Créolisation palaisienne à La Caz à Lisa. Rencontre avec France Lise et Sylvain Couget

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Le territoire de Paris-Saclay recèle de nombreux lieux originaux, dédiés à l’innovation ou la création, publics ou privés, portés par des institutions ou des particuliers. Illustration avec La Caz à Lisa, un espace convivial et polyvalent, créé par un couple palaisien, à leur image : accueillant et ouvert sur le monde.

Nous sommes au 64 rue de Paris, à Palaiseau. Rdv a été pris pour une présentation de ce lieu improbable qu’ils ont créé. Ils, ce sont France Lise et Sylvain, qu’a priori les origines et les parcours ne devaient pas forcément rapprocher. Elle est une Parisienne dans l’âme, lui un Essonnien revendiqué. Elle travaille dans le secteur de l’insertion professionnelle, lui, dans le secteur de l’optique de précision, tout en s’investissant dans la musique. Mais les deux ont de nombreux points en commun, à commencer par le goût des autres et des voyages, le sens de l’accueil,… La Caz à Lisa, le lieu qu’ils viennent de créer, est à leur image : il est accueillant, propice à concrétiser leurs rêves, mais aussi ceux d’autrui, et prêt à évoluer au fil des rencontres, de « connexions » avec d’autres univers aussi bien professionnels qu’artistiques. Forcément, nous avons souhaité en savoir plus sur sa genèse et sa vocation. Manque de chance, le jour du rdv, il a été investi par leurs enfants et leurs camarades ! Qu’à cela ne tienne, nous nous replions dans leur espace privé qui le jouxte (le tout occupe un ancien corps de ferme comme il en existe beaucoup dans la rue de Paris et ses alentours). Ce qui suit est la retranscription de l’entretien à deux voix qu’ils nous ont accordé quelques jours avant un premier événement post-déconfinement programmé le 11 juin prochain.

- Si vous deviez user d’un mot pour caractériser La Caz à Lisa et ce que vous y proposez ?

Sylvain : Ce serait « convivialité » dans la polyvalence ! Nous y proposerons des événements conviviaux chaque mois (un brunch musical autour du Jazz, une exposition d’artistes plasticiens, un bal Caraïbes, des cours de yoga) et chaque trimestre (une dictée créole, une racontée, une master class, un café de philosophie, une rencontre littéraire, une projection). En parallèle, nous proposons des ateliers collectifs de yoga, de relaxation par le soin et le massage, dans notre « cave à tamarin » – une cave en pierre voutée.
La Caz à Lisa, c’est aussi un espace collaboratif de travail comprenant une salle de réunion de 12 m2 et une pièce avec connexion internet dans une ambiance relaxante baignée de lumière, plantes tropicales et feu de cheminée ! A quoi s’ajouteront prochainement d’autres espaces atypiques.
Naturellement, il est possible de privatiser ces différents espaces selon ses envies, pour y organiser des événements artistiques ou autres (cocktail, réunion de travail, séminaire, projection de films, vernissage, exposition, captation audiovisuelle, activités de bien-être). Nous mettons à disposition les équipements nécessaires (vidéoprojecteur, home cinéma, paperboard, sonorisation événementielle, système de karaoké, tapis de sol, table de massage et jacuzzi). Nous proposons un service traiteur cocktail et restauration, cuisinant des produits frais à partir de recettes originales.
Ce n’est pas tout : La Caz à Lisa, ce sont aussi des studios meublés loués pour de courtes périodes, sans oubliée sa cours pavée, qui ajoute à la convivialité du lieu.

- Pourquoi « La Caz à Lisa » ?

France Lise : C’est en référence à ces cases comme il en existait dans les Antilles, dont je suis originaire. Ce type d’habitation était fait de bric et de broc, avec un toit en tôles. Sur une photo accrochée au mur, on peut en voir une avec une femme assise devant. Au moment où nous avions découvert cette photo, nous ignorions tout d’elle : manifestement, c’était une femme de ménage, qui, à l’image de tant d’autres, devait passer sa journée à travailler pour une bouchée de pain. En fixant cette photo, nous avons voulu faire sortir cette femme de l’oubli.

Sylvain : Depuis, nous sommes parvenus à en retrouver le nom. Elle s’appelait Sinflorine ; elle était Guadeloupéenne, originaire de Saint Claude, en Basse Terre. La photo a été prise par un certain Firmin Andrée Salles (1860-1929), un commissaire de la marine, inspecteur des colonies et originaire de Tarbes, comme ma famille !

France Lise : La Caz à Lisa est une manière de rappeler ma filiation avec ce pays et son histoire. Mais comme Sylvain et moi sommes un couple domino…

- Domino ?!

