De la mécanique du désir d’enseigner. Rencontre avec Nicolas Schneider

NicolasSchneiderEssouriau2019Paysage
Suite de nos échos au forum des anciens élèves de la CPGE du lycée de l’Essouriau, organisé le samedi 9 novembre dernier, à travers le témoignage de ce professeur de physique-chimie.

- Comment vous êtes-vous retrouvé à enseigner la physique-chimie en classe préparatoire au lycée de l’Essouriau ?

Le parcours qui m’y a conduit n’est pas linéaire, mais plus en forme de zig-zag ! J’ai commencé par une classe prépa au lycée Blaise Pascal, à Orsay, pas très loin d’ici, donc, pour intégrer une école d’ingénieur, car c’était mon intention initiale. Ce fut l’ENSTA ParisTech où je me suis spécialisé en mécanique des fluides et en transport. La perspective de devenir ingénieur ne m’enchantait pas spécialement. J’ai donc enchaîné avec un master 2 recherche en mécanique des fluides, que j’ai prolongé par une thèse que j’ai faite au CEA…

- De Saclay ?

Non, de Bruyères-le-Châtel (au centre de l’Essonne). Ma thèse était au croisement de la mécanique des fluides, des mathématiques et de l’informatique : je faisais de la simulation numérique sur des supercalculateurs. Un domaine passionnant. Mais si j’ai eu plaisir à faire cette thèse, j’ai très vite eu le sentiment que je ne parviendrais pas à entretenir la flamme de la recherche, durant toute ma carrière, comme arrive à le faire mon directeur de thèse, qui, malgré ses soixante ans, reste encore comme un gamin devant une nouvelle équation ou un nouveau résultat (comme la découverte de nouvelles propriétés ou caractéristiques de phénomènes étudiés, grâce à des simulations).
En revanche, la perspective d’enseigner m’intéressait. J’avais pris du plaisir à encadrer un stagiaire durant ma thèse. J’ai commencé à me tester auprès de collégiens à travers du soutien scolaire. J’ai bien aimé le contact avec eux et cela m’a décidé à préparer l’agrégation. C’était en 2016. Je me suis inscrit à l’ENS Ulm où j’ai été admis sur dossier. L’année suivante j’ai été agrégé, puis j’ai entamé mon année de stage d’enseignant débutant : j’intervenais à mi-temps devant des élèves (des secondes en l’occurrence), l’autre mi-temps, j’étais en formation à l’université…

- Comment avez-vous vécu cette première expérience ?

Au-début, c’est un peu déstabilisant ; je n’étais pas forcément préparé à gérer toute une classe. Mais on s’y fait (au bout d’un trimestre dans mon cas) ; pour ma part, j’y ai pris du plaisir. J’ai quand même candidaté pour enseigner en classe prépa et ce, dès l’année suivante. Ma candidature a été acceptée et j’ai été nommé en septembre 2018. J’avais candidaté pour enseigner dans la moitié nord de la France, avec une préférence pour l’Ile-de-France. C’est ainsi que je me suis retrouvé au lycée de l’Essouriau. J’en suis à ma deuxième rentrée dans cet établissement.

- Et manifestement sans regret à voir votre sourire…

Non, en effet. Ici règne une ambiance à la fois studieuse et conviviale. Comparée à la classe prépa que j’ai fréquentée en tant que lycéen – une classe prépa homogène dans sa composition et qui réussit à placer des élèves à Polytechnique et d’autres grandes écoles – celle-ci est plus hétérogène au regard notamment des origines socio-culturelles des élèves. Les nôtres n’ont pas forcément tous les codes ni les bonnes méthodes de travail. Il y a donc nécessité d’un accompagnement durant le premier semestre de la première année, pour réussir à déclencher chez eux l’envie de s’y mettre. Ce dont je ne me plains pas, car il y a quelque chose de motivant à essayer d’amener des élèves le plus loin possible et à les faire réussir. Ce forum consacré aux anciens participe aussi de cet accompagnement ; il leur permet de mieux saisir la finalité de l’effort à consentir durant leurs deux/trois années d’études ici.

- Ne regrettez-vous pas quand même un peu de vous être éloigné de la science telle qu’elle se fait dans un laboratoire ?

