Convention prometteuse entre IncubAlliance et Enedis. Entretien avec Philippe Moreau

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Le 7 novembre prochain, IncubAlliance et Enedis signent une convention de partenariat. Une étape supplémentaire dans la démarche engagée par l’incubateur francilien auprès des industriels en vue de faciliter le rapprochement avec les start-up. Philippe Moreau, son directeur, nous en dit plus sur l’objet de cette convention et les circonstances qui ont présidé à sa signature.

- Si vous deviez pitcher la convention que vous vous apprêtez à signer avec Enedis [ex-ErDF]…

Cette convention est une manière de donner chair à l’adhésion d’Enedis à notre incubateur. Elle est dans ses grandes lignes similaire à celle que nous avons déjà signées avec sept autres industriels, à des détails près, qui tiennent bien sûr aux spécificités des uns et des autres. Concrètement, Enedis s’engage à ouvrir ses portes, à commencer par celles de ses unités opérationnelles, à nos start-up, de façon à leur permettre de tester leurs produits ou services, sur ses infrastructures et équipements, voire leur offrir des débouchés.

En sens inverse, la convention permet à Enedis d’avoir accès au portefeuille de start-up d’IncubAlliance. Concrètement, cet industriel pourra participer à nos comités de sélection tout comme nous aux siens, ainsi qu’aux événements que nous organisons. Outre notre savoir-faire dans l’accompagnement des start-up, nous lui faisons bénéficier de notre connaissance des écosystèmes franciliens, à commencer par celui de Paris-Saclay dont nous sommes l’une des composantes centrales [IncubAlliance est installé à Orsay]. Comme vous l’aurez compris, la convention fonctionne dans les deux sens.

- Comment concrètement ce type de convention voit-elle le jour ? Est-ce le fruit de rencontres fortuites ?

Vous faites bien de poser cette question, car elle est l’occasion de rappeler qu’en matière d’innovation, rien ne se fait sans des rencontres fortuites entre des personnes qui ne se connaissaient pas nécessairement, mais qui ont envie de travailler ensemble. Il n’en est pas allé autrement avec le projet de cette convention. En l’occurrence, un premier contact avait été noué par Patrice Durand [notre conseiller auprès des dirigeants de start-up technologiques], avec un cadre d’Enedis, à l’occasion d’une convention d’affaires ou d’un autre événement de ce genre, comme il en existe d’ailleurs de plus en plus à Paris-Saclay. Suite à quoi, nous nous sommes rendus à Melun, au siège d’Enedis. Les discussions se sont poursuivies durant 5-6 mois, le temps de bien nous connaître et de cerner ce que nous pouvions nous apporter réciproquement. Nos interlocuteurs ont clairement manifesté leur volonté de poser un pied dans l’écosystème de Paris-Saclay, par le truchement d’un de ses acteurs reconnus. Avec les équipes d’Enedis, nous nous sommes déjà mis au travail pour identifier, parmi nos start-up, celles qui étaient susceptibles de les intéresser, mais aussi celles qui étaient susceptibles de l’être par Enedis. Une longue chaîne de nouvelles rencontres humaines est ainsi appelée à se poursuivre entre Enedis et nos startuppers, avec l’espoir qu’elles débouchent sur des développements et des commandes !

- A travers ce type de convention, s’agit-il, pour IncubAlliance, de se positionner aussi en « tiers de confiance » entre des industriels et des start-up dont les relations sont encore parfois compliquées sinon empreintes de défiance réciproque ?

J’ai assez travaillé dans la grande entreprise et des start-up pour ne rien ignorer de ces rapports parfois difficiles, voire empreints de défiance réciproque, comme vous dites. De fait, pour une start-up, il y a le risque de voir son concept repris, ou pas poussé au terme de son développement au prétexte qu’il remettrait trop en cause le modèle économique de l’industriel. Et quand bien même une start-up souhaite-t-elle travailler avec un grand groupe, il n’est pas simple pour elle de frapper à la bonne porte, d’y identifier le bon interlocuteur.