France Lise : Sylvain est blanc, moi, je suis noire… Comme nous sommes un couple domino, donc, Sylvain voulait puiser dans d’autres références et faire de La Caz à Lisa un lieu hybride, « créolisé ».

Sylvain : France Lise et moi venons d’univers différents, tant culturellement que socialement. Et ce lieu est à l’image de cette mixité dans laquelle nous avons été plongés depuis notre rencontre. C’est un lieu qui se veut ouvert aux autres, dans leurs différences.

- Et dans la limite des capacités d’accueil, comme on l’imagine au vu de la configuration du lieu…

Sylvain : En effet. Pour l’heure, l’espace fait 120 mètre carrés (sans la cour pavée). Venir à La Caz à Lisa, c’est d’abord rejoindre une « tribu » qui, pour l’heure, est constituée des gens rencontrés dans le monde de la musique – un monde dans lequel je me suis de plus en plus investi depuis plus d »une dizaine d’années, en parallèle à mon activité professionnelle – mais aussi dans le monde scientifique – il nous arrive d’héberger des chercheurs de passage. Après, le lieu sera sans doute appelé à évoluer en fonction des nouvelles personnes qui le fréquenteront à leur tour. France Lise et moi, nous sommes partis avec juste une idée en tête. Maintenant, c’est au lieu de vivre sa vie et d’évoluer en conséquence.

- Un lieu qui s’inventera en marchant, en somme…

Sylvain : Oui, et personnellement, je ne peux pas envisager les choses autrement. Je suis un autodidacte et de cela j’ai acquis la conviction que, souvent, la meilleure direction n’est pas forcément celle qu’on avait prévu de prendre au départ.

- Comment en êtes-vous venus à vous rapprocher du monde des chercheurs ?

Sylvain : Professionnellement, je suis en connexion avec le milieu scientifique et technologique : je travaille dans le domaine de l’optique de précision, ce qui m’a amené à être en lien avec le CEA ou l’Institut d’Optique. Forcément, cela m’a amené à m’intéresser à ce qui se passe plus généralement sur le plateau de Saclay. Avant de créer La Caz à Lisa, nous avons commencé par héberger des chercheurs ou enseignants étrangers de passage. Mon goût pour les langues – j’en pratique plusieurs (l’anglais, l’espagnol, le portugais, l’italien,…) – m’offre l’avantage de pouvoir échanger en direct avec eux. Outre la convivialité du lien, ils apprécient la proximité avec la station Palaiseau du RER B. Avec La Caz à Lisa, ils peuvent maintenant disposer aussi d’un espace de coworking.
Quant à France Lise, elle est plus littéraire et sensible aux enjeux du bien-être. Ensemble, nous tâchons donc de trouver un juste équilibre entre nos aspirations et la manière de les exprimer.

France Lise : N’étant pas de formation scientifique, ce n’est pas par ce prisme que j’ai abordé le territoire. Moi, ce que j’avais en tête, c’est un lieu propice aux rencontres et aux échanges… Je ne demande qu’à ce qu’il accueille aussi des écrivains, des conteurs ! Depuis que nous nous sommes installés ici, notre ressenti vis-à-vis du territoire a évolué. Rien que de plus normal. De par nos activités à nous ou celles de nos enfants, nous nous sommes ouverts au monde associatif, socio-culturel. La Caz à Lisa est le fruit de ce mélange…

Sylvain : … d’une créolisation ! Un processus qui a une histoire, dont j’ai pris la mesure, tout comme d’ailleurs celle de la colonisation et de ses effets, grâce à France Lise, en découvrant les Antilles et d’autres Suds…

France Lise : … J’ai travaillé pendant une vingtaine d’années dans une maison d’édition, Karthala, spécialisée dans le Maghreb, l’Afrique et les Antilles. Sylvain en lisait le moindre titre qui paraissait.

Sylvain : Parmi les artistes, ce sont à ceux qui œuvrent justement à cette créolisation que nous voulons faire d’abord place, en allant au delà du stéréotype de la musique afro-créole. Je pense en particulier aux musiciens de jazz issus des Antilles, qui peinent à trouver des lieux où se produire – ils sont encore peu programmés dans les festivals. Ici, ils sont les bienvenus !

- Si vous deviez-mettre une particularité en avant par rapport à d’autres tiers-lieux créés ici et là ?

Sylvain : A la différence de la plupart de ces tiers-lieux, La Caz à Lisa fait partie de notre chez nous. Nous demeurons juste à côté. La restauration que nous y proposons sort tout droit de notre marmite.

