Comment encourager les start-up cleantech ?

CIE Paysage
Stimuler et accélérer la croissance de l’Europe à travers l’innovation dans les éco-activités, telle est la vocation du projet européen Cleantech Incubation Europe qui, après, des séminaires en Hongrie, en Finlande, en Italie,… faisait escale à Supélec, en Essonne. Bref aperçu des riches témoignages et échanges qui ont été l’occasion de rendre compte non seulement de l’implication d’une diversité d’acteurs sur le Plateau de Saclay, mais encore de leur souci de convergence et de mutualisation.

Plus de 60 personnes, entrepreneurs, investisseurs ou représentant d’institutions et de structures d’accompagnement ont répondu présent à ce 5e séminaire du Cleantech Incubation, un projet européen dit « Interreg » (au sens où il implique plusieurs régions de différents pays européens, pas moins de six en l’occurrence : outre la France, l’Italie, la Finlande, la Hongrie, les Pays-Bas et l’Angleterre), avec l’objectif de stimuler la croissance du « Vieux continent » en soutenant les start-up tournées vers la préservation de l’environnement et la transition énergétique. Qui dit start-up dit incubation. Comment renforcer celle-ci ? C’était précisément l’enjeu de ce séminaire qui était l’occasion de faire connaître et mutualiser les expériences existantes en Europe, dans les territoires partenaires et invités.

Un large spectre d’activités et de technologies

Les cleantech ? On ne compte plus les définitions de ce néologisme (traduit souvent par éco-activités en français). On peut cependant s’accorder sur le fait qu’elles concernent les technologies contribuant à réduire notre impact sur l’environnement (la pollution, les émissions de gaz à effet de serre), en privilégiant les énergies renouvelables, en améliorant l’efficacité énergétique, etc. C’est dire si elles recouvrent un large spectre d’activités et de technologies, qui en font précisément un secteur prometteur pour le Vieux continent dont la croissance est en berne.

Comparée au reste de l’Europe, la France n’arrive qu’en 19e position en matière d’innovation dans ce domaine clé… (d’après le Regional innovation scoreboard 2012). En revanche, les chiffres de l’Observatoire des start-up des cleantech en France, présentés par Patricia Laurent (co-fondatrice et rédactrice en chef de GreenUnivers), et Eric Marty, d’Emertec (comme son nom le suggère, un fonds d’investissement spécialisé l’investissement d’amorçage) sont plutôt encourageants. Que ce soit pour le nombre de création d’entreprises ou les levées de fonds.

Des start-up qui résistent à la crise

Cet observatoire recense près de 500 start-up dans les domaines des clean-tech (et encore ne prétend-il pas à l’exhaustivité). L’Ile-de-France arrive en tête pour la proportion de start-up « hébergées », loin devant Rhônes-Alpes, la Région Paca et la Bretagne. La plupart sont développées dans des incubateurs. Une majorité compte moins de 5 salariés. Un quart  a entamé un développement à l’international. Pour les neuf premiers mois de l’année, le montant des levées de fonds s’élève à 58 millions d’euros, soit moins qu’en 2012 (73 millions sur l’année), 2011 (64) et 2010 (82), mais plus qu’en 2009 (57 sur l’année). 10% sont parvenues à réaliser une levée de fonds de plus d’un million d’euros, ce qui dans le contexte actuel n’est pas négligeable.

Dans l’ensemble, les start-up françaises tournées vers les cleantech résistent bien à la crise (hormis celles engagées dans le solaire, suite à l’adoption d’une réglementation moins incitative). Plus de la moitié ont même vu leur CA augmenter (une évolution à relativiser cependant : ce sont des start-up dont, par définition, les chiffres d’affaires sont faibles durant leurs premières années d’existence !).

Aussi significatifs soient-ils, ces chiffres peuvent cependant paraître encore dérisoires au regard des enjeux liés au réchauffement climatique et à la raréfaction de ressources naturelles. On peut d’ailleurs se demander si la France ne pâtit pas de ce qui constitue par ailleurs un atout : l’existence de grandes entreprises parmi les leaders mondiaux dans les domaines de l’énergie, de la gestion de l’eau, des mobilités durables, etc. Tout en reconnaissant cette spécificité française, Patricia Laurent relève néanmoins un intérêt croissant de nos multinationales pour les start-up, manifesté à travers la création de fonds corporate ou des programmes de développement.

Paris-Saclay, un incubateur à ciel ouvert

Et puis, la vision change du tout au tout quand on aborde la réalité depuis le territoire. A cet égard, la table ronde spécifiquement consacrée à Paris-Saclay et l’Essonne a permis de prendre la mesure de la richesse de l’écosystème constitué, entre les incubateurs (dont Incuballiance, représenté par son directeur général, Philippe Moreau), les organismes de recherche, les structures spécialisées dans l’accompagnement des entrepreneurs (Nova Green)…

Tous les participants partageaient à peu près les mêmes constats : on ne part pas de rien ! Les solutions technologiques existent de même que, ont insisté plusieurs d’entre eux, l’argent ! Le dispositif français de soutien à l’innovation, ont-ils encore souligné, est l’un des plus généreux d’Europe, voire au monde : entre le crédit impôt recherche, le statut de jeune entreprise innovante, il est particulièrement incitatif. Selon l’un d’eux, ll gagnerait d’ailleurs à suspendre les aides à davantage de garanties de la part des bénéficiaires…

