De l’art de transformer l’échec en opportunités. Rencontre avec Bruno Martinaud

Chercheur d'un laboratoire de l'Ecole polytechnique © École polytechnique, J. Barande.
© École polytechnique, J. Barande.
Spécialiste d’entrepreneuriat, qu’il enseigne à l’Ecole polytechnique, dans le cadre d'un Master qu’il dirige, il a publié un ouvrage sur la création de start-up, que nous avons chroniqué sur ce site. Récemment, il faisait venir Clayton Christensen, professeur à la Havard Business School, auquel on doit la notion d’ « innovation de rupture ». Nous avons voulu en savoir plus sur celui qui se définit lui-même comme « serial entrepreneur » et se dit soucieux d’insuffler l’esprit entrepreneurial de la Silicon Valley sur le Campus de Polytechnique et ses étudiants.

Ingénieur de formation, Bruno Martinaud est également diplômé d’une grande école de gestion, l’Essec. Un double cursus qu’il justifie en ces termes. « En classes préparatoires, au début des années 90, je ne savais toujours pas ce que je voulais faire ! En empruntant deux voies, je mettais toutes les chances de mon côté ». Un choix qu’il juge somme toute normal, en tout cas plus fréquent qu’on ne le pense : « Les élèves des classes prépa suivent la filière des grandes écoles sur la base d’un enchaînement de non-décisions, leur trajectoire semblant toute tracée. Ils entrent dans une grande école à partir des résultats d’un concours, et ce n’est qu’à partir de ce moment qu’ils commencent à se poser les questions sur ce qu’ils ont envie de faire ! » La suite allait révéler chez lui une double vocation : pour l’entrepreneuriat et pour l’enseignement.

Un premier déclic se produit lors d’un cours de marketing à l’Essec. « Il y était question des premiers systèmes d’aide à la décision. Cela m’a intéressé. » Tant et si bien qu’avec son meilleur ami de l’époque, il se lance dans la création d’une société, tout en poursuivant ses études.

Quand on lui demande quelles affinités ils partageaient, il met en avant… la production dans les domaines musicaux et cinématographiques. « Je voulais être producteur de musique, lui de films. Grâce à nos formations d’ingénieurs, nous maîtrisions les enjeux technologiques, mais nous n’avions aucune expérience dans le business. Le monde de l’entrepreneuriat, nous l’avons donc abordé un peu naïvement. » Rétrospectivement, il considère que cette naïveté a été  plutôt une bonne chose.  « Une conscience aigue des problèmes ne facilite pas la catalyse des choses » C’est en marchant, qu’ils découvrent qu’un projet initial qui ne réussit pas peut néanmoins déboucher sur d’autres opportunités, qui, elles, aboutiront… éventuellement.

De fait, leur première société ne décollera pas. « Mais l’expérience fut l’occasion d’éprouver ce que pouvait être l’entrepreneuriat ». Toujours avec son premier associé, Bruno Martinaud se lance dans les nouvelles technologies dédiées au multimédia, qui émergeaient alors. Nous sommes au milieu des années 90. Non sans humour, il parle d’une « conjonction astrale » : « Pour les deux entrepreneurs que nous étions, sans apports personnels mais plein d’énergie, c’était le bon moment de se lancer dans ce domaine, alors en pleine émergence. » En 1996, ils parviennent à lever des fonds auprès de 3I (un des grands fonds de capital risque anglo-saxon). Mais quelques années plus tard, début 2000, ils n’échappent pas à l’éclatement de la bulle internet. Ils fusionnent leur société avec celle d’un concurrent.

Bruno Martinaud fait alors le choix de quitter l’entreprise : « Elle avait beaucoup grossi ; les challenges auxquels elle devait faire face n’étaient plus de ceux qui m’intéressaient. » Ce qui l’intéresse lui, c’est « la phase exploratoire, plutôt que la gestion et le management ». Une illustration au passage du fait qu’un bon entrepreneur est quelqu’un qui, à un autre stade de développement, sait se retirer et passer la main.

Il poursuit donc, cette fois autour d’un projet de logiciel. Mais nous sommes en 2003, et l’éclatement de la bulle internet continue à faire sentir ses effets. « Il devenait difficile de mener des projets autour des technologies du web. » C’est dans ce contexte que Bruno Martinaud découvre son autre vocation : l’enseignement. « J’en avais fait au début de ma carrière professionnelle.» Il avait dû y renoncer suite à la création de sa première société. « Mais je savais que j’y reviendrai un jour, car je me suis aperçu que j’aimais cela. » En 2003, il consacre donc une partie de son temps à l’enseignement en intervenant ici et là. L’objet de son enseignement : l’entrepreneuriat, bien sûr. « Que pouvais-je enseigner d’autre ? »  Il le fit à la lumière de son expérience, mais aussi de démarches d’entrepreneuriat social à laquelle l’Essec fut une des premières à s’intéresser, en France du moins.  « Entrepreneuriat social » ? Un entrepreneuriat qui vise à concilier la logique de profitabilité avec la production de biens ou de services d’intérêt général. C’est dire si cet entrepreneuriat – dont le social est à entendre au sens anglo-saxon, c’est-à-dire de «  sociétal » – peut rimer avec innovation [ En guise d’illustration, voir le témoignage de Jean-Guy Henckel, fondateur des Jardins de Cocagne, mis en ligne sur notre site ; cliquer ici pour y accéder ].

En parallèle, Il est invité à intervenir dans le cadre d’une mission de coaching auprès d’une équipe de chercheurs de Polytechnique qui travaille sur un projet de start-up. De fil en aiguille, il se voit proposer de monter un cours sur ce type d’entreprises. Bruno Martinaud l’inaugure en 2009 en mettant à profit ses échanges réguliers avec l’équipe de recherche et d’autres professionnels, sans compter ses nombreuses lectures sur le sujet.

Le cours répondait manifestement à une demande. Très vite, il débouche sur la création d’un master, centré sur la création de start-up. Cette fois, il s’agit de partir de ce que Bruno Martinaud appelle l’ADN de l’X : la technologie et la science. « L’idée est d’amener des étudiants à s’intéresser à des projets de start-up à partir des résultats issus des laboratoires de l’Ecole. »

Pédagogue, Bruno Martinaud, l’est. On peut en juger ne serait-ce qu’à la lecture de son livre paru cette année (éditions Pearson) et que nous avons chroniqué : Start-up. Anti-bible à l’usage des fous et futurs entrepreneurs (cliquer ici). En plus de son expérience de l’entrepreneuriat, il fait profiter de sa familiarité avec la Silicon Valley qu’il connaît bien pour la fréquenter depuis des années. « J’y vais régulièrement, depuis années 90. Dans le développement de mes activités de start-up, je travaillais avec des sociétés américaines implantées au sud du cluster. »

Bruno Martinaud parle d’ailleurs un anglais impeccable, comme on a pu d’ailleurs en juger cette fois par son introduction dans cette langue de la conférence donnée le 24 juin dernier [ mise en ligne à venir de la vidéo ], dans l’amphithéâtre Poincaré de l’Ecole polytechnique, par la star de l’ « innovation de rupture », Clayton Christensen.

Pour accéder à la suite de la rencontre avec Bruno Martinaud à travers l’entretien qu’il nous a accordé, cliquer ici.

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