France Lise : Et comme nous sommes ici chez nous, La Caz à Lisa peut se prêter à différents modes d’appropriation, d’usage. Étant sur place, nous sommes d’autant plus réactifs aux demandes qui peuvent nous être faites.

Sylvain : On en revient à l’importance de la rencontre car c’est elle qui va permettre la connexion avec d’autres univers artistiques, professionnels ou autres. Récemment, un ami comédien m’a demandé à pouvoir utiliser le lieu pour y tourner une scène dans un tribunal. De fait, moyennant l’installation d’un décor, La Caz à Lisa s’y prête. Ce n’est pas une idée qui me serait venue spontanément, encore moins si je raisonnais en termes de business plan. Les opportunités se présentent et il faut juste savoir les accueillir en restant ouvert aux gens, à leur culture, laquelle passe aussi par la cuisine, le partage d’un repas.

- A se demander si ce n’est pas cette dimension familiale qui fait la singularité du lieu…

Sylvain : Familiale ou conviviale. Le fait est, La Caz à Lisa tranche avec ces lieux portés par des institutions ou des collectivités, qui perçoivent bien la nécessité de tiers-lieux, sauf que les contraintes administratives qui pèsent sur leur gestion au quotidien finissent par en étouffer l’âme. Il y a donc besoin de trouver un juste équilibre entre ces contraintes et ce besoin de convivialité, surtout quand on a l’ambition d’accueillir des artistes (et dedans j’inclus aussi les scientifiques) : des personnes qu’on ne peut a priori gérer à coup de règlement intérieur et de programmation fixée à l’avance. Par définition, ce sont des créatifs, qui ont besoin de tranquillité et d’un minimum de liberté.

France Lise : La perspective d’un simple repas partagé ensemble peut être un prétexte pour faire un cours de cuisine, apprendre la recette des acras ! C’est dire s’il faut se garder de tout prévoir à l’avance, mais au contraire saisir les opportunités quand elles se présentent, les envies quand elles s’expriment.

- Encore un mot sur le lieu pour ne serait-ce que rappeler qu’il y a quelques années, ce n’était qu’une grange…

Sylvain : Oui, une grange restée dans son jus, depuis les années 1950. Nous avons consenti d’importants travaux, y compris pour la maison que nous occupons. Malheureusement, nous n’y avons trouvé aucun trésor (rire).

France Lise : Nous sommes cependant allés de surprise en surprise, en découvrant sous les papiers peints, ici d’anciennes fenêtres, là des placards et d’autres choses encore : des cheminées, etc.

- Mais où avez-vous trouvé l’énergie pour conduire un tel chantier qui, si j’en juge par l’étage supérieur de la grange, n’est pas terminé ?

Sylvain : Ce n’est pas le premier projet de rénovation que nous portons, France Lise et moi. Pour ma part, j’ai toujours pensé mon lieu d’habitat de façon à pouvoir y faire autre chose, une activité professionnelle, artistique. Bref, je ne vois pas vivre ailleurs que dans une auberge espagnole !

France Lise : Nous sommes souvent repartis de zéro, en achetant juste quatre murs, pour tout reconstruire de la cave au grenier. Transformer une grange en un tiers lieu ne nous faisait donc pas peur…

- Même si les travaux perdurent…

Sylvain : Paradoxalement, le contexte de crise sanitaire nous aura été bénéfique en permettant d’accélérer leur rythme d’avancement…

France Lise : Il y a encore un an, le lieu était loin de ressembler à ce qu’il est aujourd’hui..

CazaLisa2021Paysage3- Avec néanmoins pour contrepartie de reporter l’ouverture de La Caz à Lisa, bien que les aménagements en étaient achevés…

Sylvain : Effectivement. Le concept étant la convivialité, ainsi que je le disais, La Caz à Lisa a été desservi par la Covid-19. Maintenant, au vu de l’amélioration de la situation, nous envisageons redémarrer en douceur en espérant une ouverture officielle à la rentrée. Dès le 11 juin, nous proposons un concert avec la chanteuse Nuria Rovira Salat, accompagnée du guitariste Soufiane Dakki, pour des voyages sur un répertoire de reprise de thèmes de musique judéo-andalouse et sud-américaine [photo ci-contre]. Les personnes intéressées trouveront tous les renseignements sur notre site : www.cazalisa.fr

- Vous considérez-vous comme des « entrepreneurs » ?

France Lise : Oui, dans la mesure où on peut entreprendre sans créer une entreprise, l’important étant de le faire avec plaisir et non au nom d’objectifs imposés par d’autres.

