De l’innovation horticole à la réconciliation du vivant et de la ville. Rencontre avec Aurélie Lafon

LeVivantLaVillePaysage
Suite de notre découverte de l’association Le Vivant et La Ville à travers un portrait d'Aurélie Lafon, qui l’a rejointe il y a quelques mois, après avoir accompagné dix ans durant des horticulteurs franciliens.

Pour accéder à l’entretien que nous a accordé le Président du Vivant et de La Ville, Xavier Laureau, cliquer ici.

Ingénieur en horticulture, diplômée de l’Ecole Nationale d’Ingénieurs des Travaux d’Horticulture et Paysage (ENITHP) d’Angers (aujourd’hui Agrocampus Ouest-ENITHP Angers), Aurélie Lafon s’est spécialisée dans la protection des plantes arboricoles. Au sortir de ses études, en 2003, elle est recrutée par la Chambre interdépartementale d’agriculture d’Ile-de-France, au Chesnay, pour y accompagner les horticulteurs. « En tant que conseillère horticole production plantes en pot et plantes à massif » pour la Région Ile de France, j’étais détachée auprès d’une association qui en comptait une trentaine. » De quoi l’occuper à plein temps. « En charge du suivi technique, je visitais les exploitations 4 fois par an pour un inventaire exhaustif des problématiques qu’elles rencontraient. » Que ce soit sur le plan horticole (la recherche de parasites ravageurs, la nutrition des plantes,…) ou sur le plan social et économique. « Ces visites étaient l’occasion de détecter les entreprises en situation de fragilité et d’engager le cas échéant les démarches pour l’obtention de financements pour l’acquisition de nouveaux équipements et la modernisation des installations. » A quoi s’ajoutaient des activités de communication auprès des adhérents à travers la rédaction de bulletins d’alerte, l’organisation de formations, mais aussi des missions régionales au titre de son statut de déléguée régionale : « Je rédigeais la partie plantes en pot, plantes à massif du BSV (bulletin de santé du végétal), les ex-Avertissements agricoles ». Ou encore ses déplacements sur l’ensemble de l’Ile-de-France, son périmètre d’intervention en tant que conseillère.

 D’une association à l’autre

A entendre Aurélie Lafon décliner ainsi les différentes facettes de son métier, on s’imaginerait presque… un bouquet de fleurs. Ce qui ne l’empêcha pas de rêver à d’autres horizons. « Au bout de dix ans, au contact des mêmes horticulteurs, j’ai eu envie d’évoluer. » Et quitter un secteur en déclin comme il peut apparaître aux yeux du béotien ? Le diagnostic qu’elle livre en guise de réponse à cette remarque bouscule au passage quelques idées reçues. « Certes, l’horticulture francilienne est vieillissante et confrontée à la pression sur le foncier, qui limite le nombre de reprises, sans oublier la concurrence internationale. Mais d’après mon expérience nationale, je suis en mesure de dire qu’elle reste la meilleure du point de vue de la qualité. Elle s’appuie sur un savoir-faire ancien. Car, on l’oublie, l’Ile-de-France a un riche passé de production et d’innovation horticoles. »

Quoi qu’il en soit, Aurélie avait le sentiment d’avoir fait le tour des problématiques de son premier emploi. Et puis, naturellement, elle avait entendu parler de l’association Le Vivant et La Ville, créée en 2010, qui ouvrait la perspective d’un renouvellement sur fond de continuité. « Il s’agissait d’une structure associative d’une taille à peu près identique [elle comptait 25 adhérents], de surcroît tournée vers l’innovation, au service de l’environnement [ses adhérents sont des éco-entreprises]. Or, tout au long de mon parcours professionnel, j’ai été intéressée par ce qui touche à la protection biologique intégrée. »

 Le parti pris de l’innovation

Elle dit aussi l’avoir été tout autant par le parti pris de l’innovation. Non que le monde horticole fut à la traine. « Pour avoir fréquenté dix ans durant des horticulteurs, je peux témoigner que l’innovation est au cœur de leur métier. C’est fou d’ailleurs ce qu’ils font malgré les contraintes auxquelles ils doivent se plier. Plus de la moitié des horticulteurs que je suivais étaient en lutte protection biologique intégrée : pour lutter contre les ravageurs, ils recouraient à des petites bêtes plutôt qu’à des pesticides. Bref, ce sont des innovateurs sinon des expérimentateurs dans l’âme. Seulement, ils ne le font pas savoir ou si peu. » En se constituant en grappe d’écoentreprises, Le Vivant et La Ville affichait, elle, clairement son ambition de valoriser l’innovation.

Aurélie Lafon a donc tenté sa chance en adressant une candidature spontanée. Bien lui en a pris, même si elle dû patienter près d’un an, le temps pour la précédente animatrice de quitter l’association pour cause de suivi de conjoint. Habitant Bièvre, Aurélie n’a pas eu à pâtir d’un allongement de ses trajets quotidiens : les locaux du Vivant et La Ville sont situés à deux pas de la gare Versailles-Chantier. Avec le recul, elle ajoute un autre motif d’intérêt pour ses nouvelles fonctions : l’opportunité de prendre de la hauteur par rapport aux problèmes techniques qu’elle devait traiter jusqu’à présent, en participant à des projets touchant à des enjeux de société, que ce soit l’agriculture urbaine, le développement durable, etc.