C’est vrai que la science que j’enseigne, de niveau bac + 1 et bac + 2, n’a guère à voir avec celle de haut niveau que je pratiquais durant ma thèse. Mais ce que je recherche, à travers l’enseignement, ce n’est pas tant de me nourrir intellectuellement, que de faire comprendre la science à des élèves. Il y a un réel plaisir à voir leurs yeux briller quand ils trouvent la solution à un problème. C’est cette dimension humaine de l’apprentissage, qui m’intéressait avant toute chose dans ce métier d’enseignant.

- En cela, vous êtes bien dans l’esprit de cette classe prépa, qui a été créée dans l’idée, au-delà de l’objectif de faire intégrer des écoles d’ingénieurs par ses élèves, de leur permettre de s’épanouir dans leurs études, quitte à emprunter des chemins de traverse…

Oui, tout à fait. Il s’agit de leur donner les moyens d’intégrer une école d’ingénieur, dans une toute autre ambiance que celle qu’on associe encore aux CPGE – des classes où les élèves seraient soumis à une forte pression, dans une logique de compétition. Cette vision ne correspond plus à la réalité, hormis des exceptions, et n’est d’ailleurs plus souhaitée par le ministère de l’Education nationale. Ici, nous prenons le temps d’accompagner nos élèves, dans une relation de proximité. Ce qui correspond à ma propre conception du métier. C’est dire si je suis heureux d’avoir intégré ce lycée.

- Dans quelle mesure l’environnement de Paris-Saclay, avec ses grandes écoles, ses laboratoires, sert-il votre projet pédagogique ?

Non seulement le lycée baigne dans cet environnement, mais encore il jouit d’un partenariat avec l’université Paris-Saclay : tous les TP de physique ont lieu à l’université Paris-Sud [qui en fait partie] – ce qui, au passage, épargne au lycée le besoin de faire les achats en matériaux et équipements. Nous en connaissons bien désormais les enseignants chercheurs, qui interviennent également dans nos murs. Nous-mêmes intervenons ponctuellement en licence, une manière pour nous de rendre un peu ce qu’ils nous donnent. Cette interconnaissance est utile dans l’éventualité où des élèves souhaiteraient se réorienter vers l’université. Preuve s’il en était besoin que les mondes des classes préparatoires et de l’université ne s’opposent pas, qu’ils peuvent travailler en complémentarité et en bonne intelligence. De manière générale, le fait d’être par ailleurs dans un bassin aussi riche en formations en ingénierie scientifique offre l’avantage d’entretenir la curiosité des lycéens, en les prédisposant à s’orienter vers une classe prépa. Ce dont le lycée de l’Esssouriau profite pour ses propres besoins de recrutements.

- Pour autant, vous ne restez pas focalisé sur cet écosystème. Pour preuve tous ces élèves qui viennent témoigner de leur intégration dans des écoles d’ingénieur situées dans d’autres régions, de France et de Navarre…

En effet, ils reviennent d’à peu près partout. Ce qui est d’autant plus gratifiant pour nous : malgré la distance, ils restent attachés à leur prépa, en plus d’avoir du plaisir à venir présenter leur école.

A lire aussi les témoignages :

- d’autres enseignants de la classe préparatoire : Fabien Délen, professeur coordinateur (pour y accéder, cliquer ici) ; Antoine Morin, professeur en physique-chimie (pour y accéder, cliquer ici) et Loïc Devilliers, professeur de mathématiques (cliquer ici).

- d’anciens élèves : Guillem Khaïry, qui a intégré l’Ecole centrale de Nantes, après une première année à Polytech Paris-Sud (mise en ligne à venir) ; Marc Daval, élève de l’ENSMA-ISAE (mise en ligne à venir) ; Matthieu Dumas, élève à l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, EIVP (mise en ligne à venir) ; Mélanie Co Tan et Augustin Huet, respectivement à l’ESIGELEC et à l’ENSEIRB-MATMECA (cliquer ici) et Paul Didiez, qui fait le choix d’un double cursus à l’ENSIL-ENSCI puis à l‘ISAE-ESMA (cliquer ici).

- de Marie-Ros-Guézet, qui participait à ce forum au titre du dispositif « Ingénieurs pour l’école », dont elle vient de prendre la responsabilité au plan national (cliquer ici).

3 commentaires à cet article
  1. Ping : Apprendre dans l’optique d’enseigner… Entretien avec Antoine Morin | Paris-Saclay

  2. Ping : « Il n’a pas de déterminisme qui condamne à un parcours linéaire ». Rencontre avec Loïc Devilliers | Paris-Saclay

  3. Ping : Des nouvelles de la classe prépa du Lycée de l’Essouriau. Rencontre avec Fabien Délen | Paris-Saclay

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