Cap sur « Terre, notre vaisseau ». Entretien avec Assya et Christian Van Gysel

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Le 2 juillet dernier, se déroulait la finale de l’appel à idées pour la 6e édition de TEDx Saclay, qui, cette année, aura pour thème : « Terre, notre vaisseau »… Ses deux fondateurs (1ere et 3e personnes en partant de la gauche) reviennent sur les conditions d’organisation de cette finale dans le contexte que l’on sait, avec ses contraintes, mais aussi ses opportunités.

ATTENTION ! Suite au second confinement décidé par le gouvernement à compter du 31 octobre, l’édition 2020 de TEDx-Saclay a été reportée en juin 2021. Nous ne manquerons pas de vous informer au travers d’un nouvel entretien.

- Pouvez-vous, pour commencer, par rappeler l’enjeu de la finale de l’appel à idées, organisée le 2 juillet dernier ?

Christian Van Gysel : Il s’agissait de sélectionner cinq des douze candidats dans chacune des catégories que nous avons créées au fil du temps – pour mémoire : « doctorant-chercheur », « étudiant », « entrepreneur », « passionné », enfin, « artiste ». L’appel à idées a été instauré à l’occasion de la 2e édition. Il s’organisait alors autour d’un vote public et d’un vote jury, sans distinction de catégories. Celles-ci ont été introduites à partir de 2017. La catégorie « passionné » nous est venue à l’idée en constatant que des candidats n’entraient dans aucune des trois premières (doctorant-chercheur, étudiant et entrepreneur). Celle d’artiste a été introduite en 2019.
Rappelons encore que les cinq personnes interviennent au même titre que les autres intervenants, parmi lesquels on compte cette année rien moins qu’un prix Nobel (Gérard Mourou), une médaille Fields (Cédric Villani), la présidente de l’Université de Paris-Saclay (Sylvie Retailleau), un célèbre chef cuisinier (Thierry Marx)…

- Reconnaissons qu’il y a une certaine audace à réunir ainsi, dans un même panel, des « anonymes » et des personnalités de renom international…

Assya Van Gysel : TEDx Saclay, c’est précisément cela, un désir de diversité et d’inclusion. D’ailleurs, cette année nous avons pris le parti d’annoncer l’ensemble des speakers de l’édition 2020, sans distinction entre les « personnalités » et les autres. Ce souci de diversité et d’inclusion se retrouve dans la composition même de l’équipe d’organisation, qui compte aussi bien des étudiants que des employés, des retraités, des entrepreneurs…

Christian Van Gysel : Ce désir a depuis toujours dicté la composition de la liste d’intervenants, mais cette année, force est de constater que le spectre de profils et de parcours n’a jamais été aussi large.

Assya Van Gysel : J’ajoute que, cette année, nous sommes enfin parvenus à la parité et même plus, si je puis dire, puisque on compte sept femmes pour cinq hommes…

- Dans quelle mesure cette diversité, volontaire, ne reflète-t-elle pas aussi la richesse humaine de l’écosystème ?

Christian Van Gysel : Indéniablement, la diversité de notre panel lui doit beaucoup. Je ne connais pas beaucoup d’autres écosystèmes, qui, comme lui, permettraient de réunir tout à la fois un prix Nobel, une médaille Fields, la présidente d’une grande université, etc.

- Pour autant, vous n’en regardez pas moins au-delà, en conviant des intervenants issus d’autres écosystèmes…

Assya Van Gysel : En effet. D’ailleurs, parmi la douzaine d’intervenants, trois n’ont pas de lien direct avec l’écosystème : Églantine Éméyé (animatrice-journaliste, présidente de l’Association Un Pas Vers la Vie) ; Inès Leonarduzzi (une jeune influençeuse et CEO de @DigitalForPlanet) et Cécile Monteil (pédiatre et Fondatrice de Eppocrate).

- Comment avez-vous pu organiser cette finale dans le contexte de déconfinement ?

