Comment construire ensemble un territoire vivant et convivial ?

Un buffet campagnard à la Ferme Vandame ou comment rendre convivial le Plateau de Saclay. Crédit : Philippe Perche
Terre et cité
Telle était la question au programme du second forum ouvert organisé par l’association Terre & Cité, le samedi 27 avril dernier, à Villiers le Bâcle, dans le cadre de sa démarche de concertation sur l’avenir du Plateau de Saclay.

Rappel des épisodes précédents : le forum ouvert organisé le 27 avril dernier, à Villers le Bâcle, s’inscrit dans la démarche de concertation poursuivie par l’association Terre & Cité, pour enrichir l’audit réalisé auprès de quelque 70 acteurs du territoire (agriculteurs, élus, chercheurs, responsables d’institution…) dans l’idée de nourrir les travaux et réflexions des collectivités territoriales et institutions locales concernées dont l’EPPS.

La semaine précédente, un premier forum ouvert avait été consacré aux pratiques agricoles et alimentaires. Signe des temps : il s’était tenu à Jouy-en-Josas, dans un cadre d’ordinaire réservé aux séminaires d’entreprises, en l’occurrence le salon de l’hôtel situé à l’entrée du campus d’HEC.

Le second forum se proposait d’examiner « Comment construire ensemble un territoire vivant et convivial » au regard notamment de la biodiversité, des pratiques agricoles, du patrimoine culturel et des circulations douces.

Une découverte en randonnée

Rendez-vous avait été donné à 9 h 30, à la Maison pour tous de Villiers le Bâcle, pour commencer la journée par une randonnée. Pas moins de 80 personnes de tous âges, ont répondu présent malgré la localisation du point de ralliement (Villiers le Bâcle est accessible en voiture et en car qui se font rares le samedi matin…) et les risques de pluie. L’occasion pour beaucoup de découvrir à quel point ce plateau et ses vallées se prêtaient à la marche et pouvaient réserver des surprises. La randonnée qui débutait au niveau du silo de la commune et des locaux d’Arvalis – l’institut du végétal – s’est poursuivie à travers la Réserve naturelle du Domaine d’Ors, située sur la Commune de Châteaufort et gérée avec le concours de l’Association de Défense de la Vallée de la Mérantaise et de l’environnement de Châteaufort (ADVMC), jusqu’à la miellerie de Roland Rondelet, qui, de simple amateur, est devenu apiculteur professionnel, propriétaire de trois ruchers répartis entre le Villiers le Bâcle et des villages de Gironde et du Morvan… Pour diversifier sa production, mais aussi, comme il devait le préciser, faire face aux aléas liés aux atteintes subies par les abeilles, jusque dans la vallée de la Mérantaise.

L’ensemble des randonneurs était ensuite convié à un buffet campagnard dans la cour de la Ferme Vandame. Au menu : des carottes et des betteraves assaisonnées, des salades composées de pommes de terre et d’œufs made in Plateau de Saclay (en l’occurrence de la Ferme Trubuil), sans oublier le pain produit sur place, dans le fournil de la ferme, le jus de pomme de la Ferme du Viltain, etc. Hormis les riches plateaux de fromage, le vin et la bière également proposés, tous ces produits témoignaient du potentiel des activités maraîchères et artisanales locales.

Des ateliers sur une vingtaine de problématiques

De 13 h à 19 h 30, débutait le forum ouvert proprement dit, sous la houlette de Dorian Spaak, de Mathieu Labonne et de Fanny Lièvre, de Terre & Cité, avec une affluence enrichie de la présence du président de l’Association, Thomas Joly, et de plusieurs élus locaux.

Forum ouvert ? Une méthode d’échanges, conçue il y a près de 30 ans par un Américain dénommé Harrison Owen qui, au terme d’un congrès pour consultants en organisation, s’était entendu dire d’un participant que le moment préféré avait été… la pause café, c’est-à-dire quand les participants avaient pu échanger de manière informelle. D’où son idée de créer les conditions d’un forum ouvert (open space en anglais), à la manière d’un vaste pause café, pariant sur l’intelligence collective. Cette méthode s’est depuis diffusée à travers le monde. Elle a été éprouvée aussi bien par de grandes organisations internationales, dont, excusez du peu, l’ONU, que des collectivités locales. En France, par exemple, Rennes l’a mise en œuvre pour l’élaboration de son Plan climat.

Dans la grande salle de Maison pour tous de Villiers le Bâcle, une scénographie avait ainsi été imaginée pour favoriser la créativité des participants. Seule entorse à l’esprit des forums ouverts originels : le timing. En principe, les ateliers fonctionnent à leur rythme : ils débutent et se terminent, quand les participants le jugent utile. Pour d’évidentes raisons liées aux contraintes de transport, un timing précis a été fixé pour chacune des étapes du forum.

Première étape (45 mn) : les participants se disposèrent dans un grand cercle, le temps de définir une vingtaine de sujets qui seraient ensuite répartis en deux sessions. A tour de rôle, les personnes qui le souhaitaient étaient invitées à se placer au centre du dispositif et à proposer le thème dont elles souhaitent débattre en le résumant par quatre mots sur une feuille de papier (la seule consigne qui ne sera pas respectée, les participants se montrant le plus souvent prolixes) avant de l’expliciter oralement. Les sujets étaient ensuite affichés sur un mur appelé symboliquement le « grand marché ».

Les premières propositions témoignèrent d’une réelle liberté de ton : un participant proposa de voir « comment résister au bétonnage du Plateau de Saclay », un autre de questionner la gouvernance de l’aménagement du territoire par l’EPPS (qui, pourtant, n’est autre qu’un soutien actif de l’association Terre & cité…).

