Bien plus qu’un kit. Entretien avec Célia Zyla et Didier Lebert

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Suite de la présentation de l’UEA à travers de deux ses membres : Célia Zyla et Didier Lebert, respectivement coordinatrice de la formation KITE dédiée à l’entrepreneuriat et au management de projets innovants, et Didier Lebert, professeur associé.

Pour accéder au premier volet de présentation de l’UEA de l’ENSTA ParisTech (l’entretien avec son directeur, Richard Le Goff), cliquer ici.

- Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour commencer ?

Célia Zyla : Je finis actuellement une thèse en économie industrielle, à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en cotutelle avec la Scuola Superiore Sant’Anna de Pise. J’ai rejoint l’ENSTA ParisTech en 2014 pour participer à la nouvelle formation à l’entrepreneuriat KITE. Mon intégration s’est faite d’autant plus naturellement que je connaissais déjà l’équipe dont les membres ont tous un lien avec mon université de rattachement.

Didier Lebert : Docteur en économie de l’Université Paris 1, j’ai également poursuivi des formations pré-doctorales aussi bien en économie (à Paris 1 et Nanterre) qu’en sociologie (à Paris-Dauphine). J’ai ensuite été chargé de recherche au Centre d’Economie de la Sorbonne (CES). J’ai rejoint l’ENSTA ParisTech en 2009, à l’occasion de la création de son unité d’enseignement et recherche en économie appliquée (UEA), sous la houlette de Richard Le Goff.

- Comment l’idée de KITE a-t-elle germé ?

Didier Lebert : KITE, qui a été mise en place en 2014, est en fait l’aboutissement d’initiatives successives. Les premières sont intervenues dès 2010, avec la volonté de la direction de l’ENSTA ParisTech, assurée à l’époque par Yves Demay, de transformer les enseignements de 3e année en droit, économie et gestion. Ces enseignements étaient dispensés de manière magistrale et pour tout dire théorique. Une première évolution a consisté à les rendre plus concrets à partir d’une démarche projet.
La réflexion engagée avec la direction de la formation et de la recherche a ensuite très vite abouti sur la mise en place, dès 2012, de la Formation à l’Innovation, au Management et à l’Entrepreneuriat (FIME). L’idée était de donner un fil rouge à l’ensemble des enseignements en droit, économie et gestion, à travers le management d’un projet innovant, la création ou la reprise d’une entreprise. En 2013, nous nous sommes demandé pourquoi nous n’ouvrions pas cette formation à des élèves volontaires de 3e année, qui complèteraient ainsi l’effectif traditionnel, composé principalement d’élèves de Polytechnique et de l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis (ENIT). Nos élèves ont de toute façon à mener ce qu’on appelle un « projet autonome » dont ils doivent eux-mêmes définir le contenu. Tout naturellement, nous avons proposé de mettre à disposition les outils dispensés dans le cadre de la formation FIME de façon à leur permettre de mener aussi plus loin possible le projet qui leur tenait à cœur. Puis est intervenue la transformation de FIME en KITE. C’est à ce stade qu’intervient Célia Zyla !

- Comment avez-vous appréhendé le fait de devoir vous rendre au Plateau de Saclay ?

Célia Zyla : C’est vrai que c’était un changement important pour moi car, jusqu’à présent, j’avais toujours travaillé près de mon domicile. Mais le fait de pouvoir participer, alors que je suis encore en thèse, à la mise en place d’une formation, de surcroît dans le domaine de l’entrepreneuriat et du management de projets innovants, je le vis comme une chance.

- Mais quelles compétences aviez-vous dans l’entrepreneuriat ?

Célia Zyla : Initialement, j’ai intégré l’UEA pour suivre le programme de recherche IINTERREG de l’Union européenne, CleanTech Incubation in Europe (CIE) dont l’unité est partenaire. Ce programme de recherche consistait notamment à établir un benchmark international des bonnes pratiques d’incubation dans le domaine des cleantech. A force d’en discuter, l’idée nous est naturellement venue de proposer une formation qui en valoriserait les résultats et le réseau de partenaires.

