assistance à maîtrise d’ouvrage, je me suis un peu battue pour assumer cette mission ! Pour moi, l’occasion était trop belle de contribuer concrètement à améliorer les conditions de vie de ceux qui vivent sur ce territoire, dont nos camarades de Polytechnique. Je ne peux m’empêcher de sourire à l’idée qu’ils puissent se dire qu’il y aura un avant et un après notre passage à toutes les deux !

- Et vous, Clara Schattner, étiez-vous aussi motivée ?

Clara Schattner : Oui, d’autant plus que j’étais encore sur le Plateau de Saclay, voici quelques années. Je me souviens très bien de cette période et de toutes ces petites choses qui auraient pu y rendre la vie plus facile, notamment en matière de mobilité. C’est d’ailleurs la première piste à laquelle Yousra et moi avons pensé. J’ajoute que durant mes années d’études, j’avais déjà entendu parler du projet de Paris-Saclay, de la création de la future université et de la venue de nouveaux établissements, comme l’ENS Cachan, l’ECP, etc. De pouvoir maintenant apporter ma pierre à l’édifice est quelque chose de très stimulant.

- Votre mission touche au numérique et pourtant c’est une dimension humaine que vous mettez en avant, à travers votre attachement à ce territoire…

Yousra Chebbi : Les deux vont de pair ! C’est la richesse humaine et l’énergie de ce territoire qui feront le succès du projet de plateforme numérique. C’est d’ailleurs pourquoi nous prenons le temps de rencontrer les différents acteurs du territoire, dont beaucoup n’ont pas attendu notre mission pour développer un projet numérique et des services. Nous avons déjà mené plus d’une trentaine d’entretiens à ce jour, qui nous ont permis de rencontrer une centaine de personnes. Même à l’heure du numérique, c’est important de prendre le temps de se rencontrer. Le propre du numérique est de favoriser le travail collaboratif. Profitons-en. Chercher à imposer une solution d’en haut, cela n’aurait pas de sens. Il importe de partir de l’existant et des attentes, bref, de privilégier une logique bottom-up. À cet égard, nous partageons la conviction de la CAPS et de l’EPPS : ce projet est fait pour les gens qui vivent ou pratiquent le territoire de Paris-Saclay. Il ne peut donc être fait qu’avec eux. D’ailleurs, la première brique de la plateforme – un démonstrateur – sera construite avec des élèves de l’École Centrale, dans le cadre d’un projet d’études.

- Clara Schattner : La principale originalité de ce territoire réside dans cette impressionnante concentration de matière grise, incarnée par l’Université Paris-Saclay et l’existence de nombreux centres de R&D. C’est indéniablement un atout pour concevoir des services urbains adaptés à ses usagers, qu’ils soient chercheurs, étudiants, entrepreneurs…

- Vous avez bien dit l’Université Paris-Saclay et non seulement l’École polytechnique ?

Clara Schattner : L’intérêt du projet de Paris-Saclay est justement qu’il offre l’avantage de réunir des établissements d’enseignement supérieur complémentaires. Au cours de nos entretiens avec des représentants de chacun d’eux, nous avons perçu à la fois des centres d’intérêt différents – que ce soit en matière d’énergie, de transport, de développement durable – de même que des compétences spécifiques, que ce soit en matière de statistiques, d’analyse des données, etc. C’est dire si ces établissements sont complémentaires et gagneront à travailler ensemble autour de ce projet de plateforme.

- Allez-vous néanmoins vous inspirer de ce qui se fait ailleurs ?

Yousra Chebbi : Oui bien sûr. Dès le début de notre mission, nous avons tout de suite élaboré un benchmark des services numériques déployés ou en projet dans de grands centres de l’innovation dans le monde, comme au MIT ou dans des villes très motrices, comme Barcelone. Nous avons également étudié ce qui se faisait en France : parmi les nombreux exemples, j’en citerai deux qui ont franchi un grand pas vers la Smart City, mais à partir de démarches différentes : la Métropole Nice Côte d’Azur et le Grand Lyon (pour m’en tenir au contexte français). Dans le premier cas, c’est la collectivité qui a pris tout en charge en allant jusqu’à créer un centre de gestion intelligente de la ville (avec le concours d’IBM). Ce centre emploie aujourd’hui pas moins de 70 personnes, capables de donner des informations en temps réel sur l’énergie, les flux de transport, le stationnement, la qualité de l’air. Le Grand Lyon a, lui, fait un autre choix en considérant qu’il était un territoire de l’entrepreneuriat et qu’à ce titre il se devait de s’appuyer sur les solutions innovantes portées par des entrepreneurs locaux. La collectivité a joué un rôle de facilitateur pour que les projets autour de la ville intelligente puissent émerger. Plus de 100 expérimentations ont été soutenues. Mais chacun de ces cas exprime un choix politique, en même temps qu’une volonté de prendre en considération les spécificités du territoire et de son histoire. Charge donc à Paris-Saclay de trouver son propre modèle. À l’évidence, il s’appuiera sur la capacité d’innovation de ce territoire en veillant juste à garantir une cohérence d’ensemble.

A lire aussi, l’entretien avec Ghislain Mercier (pour y accéder, cliquer ici).

Légendes de photo : Clara Schattner et Yousra Chebbi (photo en Une, sur la page d’accueil) ; Autolib’ (en illustration de cet article).

3 commentaires à cet article
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  3. michel

    Ces technologies à Paris et à Lyon par exemple sont impressionnantes d’ingéniosité et d’efficacité. Une fierté française !

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