De l’étude des grêlons à celle du climat mondial. Rencontre avec Jean Jouzel

Jean Jouzel (crédit photo : Lydia Ben Ytzhak).
On ne présente plus ce spécialiste de glaciologie et de climatologie, médaille d’or du CNRS, reconnu mondialement, expert du GIEC dont il assure depuis 12 ans la vice-présidence du groupe scientifique, et actuellement engagé dans le débat sur la transition énergique (il a récemment coprésenté un avis du Conseil Economique, Social et Environnemental, sur ce thème). Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas sur le réchauffement climatique, ni même sur le débat relatif à cette transition énergétique, que nous l’avons sollicité principalement, mais sur le projet relatif au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) et, au-delà, le Plateau de Saclay qu’il connaît bien pour y avoir débuté sa carrière et fait le choix de s’installer dans l’une de ses vallées.

Le Plateau de Saclay, Jean Jouzel le fréquente depuis 1968. Ingénieur diplômé à l’ex-École d’ingénieur ESCIL (désormais nommée CPE Lyon), il a, après une thèse 3ème cycle sur « les mesures du tritium dans de faibles quantités d’eau à la teneur naturelle », soutenu, en 1974, à la faculté d’Orsay, une thèse de doctorat sur « la complémentarité des mesures de deutérium et de tritium pour l’étude de la formation des grêlons ».

Suite à quoi, il est devenu ingénieur de recherche au Laboratoire de géochimie isotopique au CEA de Saclay avant d’en être responsable en 1986. En parallèle, il a fréquenté un laboratoire de l’université de la faculté d’Orsay, le bâtiment 501, dédié aux mesures bas niveau. « J’y passais beaucoup de mon temps au prix d’allers-retours entre ce laboratoire et celui du CEA. » Et le même de rappeler avec le sourire : « A l’époque, les routes n’étaient pas goudronnées, c’était encore pour l’essentiel des chemins en terre ! » Les transports en commun étaient eux-mêmes encore peu développés. Résultat : « Je faisais de l’auto-stop ! »

Depuis, Jean Jouzel est resté au CEA. « Je dois être un des rares chercheurs à pouvoir faire état de quarante cinq ans de fiches de salaire au sein de cette institution » s’amuse-t-il. Et ce, sans discontinuité hormis deux années passées à un laboratoire climat de la Nasa, à New York.

Le fil conducteur de ses premières recherches – les mesures isotopiques de l’eau – explique largement cette fidélité à la principale institution de recherche du Plateau, entre recherche fondamentale et recherche appliquée. « Dès les années 50, des chercheurs avaient compris que ce qu’ils développaient pour l’industrie nucléaire avait beaucoup d’autres applications potentielles. » Parmi eux : Claude Lorius, glaciologue, avec lequel Jean Jouzel devait plus tard partager la Médaille d’or du CNRS. « N’ayant pas de laboratoire en propre, il venait avec les échantillons qu’il rapportait de l’Antarctique pour réaliser ses mesures. » En l’occurrence, sur « le contenu des neiges polaire en deutérium et en oxygène 18 pour reconstituer la température de formation. » Son propre choix de s’intéresser aux glaces polaires n’est pas, convient-il, étranger à la fréquentation de ce collègue atypique, qui travaillait par ailleurs sur… une péniche.

De la création du LSCE…

A la fin des années 80, Jean Jouzel est nommé adjoint au directeur du laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement au CNRS, situé à Grenoble. Il ne se résout pas pour autant à quitter le Plateau de Saclay quitte à devoir endurer des allers-retours entre ce territoire et la métropole grenoble. « J’y passais une semaine par mois. » Deux ans plus tard, en 1991, il participe activement à la création du nouveau Laboratoire de modélisation du climat et de l’environnement (actuel LSCE) dont il se voit confier aussi le poste d’adjoint.

Unité mixte de recherche entre le CNRS, le CEA et l’Université de Versailles Saint-Quentin (UVSQ), le LSCE s’est construit à partir de deux laboratoires : l’un créé par Etienne Roth (son ancien responsable de thèse) et dédié à la géochimie isotopique centrée sur l’étude des isotopes de l’eau, l’autre développé au sein du CEA avec le CNRS par Jacques Labeyrie et dédié, lui, aux isotopes du carbone, et aux enjeux de datation. Localisé sur deux sites (Saclay et Gif-sur-Yvette), il totalise aujourd’hui environ 300 chercheurs de différentes disciplines, dont la moitié de permanents.

… à celle de l’IPSL

Au cours de la décennie suivante, Jean Jouzel continue à œuvrer à la fédération de la recherche sur le climat et l’environnement en participant à la création de l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL). « Une initiative de Gérard Megie qui souhaitait réunir l’ensemble des laboratoires de la Région parisienne impliqués dans ces deux domaines. » En 2002, Jean Jouzel en prend la direction suite à la nomination de Gérard Mégie à la présidence du CNRS. Il assumera ces nouvelles responsabilités jusqu’en 2008.

Conçu sur le principe des instituts fédératifs, l’IPSL permet un regroupement qui, précise-t-il, est « plus institutionnel que physique ». « Les équipes restent encore dispersées, mais au moins mutualisent-elles leurs équipements. » Il encourage de surcroît la pluridisciplinarité, une approche indispensable en matière climatologique. « Pour concevoir un modèle d’évolution du climat, on a besoin de spécialistes de l’atmosphère, mais aussi des océans, de la biosphère,… » L’IPSL a ainsi pu mettre en place un Pôle de modélisation qui bénéficie du soutien d’ingénieurs de l’IPSL et de ses laboratoires et au sein duquel travaillent de manière étroite et régulière des chercheurs du LSCE, du LMD, du LOCEAN et du LATMOS. Le climat du futur est au cœur de ses activités mais d’autres groupes s’intéressent plus particulièrement à l’océanographie ou encore à la chimie atmosphérique, au cycle du carbone, aux climats passés, aux climats régionaux et à ceux d’autres planètes.

Au total, l’IPSL dispose d’un personnel de support non négligeable (une trentaine de permanents) pour faciliter le travail en commun d’équipes et chercheurs des différents laboratoires sur des thématiques tranversales, les inciter à mutualiser équipements et utilisation des données, par exemple celles issues d’observation satellitaire… Constitué à l’origine de cinq laboratoires, il s’est élargi à la faveur de la création du LabEx IPSL.

Pour accéder à la suite de la rencontre à travers un entretien avec Jean Jouzel, cliquer ici.

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