Alors, si nous pouvons assumer ce rôle de tiers de confiance sinon de facilitateur de la rencontre entre un industriel et une start-up, alors oui, c’est en ce sens que l’on peut interpréter nos conventions. Une ambition qui correspond d’ailleurs à un des axes stratégiques que nous portons depuis que j’assume la direction d’IncubAlliance.

Pour faire maintenant une analogie avec la physique, nous entendons cultiver des « surfaces d’échange » entre ces différents mondes qui se méconnaissent encore trop à notre sens : ceux des start-up, de l’industrie, mais aussi de la recherche publique. Bien d’autres lieux sont propices au décloisonnement entre ces mondes (je pense en particulier aux chaires industrielles, aux IRT ou aux SATT). Mais c’est un rôle que nous souhaitons aussi assumer dans l’intérêt de l’écosystème de Paris-Saclay.

- Est-ce que cette évolution participe d’un mouvement de fond qui concernerait l’ensemble des incubateurs ou est-elle encouragée par l’écosystème de Paris-Saclay lui-même ? Dit autrement, dans quelle mesure celui-ci a-t-il favorisé cet ouverture d’IncubAlliance aux industriels ?

Les industriels sont manifestement de plus en plus attentifs à ce qui se passe dans le cluster de Paris-Saclay. Il leur importe d’avoir un point d’entrée, de préférence lisible : plutôt que de solliciter plusieurs structures, éparpillées sur un territoire, ils préfèrent avoir pour interlocuteur un incubateur comme le nôtre, mutualisé, central, reconnu, aussi bien par les start-up que les établissements de recherche et d’enseignement supérieur. Il n’est pas dans leur intérêt de se focaliser sur un seul établissement, sauf à courir le risque de se priver d’une plus grande surface d’échange.

Pour nous, l’enjeu est aussi de faire évoluer notre modèle économique – encore à base de financements publics, pour l’essentiel – en proposant des prestations aux grands groupes comme celles prévues dans le cadre de nos conventions. Eux-mêmes sont de plus en plus demandeurs de services de qualité dans l’accompagnement de leurs projets technologiques, dans une perspective d’essaimage de leurs spin-off ou d’open innovation avec des start-up.

- IncubAlliance se veut-il pionner dans cette évolution ?

Je ne connais pas l’évolution de tous les incubateurs français, mais je crois pouvoir dire qu’au sein de l’écosystème de Paris-Saclay, IncubAlliance est parmi les pionniers dans cette démarche d’ouverture aux industriels. Huit partenariats ont déjà été signés et d’autres le seront dans un avenir proche. Notre incubateur a déjà plus de quinze ans d’existence et dispose d’une équipe, certes réduite, mais opérationnelle et aguerrie à la mutualisation des ressources et aux partenariats.

- Et l’écosystème Paris-Saclay, vous paraît-il propice à cette ouverture aux industriels ?

Que ce soit du côté de l’Université Paris-Saclay, à travers sa SATT, ou de l’EPA Paris-Saclay, il y a une volonté manifeste de dialoguer et de coopérer avec des industriels. Ces toutes dernières années, divers dispositifs ont vu le jour dont c’est explicitement la vocation : outre la SATT Paris-Saclay et les chaires industrielles, déjà évoquées, je pense à l’IRT SystemX.

Mais, tous ces dispositifs et institutions sont encore jeunes, comparés à IncubAlliance. Paris-Saclay me semble devoir encore accélérer et se structurer dans ses rapports avec les industriels, car d’autres écosystèmes ont pris de l’avance. Je pense à celui de Paris Intra Muros qui s’est doté d’incubateurs flash et d’accélérateurs thématiques (dans le domaine du sport, de l’aéronautique, etc.), intervenant, certes, plus en aval que nous, mais qui ne s’en associent pas moins à de grands industriels. Ces derniers sont aujourd’hui plus que jamais prêts à investir, et pas seulement dans la capitale. Sachons donc saisir cette opportunité.

 

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