Créer une start-up : une aventure humaine risquée, mais stimulante. Rencontre avec Etienne Krieger

Suite de notre découverte du PROTO204 à travers des entretiens avec des acteurs de Paris-Saclay qui participent à ses workshops. Professeur Affilié d’HEC où il anime des programmes de formation et d'accompagnement de créateurs d'entreprises et de dirigeants de PME, Etienne Krieger a bien voulu répondre à nos questions, de retour d'un séjour en Israël, une « Nation Start-up » s'il en est.

- Vous enseignez l’entrepreneuriat à HEC. En quoi le territoire Paris-Saclay est-il favorable ?

Le territoire Paris-Saclay est une formidable concentration d’établissements d’enseignement supérieur et de laboratoires de recherche. C’est par conséquent un terreau exceptionnel pour la création d’entreprises innovantes ou pour la valorisation de recherches de pointe via des accords de licence avec des grands groupes industriels. L’intérêt pour l’entrepreneuriat de la part des étudiants d’HEC et des autres établissements d’enseignement supérieur présents sur le Plateau ne se dément pas depuis des années. Pour beaucoup d’étudiants, la création d’une start-up est une aventure humaine certes risquée mais également nettement plus stimulante que la perspective d’une carrière plus traditionnelle. Même si la distance entre ces différents établissements rend les contacts plus difficiles que si nous étions tous réunis en un même lieu géographique, comme à Stanford ou à Harvard, de nombreuses initiatives de l’Etablissement Public du Plateau de Saclay favorisent d’ores et déjà ces échanges, qui sont indispensables à l’identification d’opportunités de création d’entreprises innovantes et à la constitution d’équipes multidisciplinaires. Le succès d’une entreprise high tech réside en effet avant tout dans la constitution d’une équipe d’entrepreneurs aux talents et aux tempéraments complémentaires. Le territoire Paris-Saclay est une formidable concentration de matière grise et un lieu absolument unique pour inventer le monde de demain. Pour toutes ces raisons structurelles et culturelles, l’enseignement de l’entrepreneuriat dans le cadre de l’Université Paris Saclay est promis à un bel avenir et contribuera, je l’espère, à la création et au développement d’entreprises capables de conquérir le monde et d’améliorer notre quotidien…

- Vous revenez d’Israël pour participer à l’un des plus dynamiques hotspots de start-up. Avec quels objectifs ? Quels enseignements en tirez-vous ?

J’avais beaucoup entendu parler d’Israël, la « nation start-up », pour reprendre le titre de l’ouvrage de Dan Senor et de Paul Singer (Start-up Nation : The Story of Israel’s Economic Miracle) qui décrit les ressorts du miracle économique israélien. Pour autant, je n’avais pas encore eu l’occasion de visiter ce pays et je suis heureux d’avoir comblé cette lacune à la faveur d’un bref séjour qui m’a permis de revoir un ami entrepreneur qui s’est installé dans ce pays. Celui-ci m’a fait visiter la région de Jérusalem et m’a permis de mieux comprendre le contexte économique et les ressorts de la compétitivité israélienne.

Même si le but de mon séjour était avant tout culturel, j’ai pu me familiariser avec ce pays jeune et dynamique, encore en construction. La création de start-up ayant vocation à devenir des leaders mondiaux ou se faire absorber pour plusieurs centaines de millions de dollars fait partie de la culture nationale. L’engouement pour les start-up s’est généralisé en 1998 lorsqu’AOL a racheté pour près de 400 M$ la société Mirabilis, une start-up israélienne âgée d’à peine deux ans qui avait développé ICQ, un service de « chat » sur Internet qui avait rapidement séduit plus de 2 millions de membres. Depuis lors, ce modèle s’est généralisé et le rachat récent de Waze par Google pour près d’un milliard de dollars est une preuve supplémentaire du dynamisme des entrepreneurs israéliens, qui contribuent très significativement à la prospérité du pays.

J’ai appris incidemment que la durée hebdomadaire du travail en Israël était de 45 heures et que le taux de chômage était inférieur à 6%, ce qui est une différence non négligeable par rapport à la plupart des pays européens… Par ailleurs, lorsqu’un nouveau concept de business s’avère porteur et qu’il n’est pas dûment protégeable, il est rapidement imité, ce qui limite les rentes de situation. A contrario, si entrepreneur se rend compte que son affaire ne décolle pas, il changera rapidement de projet voire d’entreprise, sans s’accrocher au concept initial. Le pragmatisme est par conséquent de mise, comme aux Etats-Unis, où j’ai trouvé un état d’esprit similaire dans la Silicon Valley.

La plupart des entrepreneurs israéliens sont parfaitement bilingues et pensent d’emblée « international » car leur pays de 7 millions d’habitants les pousse naturellement à se développer à l’étranger comme ce fut le cas des start-up évoquées précédemment.

Ce qui caractérise le plus les entrepreneurs israéliens est leur audace et leur rapidité d’exécution, qui sont deux vertus cardinales pour développer des innovations de rupture à l’échelle du globe…

- Vous participez aux workshops du PROTO204 : que vous inspirent-ils ? Quelles sont vos attentes à l’égard de ce concept ? En quoi vous paraît-il pertinent pour Paris-Saclay ?

La démarche de co-conception du PROTO204 employée par Ronan James est remarquable car elle permet d’emblée de créer du lien entre des acteurs académiques et industriels qui ne se connaissent pas nécessairement très bien. Le fait de créer les contours de cette plateforme d’innovation, de création et de formation en associant dès l’origine un grand nombre d’acteurs du Plateau de Saclay est le meilleur moyen de faire du PROTO204 un lieu qui fera naturellement partie de l’écosystème d’innovation local.

Je suis très enthousiaste par rapport à ce concept de percolateur à grande échelle car l’Université Paris Saclay prospérera en multipliant les interactions entre les différents établissements qui la composent.

Il est particulièrement opportun que l’Etablissement Public Paris-Saclay (EPPS) ait confié à un docteur en climatologie et à un spécialiste de médiation scientifique le soin de structurer un tel lieu ! Une réunion récente m’a d’ailleurs permis de faire la connaissance de l’équipe en charge du festival CURIOSITas, qui crée des passerelles extrêmement originales entre art et science. En tant qu’inconditionnel du Palais de la Découverte, je suis très heureux de voir fleurir sur le Plateau de Saclay des initiatives comme le PROTO204 ou des manifestations périodiques comme le Science Break, qui repose sur le concept « une découverte, un témoignage, une expérience live » en 30 minutes chrono avec un apéritif à la clé…

Le PROTO204 est donc selon moi appelé à jouer un rôle essentiel en matière de promotion de la recherche auprès du grand public et de constitution d’équipes multidisciplinaires en vue de développer et de valoriser ces travaux de recherche. Le ciment de ce dispositif est la convivialité du lieu, dont j’ai pu avoir un aperçu lors des séances de travail qui préfigurent l’ouverture du PROTO204.

Pour une présentation biographique complète d’Etienne Krieger, cliquer ici.

A lire aussi : l’entretien avec Julien Capra, en mastère spécialisé HEC Entrepreneurs.

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