Sylvain : Le propre d’un entrepreneur est de porter un projet qui le passionne, tout en gardant les pieds sur terre. Moi, je viens de la musique plutôt improvisée, tendance libertaire. Une créativité difficilement soluble dans un de ces dossiers de demande de subvention, qui oblige à avoir une vision de deux à trois ans, alors qu’on est loin de savoir ce dont demain sera fait. Le contexte de crise sanitaire, que personne n’avait prévu, est là pour nous le rappeler. Certes, cela oblige à mener plusieurs activités en parallèle pour répartir le risque. Car ce n’est pas parce que j’ai un coup de cœur pour un lieu qu’il faut que je mette en insécurité ma famille. Il faut faire preuve de pragmatisme. Face à la Covid-19, j’ai dû mettre en sommeil des projets et activités mais, heureusement, j’ai pu en poursuivre d’autres. Il faut juste savoir faire preuve d’endurance. Et cultiver la polyvalence, on y revient.

- Comment en êtes-vous venus à vous décider à vous installer à Palaiseau ?

Sylvain : Palaiseau est une ville où j’ai rêvé vivre depuis que je suis adolescent ! Mon enfance, je l’ai vécue à Longjumeau, une ville qui était alors sinistrée sur le plan culturel, à la différence de Palaiseau qui, de ce point de vue, a toujours été une espèce de phare : beaucoup d’artistes, de musiciens y vivent ; il y a toujours beaucoup de spectacles et de concerts. Et puis, Palaiseau est desservi par la ligne B du RER. La station la plus proche se trouve à quelques centaines de mètres. C’est important pour convaincre des Parisiens ou des banlieusards de venir jusqu’ici. Certes, on a moins de place que d’autres endroits où nous avons pu habiter, mais l’accessibilité est meilleure.

- Ceux qui ne vous connaissent pas encore doivent se dire, au vu de la distance parcourue entre Longjumeau et Palaiseau (deux communes limitrophes), que vous ne devez pas être un grand voyageur. Or, c’est tout le contraire : vous êtes tout sauf, comment dire… quelqu’un de « Caz’anier » !

France Lise et Sylvain rient en chœur.

Sylvain : En effet, j’ai beaucoup voyagé à travers le monde pour le besoin de mon travail et par goût de la découverte d’autres cultures, d’autres langues. J’aime l’idée aussi de m’adapter aux contextes, aux gens que je rencontre. Je suis avec des Brésiliens ? Je bois de la cachaça ! Je suis au Moyen-Orient ? Je bois du thé !
Mais plus on voyage, plus on a besoin de disposer d’un port d’attache. A force d’être partout, on n’est nulle part… J’ai donc besoin d’un port d’attache et ce port d’attache, c’est l’Essonne !

France Lise : De même, moi, venant déjà d’un ailleurs, j’ai toujours eu envie de partir. Mais, à la différence de Sylvain, je suis une Parisienne dans l’âme.

Sylvain : À son arrivée en France, elle a vécu dans le 5e arrondissement…

France Lise : C’était en 1967. Avec mes parents, nous sommes arrivés en métropole par le port de Marseille puis, de là, nous sommes arrivés à Paris, dans le Ve arrondissement.

Sylvain : Étant au quartier latin, elle a pu vivre, enfant, les événements de mai 1968 aux premières loges !

France Lise : Des événements qui, forcément, nous effrayaient, mes parents et moi, qui arrivions tout juste. Je n’en suis pas moins restée très attachée à cet arrondissement et de manière générale à Paris alors que Sylvain est, lui, très attaché à son Essonne. C’est vrai qu’on y dispose plus d’espace pour s’y retrouver avec sa famille, ses copains…

Sylvain : J’ai il est vrai un esprit un peu « tribal ». Sans doute que le fait d’être percussionniste y contribue aussi…

France Lise : Tribal, c’est un mot qui caractérise bien Sylvain : il a besoin d’être entouré de sa famille, de ses amis, bref, de faire clan. Durant des années, son monde à lui, c’était un monde de potes… Or, moi, je n’ai pas besoin d’avoir plusieurs personnes autour de moi pour me sentir bien, mener un projet.

- J’ose la question : comment le couple survit-il à ce rapport différent au territoire ?

Sylvain : C’est vrai que France Lise a consenti l’effort de quitter la capitale et même de vivre durant un certain temps à proximité de la nature, à la campagne. Mais, fondamentalement, elle et moi sommes des urbains. Et puis, au-delà de la question du territoire, nous partageons ce goût du voyage, de l’hospitalité, de l’altérité.