Christian Van Gysel : Nous l’avons organisée à la Terrasse Discovery +x. Alors qu’elle peut contenir jusqu’à 200 personnes, nous nous sommes limités à une cinquantaine de personnes en présentiel : les membres de l’équipe d’organisation et les candidats. Le public était invité à participer via Zoom et Klaxoon, un outil utilisé par les professionnels ayant besoin de brainstormer (il facilite l’interactivité en permettant de déposer des selfies, de se livrer à des questions-réponses, d’établir des murs de mots…). Nous y avions déjà eu recours en 2017 pour réfléchir avec d’autres sur le Village de l’innovation de TEDx Saclay. Cette fois, nous l’avons utilisé à une plus grande échelle.

- Combien de participants avez-vous pu enregistrer ?

Christian Van Gysel : Plus de 1 200 personnes (1 222 exactement) s’étaient inscrites pour plus de 700 effectivement connectés. Des chiffres très largement supérieurs à ceux des éditions précédentes (de l’ordre de 200 inscrits pour une centaine de personnes en présentiel). Il leur suffisait de s’inscrire au système de vote. Au final, le recours à Zoom, Klaxoon et d’autres outils de ce genre aura eu un avantage évident : casser les barrières physiques et même internationales. Parmi les participants, nous en avons compté plusieurs d’Amérique du Nord et du Sud, des Antilles, etc.

Assya Van Gysel : Nous avons même été honorés de la participation du Consulat de France à New York !

Christian Van Gysel : Ainsi, nous avons atteint un des objectifs, qui nous est cher : faire connaître l’écosystème de Paris-Saclay à l’international. Manifestement, nous-mêmes sommes devenus une référence dans l’univers des TEDx au point que des gens ont envie de participer à la sélection de nos intervenants, qu’ils fassent partie ou non de l’écosystème.

TEDxSaclay juillet2020Team- Et en amont de la finale, durant la période de confinement, comment vous y êtes-vous pris pour avancer dans votre organisation ?

Assya Van Gysel : Comme tout le monde, nous avons eu recours à Zoom. Là encore, cela a permis d’obtenir la participation de plus d’I-connecteurs à nos réunions (une quarantaine au lieu d’une quinzaine en temps normal).

- Ne vous a-t-il pas fallu vous adapter à ce mode d’échange, par écran interposé ?

Assya Van Gysel : Christian et moi avons la chance de travailler dans une entreprise, Nokia, qui encourage le télétravail. Nous avons donc une longue expérience des visioconférences. Cela fait partie de notre quotidien professionnel. Je constate que cela fonctionne aussi pour les cours de Yoga que je donne par ailleurs.

- Faut-il entendre que le présentiel est à terme condamné au profit du virtuel, y compris pour la soirée TEDx Saclay ?

Christian Van Gysel : Je n’opposerai pas virtuel et présentiel. Le premier nous a certes bien rendu service. Mais, évidemment, le second est irremplaçable pour vivre collectivement un événement. Le monde du sport le montre bien : c’est une chose d’assister à un match depuis un écran de TV chez soi ou dans un café, c’en est une toute autre que de le vivre depuis les tribunes d’un stade au milieu de milliers de personnes. Certes, le téléspectateur vivra aussi des émotions, mais ce ne seront pas les mêmes… Ce qui a clairement manqué, au cours de la finale, c’est cette ambiance si particulière, liée à la présence de dizaines et de dizaines de personnes qui interagissent en communiquant leurs émotions.

- Bref, ça ne « résonne » pas pareil, pour en revenir au thème de l’an passé… Il faut donc entendre que TEDx Saclay restera toujours TEDx Saclay avec un public nombreux présent sur place et d’autres personnes qui le suivront depuis différents endroits ?

Assya Van Gysel : Oui, bien sûr. Sans quoi il manquerait cette relation privilégiée qui se noue entre le public et les intervenants. A ce propos, je ne peux m’empêcher de repenser à la conteuse Sylvie Mombo, qui était intervenue à la toute fin de l’édition 2017, après onze intervenants, donc, sans compter les intermèdes, soit 3 h et demie plus tard. On aurait pu craindre que l’attention du public ne flanche. D’autant que les sièges n’étaient pas spécialement confortables. Eh bien non ! A peine Sylvie fut-elle entrée sur scène, qu’elle captait son attention. Quelque chose que vous ne percevez pas depuis un écran !