D’autres propositions portèrent sur des enjeux concrets à commencer par la circulation et les mobilités, déclinées suivant les usages : comment maintenir des circulations cavalières sans rupture ? Comment démocratiser la pratique du vélo ? Une jeune femme proposa de réfléchir à la manière dont on pouvait développer les mobilités douces en dehors des transports en commun. Sous des thèmes génériques, on pouvait percevoir des préoccupations personnelles. Une salariée du CEA invita à réfléchir sur la manière de limiter la saturation du trafic… auquel elle est quotidiennement confrontée.

Puis une personne crut pouvoir constater la moindre représentation des jeunes. La salle protesta avec le sourire : c’est vrai que la majorité des participants avaient des cheveux blancs. La proposition fut affichée dans les termes suivants : « Comment impliquer les jeunes sur notre territoire ? » On apprendra par la suite que cette interrogation exprimait un vécu : la difficulté de cette personne à recruter des jeunes dans son Amap…

Au total, une vingtaine de propositions fusèrent durant le temps imparti. Force fut de constater des redondances. Qu’à cela ne tienne, le forum ouvert prévoit des possibilités de « fusions ». C’est l’option choisie notamment par les personnes qui avaient proposé de réfléchir respectivement aux conditions d’accueil des futurs habitants et des étrangers – étudiants, chercheurs… – appelés à séjourner sur le plateau et ses vallées.

Cette première étape franchie, les participants furent invités à une première série d’ateliers créatifs en rejoignant celui ou ceux de leur choix (en vertu de « la loi des deux pieds », ils pouvaient en effet passer d’un atelier à l’autre dès lors qu’ils estimaient avoir épuisé le sujet). Dans chaque atelier, une personne assurait l’animation (en principe celle qui a proposé le thème), une autre assumant le rôle de secrétaire, enfin une 3e désignée pour la restitution. L’enjeu de chaque atelier : enrichir le thème de réflexion à partir d’actions concrètes. Si donc on ne put s’empêcher d’exposer des considérations générales, très vite, chaque groupe s’efforça de pointer des initiatives découvertes ici et là, sur le territoire ou à l’extérieur, et qui gagneraient à être transposées ou amplifiées. Malgré la liberté offerte par la loi des deux pieds, on observa peu de trafic dans les salles. Les participants se prenaient manifestement au jeu. Même quand l’effectif était restreint. Des groupes de 4 à 5 personnes, qui pourtant ne se connaissaient pas, s’animèrent. Loin d’être un obstacle, les différences de génération, de parcours ou de préoccupation enrichissaient la réflexion collective, faisaient évoluer les points de vue. C’est le cas de l’atelier sur l’implication des jeunes auquel l’auteurs de ces lignes a participé.

De même l’atelier sur l’accueil des futurs habitants ou des étrangers : après avoir focalisé sur ces catégories de population, la discussion amena à renverser la perspective en portant la réflexion sur l’intérêt qu’il y aurait à surmonter l’apparent clivage entre les gens d’en bas (les vallées) et ceux d’en haut (du plateau)… Loin d’être perçu comme un handicap, le fort ancrage local a été conçu comme une opportunité dès lors qu’il allait de paire avec une vision partagée du plateau et de ses vallées qui en valoriserait ainsi son aspect d’archipel. Un pour tous et tous pour un en somme, tout en restant chez soi !

Des points de vue convergents et… contradictoires

Au bout d’une heure… Premiers sons de cloche pour informer qu’il ne restait plus qu’un quart d’heure de discussion… Sauf que l’on ne vit manifestement pas le temps passé. La cloche se fit entendre de nouveau pour signaler, cette fois, la fin de cette première série d’ateliers. Moment de pause, donc, sauf pour le secrétaire et la personne en charge de la restitution, invités à rejoindre « la salle des nouvelles », pour saisir sur ordinateur des synthèses qui devaient être ensuite affichées sur « le grand journal » aménagé sur un autre mur de la salle.

Puis, rebelote, nouvelle série d’ateliers. Soit, au total, 2 h 30 d’échanges. Vint la 3e étape, le temps de la restitution des ateliers. Nouvelles consignes : les personnes auxquelles incombait l’exercice étaient invitées à parler sans notes et en se limitant à 5 idées force. Beaucoup ne s’en accrochèrent pas moins à leur papier. L’ambiance était suffisamment studieuse et conviviale pour ne pas craindre le quand dira-t-on, ni l’expression de divergences. Ainsi des points de vue sur le projet d’élargissement de la CD 36 (pour en faire une deux fois deux voies). S’il constitue une aberration pour les uns, il était une réponse à un vrai besoin (selon la salariée du CEA).

A l’heure où nous devions partir pour regagner la Province, les participants achevaient la restitution des fruits de leurs échanges, avant de procéder au vote des quatre actions à privilégier. Une synthèse globale sera proposée prochainement par Terre & Cité, intégrant les différents travaux (y compris l’audit susmentionné). Nous ne manquerons de nous en faire l’écho.

En attendant, nous avons demandé à Sabine Chardonnet-Darrmaillacq, architecte et Maître-assistant à l’ENSA de Paris-de Malaquais, très impliquée sur le Plateau de Saclay (elle participe à des carto parties) de rendre compte de l’atelier sur l’amélioration des mobilités douces, auquel elle a participé (pour accéder à son témoignage, cliquer ici).

Les photos qui illustrent ce texte sont de Philippe Perche. Merci à lui de nous avoir autorisés à les reproduire.

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