France Lise : Connaître l’autre, cela demande du temps et, donc, de pouvoir se poser quelque part, dans un lieu accueillant, où on se sente bien.

Sylvain : Au cours de mes voyages professionnels, après une journée de travail, j’ai été bien content de pouvoir me poser dans des lieux improbables, propices à des rencontres. Et c’est un de ces lieux que nous souhaitons créer ici.

- Quand l’idée a-t-elle germé ?

France Lise : Dès 2012-13, Sylvain avait créé un premier lieu, à Longjumeau, qu’il a ensuite transféré à Étampes, en 2007 : il s’agit du Bahos, un lieu de diffusion et de création musicale avec une ligne de programmation autour des musiques du monde, du jazz et des musiques improvisées [pour en savoir plus, cliquer ici]. C’est dire si nous ne partions pas d’une page blanche. Nous avons aussi une expérience dans l’organisation de festivals et d’événements, de concerts. La Caz à Lisa s’inscrit donc dans une continuité, tout en étant d’une ambition plus modeste. Sylvain continuera à faire ce qu’il aime faire, organiser des concerts, mais plus intimistes, qui nous ressemblent plus, et non devant des centaines de personnes comme c’était le cas jusqu’à présent.

Sylvain : C’est effectivement un projet plus modeste par la taille, que les précédents, et c’est très bien ainsi, car je suis d’un tempérament qu’il faut savoir brider un peu, sans quoi je suis capable de partir sur des projets un peu fous ! Heureusement, avec les années, on s’assagit. Désormais, France Lise et moi, nous savons ce dont nous ne voulons plus.

- Un mot sur vos enfants…

France Lise : J’ai eu une fille d’un premier mari, puis deux autres enfants, de 19 et 20 ans, avec Sylvain. Ceux-là mêmes qui ont privatisé La Caz à Lisa avec leurs camarades…

Sylvain : Des enfants auxquels nous avons voulu inculquer un esprit d’ouverture, un goût de l’altérité. Et je crois que nous y sommes parvenus. Tandis que notre fils est en classe prépa scientifique, la 2e poursuit maintenant des études en commerce international après s’être inscrite à l’Inalco en langue et culture coréennes. Elle m’a ainsi réconcilié avec la Corée, un pays où j’avais été en mission en 1994 et où nous sommes retournés en 2018, en famille, à l’occasion d’un séjour prolongé qu’elle y faisait. J’ai eu la sensation de découvrir un tout autre pays.

France Lise : Il y eut un plaisir partagé à le découvrir avec ses yeux à elle.

Sylvain : À elle comme à notre fils, j’ai cherché à transmettre aussi mes goûts musicaux mais, là, je dois reconnaître qu’ils ont, comment dire… moins adhéré (rire).

France Lise : Pour l’heure, c’est le rejet total ! Mais le propre des jeunes est de vouloir construire leur culture à eux. Nul doute cependant qu’il restera quelque chose de ce que nous leur avons transmis sur ce plan là.

- Comment vous projetez-vous dans l’avenir ?

Sylvain : En commençant par nous replonger dans le passé ! Votre question est l’occasion de préciser que France Lise et moi, nous sommes des fous d’histoire. Se replonger dans le passé, c’est essentiel pour comprendre le monde que l’on doit construire. C’est pourquoi nous avons voulu donner à La Caz à Lisa un air d’authenticité, celui d’un vieux bistrot tout en y faisant écho à la profondeur historique de la ville – par le passé, Palaiseau a été un relais de poste, situé sur la route de Chartres.
Quant à l’avenir, j’en suis convaincu, c’est le monde créole qui nous en indique le chemin. Un monde créole élargi à d’autres peuples : sud-américains, orientaux… L’heure est plus que jamais aux brassages. Et il ne faudrait pas l’oublier au prétexte des gestes barrière et des distanciations à respecter par ailleurs… Il faut rester ouvert aux différences et s’en enrichir plutôt que de s’arc-bouter sur des identités. Nous ne concevons pas La Caz à Lisa autrement : comme un lieu ouvert à ce que des personnes extérieures apporteront avec leurs envies, leurs cultures, leurs expressions artistiques.

France Lise : Pour ma part, je constate un repli des gens sur eux-mêmes, qui se reflète dans les résultats électoraux, et cela m’inquiète. Tout comme cette précarisation d’une frange plus grande de la population, à laquelle on assiste.

Sylvain : Malgré cette réalité que décrit France Lise, je veux rester optimiste. C’est dans ma nature de voir dans les contraintes et plus généralement les situations de crise, des opportunités de changements positifs.

Un grand merci à Gilles Brochand pour les photographies qui illustrent cet entretien.

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