- Venons-en au thème : « Terre, notre vaisseau », qui, depuis que vous l’avez annoncé, a pris une… résonance particulière. Comment y êtes-vous venus ?

Assya Van Gysel : J’avais en tête un thème lié à la terre, mais je ne trouvais pas le mot exact. Un jour, j’ai entendu quelqu’un parler de nous autres humains comme d’être vivants embarqués sur un même vaisseau, la Terre donc. Une métaphore qui a fait aussitôt tilt dans mon esprit : elle disait bien que notre planète n’était plus aussi vaste qu’on pouvait le croire au sens où, désormais, la moindre action produite ici peut avoir des répercussions à des milliers de km. A l’époque, la pandémie ne s’était pas encore déclarée. Pour mémoire, nous avions annoncé le thème dès novembre 2019, à l’issue de la précédente édition de TEDx Saclay.

Christian Van Gysel : Un thème qu’Assya mûrissait déjà depuis plusieurs mois. C’est dire si elle avait anticipé très en amont la situation que nous vivons maintenant.

Assya Van Gysel : A l’époque, nous étions à mille lieues d’imaginer la pandémie et les chamboulements qu’elle provoquerait. Mais, déjà, nous avions de multiples exemples de situations, qui montraient que nos actes pouvaient avoir des répercussions bien au-delà de là où nous habitions. Notre responsabilité vis-à-vis des autres s’en trouve d’autant plus engagée. La couche atmosphérique qui a permis à la vie de se développer ne fait que quelques km d’épaisseur, autant dire rien à l’échelle de l’espace. Depuis longtemps, je réfléchissais donc à un thème qui soit l’occasion de traiter de la Terre comme d’un lieu à la fois plus fragile et restreint qu’on ne l’imagine. Mais je ne parvenais pas à trouver la bonne formule, jusqu’à ce jour où j’ai entendu évoquer la métaphore du vaisseau, qui suggère bien l’idée d’une planète perdue au milieu de l’espace et dont il nous faut prendre soin en étant plus attentif à y préserver la qualité de l’air, de l’eau…

- Depuis, le thème a pris une dimension particulière avec la pandémie….

Christian Van Gysel : En effet, il aura suffit qu’une Covid émerge quelque part en Chine pour que tout le reste de la planète soit affecté, que nos vies quotidiennes soient toutes impactées…

Assya Van Gysel : On a beau savoir que le monde est devenu un village, on peine encore à imaginer que nos destins sont liés. Souvenez-vous : au début, quand on a commencé à parler de la Covid-19 en France, l’écrasante majorité des gens pensaient qu’elle ne nous concernerait pas. Pourtant d’autres crises nous avaient alertés sur les risques de transmission de maladies en direct ou via la chaîne alimentaire.
La pandémie nous a confortés, Christian et moi, dans l’idée de faire le point sur ce à quoi pouvait servir TEDx Saclay, qui en était à ses cinq ans existence. Faire un événement pour le plaisir de faire un événement n’a guère d’intérêt en soi. Au début du confinement, nous avons, avec l’équipe, brainstormer autour des raisons d’être de notre TEDx.

- Et alors, qu’elles sont les raisons d’être sur lesquelles vous vous êtes accordés ?

Assya Van Gysel : Nous en avons distingué trois principales. La première : rayonner de nouvelles idées, soit la vocation même des TEDx. La deuxième : connecter les gens et ce, bien au-delà du temps de l’événement. De fait, avec le recul, force est de constater que des personnes qui font connaissance lors d’une édition gardent contact et font des choses ensemble. Dernier exemple en date : les deux musiciens intervenus lors de la précédente édition, pendant les intermèdes. Ils ne se connaissaient pas et n’avaient pas forcément de choses à se dire : l’un pratiquait de la musique japonaise traditionnelle, l’autre, de la musique électronique. Pourtant, depuis, ils sont restés en contact et co-produisent même ensemble désormais. Je pourrais tout aussi bien vous citer vous, Sylvain, qui avez publié ouvrage avec la conteuse Sylvie Mombo, intervenue lors de l’édition 2017. Voilà ce que j’entends par connecter.