Ajoutons les opportunités offertes par les Pôles de compétitivité, y compris pour les start-up (même si celles-ci peinent encore à y faire leur place). A l’image d’Advancity, présenté par Isabelle Penot. Dédié à la ville et aux mobilités durables, il compte plusieurs start-up parmi ses 230 membres, qui peuvent ainsi participer aux projets de R&D aux côtés de PME et de multinationales (135 projets pour un total de plus de 410 millions euros). Reste cependant encore un effort pour les y intégrer pleinement. Comme le reconnaît Isabelle Penot, rares sont celles qui disposent des moyens de participer à la gouvernance du pôle. Les entrepreneurs-innovateurs sont le plus souvent accaparés par leur « business development »

Tous ont insisté également sur la nécessité d’un rapprochement du monde de la recherche vers celui de l’entreprise et, au-delà, le marché. Pour Jean-Christophe Duval (Climate KIC France) : « il faut mettre le marché dans l’innovation, confronter le chercheur autant que possible à cette réalité ». Emblématique à cet égard est le 503 et sa Filière Innovation-Entrepreneur (FIE) mise en place en 2006 : ainsi que le rappelait Frédéric Capmas, son responsable, celle-ci fait du projet entrepreneurial le « catalyseur » de la formation. Les jeunes sont d’emblée placés dans une logique de porteurs de projet, lequel est défini à partir d’idées issues des laboratoires. En plus du suivi par leurs enseignants, ils bénéficient du coaching d’entrepreneurs expérimentés ainsi que des conseils des start-up que le 503 abritent par ailleurs pour leur faire assumer un rôle de « grands frères » ou de « grandes sœurs ».

Au terme de leurs études, les étudiants ont pu ainsi constitué un réseau et sont en principe prêts à se lancer sur le marché. Pour ceux dont le projet n’a pas abouti, il est toujours possible de valoriser l’expérience auprès de leur futur employeur. Au total, la FIE accueille 60 étudiants sur l’ensemble de la formation (soit 20% des effectifs de l’Institut d’Optique). Une quinzaine de projets concernent directement les éco-activités.

Au-delà du 503, le Plateau de Saclay, c’est encore et bien sûr Incuballiance (15 projets green techs en cinq ans dont Ennesys), Nova Green, déjà cités, la Fondation de Coopération Scientifique (FCS) du Campus Paris-Saclay, des laboratoires, des organismes de recherche (CEA,…), des équipements de premier plan (Synchrotron)… bref un écosystème favorable pour l’éclosion d’idées novatrices. Les ressources humaines qualifiées ne manquent pas.

Si le bât blesse, il réside dans le time to market. Un défi d’autant plus ardu que le marché se situe dans les pays émergents, ainsi que le rappelait d’emblée Yves Caristan (responsable des relations internationales de la FCS Campus Paris-Saclay) de retour d’un voyage d’études en Asie du sud-est. Ce qui impose une internationalisation rapide des start-up, de surcroît dans cette partie du monde et les autres pays émergents, car « les besoins en technologies propres y sont particulièrement élevés ! »

Cependant, ce passage du laboratoire au marché est tout sauf linéaire a encore tenu à rappeler le même Yves Caristan. Réduire le temps de valorisation est précisément l’ambition de la FIE comme on l’a vu et d’autres formations qui se mettent en place (à l’Ecole polytechnique, notamment). De là aussi l’intérêt des incubateurs et autres structures d’accompagnement et la nécessité pour eux de faire éco-système. De ce point de vue, la table ronde a, malgré les contraintes de l’exercice (à peine une heure pour entendre près d’une demi douzaine d’intervenants tous plus stimulants et stimulés les uns que les autres), livré en creux un message plutôt encourageant. A l’évidence, ils se connaissent bien et avaient d’ailleurs plaisir à se retrouver et échanger (fût-ce en anglais, au demeurant impeccable, pour faire honneur aux participants étrangers qui avaient fait le déplacement). Preuve au passage de l’importance des rencontres régulières et, au-delà, de l’ancrage territorial.

Guillaume Ebel a illustré l’importance de ce dernier en montrant comment Nova Green œuvre à la pérennisation des dynamiques d’innovation dans le domaine des cleantech sur le territoire de l’Essonne. Rappelons que cette structure associative a été créée en 2010 à l’initiative du Conseil Général de ce département et qu’elle a vocation à développer une filière d’éco-activités en son sein. Concrètement, elle assure une mise en relation qualifiée, un accompagnement, des outils de financement, l’accès à une plateforme collaborative de gestion de projets, et, last but not least, la possibilité d’une expérimentation de projets sur le territoire en réponse à des problématiques locales.

Ancrage territorial qui n’empêche pas un esprit d’ouverture à l’international. Comme en témoignait ce séminaire qui fut aussi l’occasion de rendre compte d’expériences danoise (le Parc scientifique Scion DTU, à Copenhague, présentée la responsable de l’Innovation Eco-Technologique, Kristine Garde) et barcelonaise (l’Incubateur Enviu, présenté par son directeur, Pascual Oriol).

Malgré l’ambiance high tech qui régnait dans l’amphithéâtre de Supélec, on n’a pu s’empêcher au fil des interventions de rêver à la transformation de l’ensemble du bâtiment, conçu au début des années 70, avant le premier choc pétrolier, en un démonstrateur de cleantech dédié à la rénovation thermique…

Un merci à Elizabeth Devlin-Couvert pour les photos qui illustrent cet article. En Une, grand format : l’ensemble des participants au séminaire. En Une, petit format : Patricia Laurent (GreenUnivers) et Isabelle Penot (Advancity). Photo intérieure : Kristine Garde (parc scientifique Scion DTU, Copenhague) et Pascual Oriol (Incubateur Enviu, Barcelone).

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