Un panel de professionnels du vivant et de la ville

Concrètement, son rôle est d’assurer l’animation de l’association. A ce jour, celle-ci compte donc 23 membres et bientôt 25 (deux sont en cours d’adhésion), représentant toute la palette des professionnels du vivant et de la ville : urbanistes, architectes, paysagistes, spécialistes de l’eau, des sols etc. De la PME à la multinationale en passant par les entreprises d’insertion, les bureaux d’études, etc., elle est aussi un échantillon représentatif du monde des entreprises, petites ou grandes. « La ville a toujours suscité de nombreuses initiatives dans le domaine du vivant et des entreprises s’y intéressent de longue date. Mais c’est la première fois que des acteurs aussi divers s’agrègent dans la logique d’une grappe d’entreprises. » Comme pour bien souligner cette vocation entrepreneuriale de l’association, Aurélie n’hésite pas à parler de « chaîne de valeur » pour désigner le spectre ainsi couvert. « Chacun de nos adhérents vient avec ses compétences pour participer à la création de marchés innovants qui répondent aux contraintes imposées au vivant par la ville. » Bien qu’arrivée récemment dans l’association, on sent qu’Aurélie en a pleinement saisi l’ambition et l’a même fait sienne.

Quand on s’interroge ouvertement sur la capacité à faire néanmoins travailler ensemble des professionnels aussi divers, elle insiste au contraire sur l’opportunité que cela représente. « C’est en mutualisant leurs compétences qu’ils pourront parvenir à des solutions innovantes, que seuls, ils ne pourraient mettre en place. » La pluralité des points de vue, ajoute-t-elle, permet d’appréhender un projet dans sa globalité. « Le problème n’est pas tant le manque d’idées : tous les membres peuvent en avoir, les uns indépendamment des autres, mais ils n’ont pas forcément la solution à tous les problèmes que posent leur mise en œuvre. La vocation de l’association est justement de favoriser la mobilisation de l’ensemble des compétences requises, dans une démarche concrète car entrepreneuriale. »

Des ateliers pour mutualiser

Pour favoriser cette mutualisation, rien de tel que des rencontres. En novembre dernier, l’association organisait ses premiers Ateliers du Vivant et de la ville. Au programme : des conférences traitant de l’agriculture urbaine, de la ville verte, etc. (cliquer ici).

Soit, mais pourquoi, s’étonne-t-on encore, la démarche de l’association n’est-elle pas plus connue ? En moins de trois ans d’existence, elle compte déjà plusieurs projets. Pourquoi donc ne communique-t-elle pas davantage ? « La priorité était de faire émerger des projets et cela prend nécessairement du temps. Les trois premiers viennent seulement d’aboutir, à la fin de l’an passé. L’important était, avant même de communiquer, de pouvoir s’appuyer sur le noyau dur constitué par les premiers adhérents. »

Un démonstrateur multifonctionnel d’agro-écologie

Parmi ses projets phare : le « démonstrateur multifonctionnel d’agro-écologie urbaine » (le dessin illustrant cet article). Sous cette appellation mystérieuse se cache une tentative de réintroduire qu’il est possible de réintroduire du maraîchage sur une ancienne friche polluée, en appliquant la logique du circuit court au recyclage et à la gestion de l’eau. La finalité est aussi sociale : retisser du lien entre les populations des alentours. « Un projet concret, aux vertus pédagogiques, insiste Aurélie. » Encore en cours de construction, il sera opérationnel au printemps prochain.

Pour être hébergée dans les locaux de la Communauté d’Agglomération de Versailles Grand Parc, à deux pas de la gare Chantier, donc, l’association n’exclut pas de regarder plus à l’est vers le Plateau de Saclay. « Plusieurs de nos adhérents sont engagés dans le projet paysager de Michel Desvigne sur le plateau, comme maîtres d’œuvre ou conseillers. Et puis l’EPPS a dès le départ soutenu le projet du Vivant et de la Ville par la voie de son Président Directeur général, Pierre Veltz. « Les problématiques du Plateau, avec sa zone naturelle sanctuarisée nous intéresse au premier chef. Les agriculteurs qui s’y trouvent sont au milieu de chercheurs et à proximité de la ville. C’est dire s’ils devraient être de plus en plus sensibilisés à la nécessité de concevoir des produits et des services innovants. »

Récemment, Aurélie a d’ailleurs rencontré les représentants de la Direction du développement économique de l’EPPS. L’objet de cette rencontre : la mise en place d’autres démonstrateurs sur le territoire. « Le démonstrateur actuel est installé sur le site de Saint-Cyr-en-Val, limitrophe avec le périmètre de l’OIN Paris-Saclay. Mais l’objectif est bien évidemment d’en concevoir d’autres en réponse à la problématique des délaissés. » Les discussions ne se sont pas limitées à cela. « Nous sommes aussi intéressés par les travaux réalisés par l’EPPS, notamment dans le domaine de la cartographie. »

1 commentaire à cet article
  1. Ping : Une grappe d’entreprises au service du vivant dans la ville. Entretien avec Xavier Laureau | Paris-Saclay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>