- Et la 3e raison d’être, qu’elle est-elle ?

Elle consiste à inspirer pour l’action. Si, à l’issue de chaque édition, au moins 20% en ressortent avec l’envie de se retrousser les manches, de faire quelque chose, nous estimons que TEDx Saclay a rempli en grande partie sa mission. Les trois raisons d’être vont cependant ensemble : à travers elles, il s’agit de constituer une communauté aussi vaste que possible, à même d’influencer le cours des choses.

- Un mot maintenant sur le lieu où se déroulera la prochaine édition, le Grand Dôme, à Villebon-sur-Yvette. Comment s’est fait ce choix ?

Assya Van Gysel : Comme souvent, avec TEDx Saclay, c’est le fruit d’un concours de circonstances… Je veux dire un effet de sérendipité !

Christian Van Gysel : Nous participions à une soirée de la communauté d’agglomération Paris-Saclay organisée au centre national de Rugby sur le thème de l’entrepreneuriat. Je me suis retrouvé à discuter avec Igor Trickovski [vice-président communautaire et maire de Villejust], qui m’a informé que ce lieu venait de rouvrir. On ne pouvait pas trouver meilleur endroit : on y entre par une rampe, qui donne l’impression de pénétrer dans une soucoupe volante. On pourrait d’ailleurs imaginer le soir de TEDx Saclay, d’y faire entrer le public au milieu de fumigènes, pour créer la sensation d’un décollage imminent !

- Combien de personnes peut-il accueillir ?

Christian Van Gysel : Jusqu’à 5 600. Nous visons 3 000…

- Soit plus de trois fois la jauge du lieu où se déroulait la précédente édition (l’Opéra de Massy)…

Christian Van Gysel : Oui, sachant aussi que nous disons 3 000 pour ne pas affoler l’équipe. Mais, bien sûr, si nous pouvions aller jusqu’à 5 600… (rire).
A la différence des lieux précédents, le Grand Dôme n’est pas encore équipé pour recevoir un événement comme le nôtre. Il nous faudra donc solliciter des prestataires et fournisseurs via des appels d’offre, pour en assurer l’éclairage, la sono, etc. Soit une charge de travail supplémentaire par rapport aux éditions précédentes. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Assya Van Gysel : Malgré ces contraintes, ce lieu a une âme qu’on ressent dès qu’on y pénètre. On y est accueilli par un portrait de Jigoro Kano, le fondateur japonais du judo (le lieu abrite la Fédération française de cette discipline)…

- A un titre plus personnel, comment avez-vous vécu le confinement ?

Christian Van Gysel : Ce qui m’a le plus gêné, au début, c’est ce sentiment de jours qui se succédaient en se ressemblant. Et pour cause, nous n’avions plus la possibilité de varier les plaisirs en sortant le soir, pour voir des amis, aller au cinéma… Loin de moi de me plaindre pour autant. Pour gérer des équipes à travers le monde, je peux témoigner du fait que des populations sont encore soumises à des confinements autrement plus stricts et plus longs que celui que nous avons vécu. Je pense tout particulièrement à mes collègues indiens, qui sont confinés depuis quatre mois et je crains pour eux que le confinement ne dure encore des semaines voire des mois.

Assya Van Gysel : Pour ce qui nous concerne, nous nous en sommes sortis en respectant des rituels au sein de notre ménage comme ce Tea time auquel vous participez, ou encore une séance yoga et de méditation, chaque matin. Avec l’équipe TEDx Saclay, nous avons programmé une réunion hebdomadaire, le mardi soir, en plus de la réunion programmée tous les quinze jours, le vendredi soir, dans un esprit convivial – en principe chacun apporte quelque chose à grignoter ; pour cause de confinement, nous avons organisé des apéritifs à distance. Au final, je ne pense pas que notre productivité en ait été affectée, au contraire. Si j’ai pâti de quelque chose, c’est du manque d’interactions sociales « en vrai ».

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