- Si vous deviez caractériser KITE ?

Célia Zyla : KITE (pour Knowledge Innovation neTwork Entrepeneurship) se veut être un enseignement transversal au sens où il se superpose à l’ensemble des filières de 3e année (pour mémoire : transports ; énergie et environnement ; ingénierie mathématique et ingénierie physique ; ingénierie des systèmes). Il permet ainsi à nos élèves-ingénieurs de se croiser et de s’associer en fonction des compétences dont ils ont besoin pour mener à bien leur projet autonome. Ils ont, rappelons-le, le choix entre deux parcours : le parcours « Entrepreneuriat » de création et reprise d’entreprise, ou le parcours « Management » axé, lui, sur le développement et la conduite de projets au sein de grands groupes industriels.

- Qu’est-ce qui a déterminé le passage de FIME à KITE ?

Célia Zyla : En 2013-2014, FIME n’a accueilli qu’un seul volontaire. Le contenu de la formation n’était pas en cause. En revanche, elle était clairement mal positionnée dans le calendrier : elle contraignait à rester plus longtemps et donc à repousser la date de démarrage de son stage de fin d’études avec le risque de ne pas en trouver un d’intéressant. C’est du moins le retour que les élèves nous ont fait et que nous nous sommes empressés de prendre en considération.

Didier Lebert : Nous avons obtenu de la direction de l’ENSTA ParisTech de remonter la formation dans le calendrier. C’est ainsi qu’une nouvelle formation a pu être proposée – KITE, donc – dès la rentrée suivante. Elle peut désormais être suivie en parallèle à la 3e année et non plus en décalage. Désormais, les élèves commencent à définir leur projet autonome dès septembre (et non plus en février) pour le présenter fin mars (et non plus en avril). Nous avons par ailleurs élargi le public, en sollicitant les élèves sur la base du volontariat. Le passage de FIME à KITE est bien plus qu’un changement de calendrier ou même de nom.

Célia Zyla : Je me permets de souligner que les anciens élèves ont dit combien ils avaient été satisfaits de voir leur avis pris en considération !

Didier Lebert : Leur retour nous importe beaucoup, convaincus que nous sommes que plus les élèves s’impliquent dans la vie de l’établissement, plus les dynamiques s’enclenchent facilement et plus nous serons en mesure de répondre à leurs besoins plutôt qu’à leur dire ce qu’ils doivent faire.

- Et les effectifs, comment ont-ils évolué ?

Célia Zyla : Ils ont doublé. FIME comptait 25 élèves (dont un unique volontaire), KITE, une cinquantaine, sur les quelques 161 inscrits en 3e année.

- Parmi les projets, certains portent sur la création de start-up, ce qui suppose une prise de risque importante. Dans quelle mesure êtes-vous outillés pour les accompagner ?

Didier Lebert : Les élèves ne partent pas seuls, mais travaillent en équipe : laquelle peut comporter jusqu’à cinq personnes, a priori de filières différentes, ce qui permet de s’appuyer sur d’autres compétences que les siennes.

Célia Zyla : Et puis la création d’entreprise n’est, répétons-le, que l’un des deux parcours proposés, avec le management d’un projet innovant. Sur les 50 élèves inscrits, la moitié opte pour ce parcours. Dans le retour qu’ils nous ont fait en fin d’année, les élèves nous ont d’ailleurs fait remarquer que nous insistions trop sur la création d’entreprise et pas assez sur ce type de projet qu’ils peuvent pourtant « vendre » ensuite à un grand groupe industriel ou l’y mener, dans une logique plus intrapreneuriale, donc.

Didier Lebert : Etre capable de manager des projets innovants au sein d’une organisation est une autre qualité appréciée des industriels : cela suppose de savoir convaincre un comité d’investissement de développer une filiale ou une business unit en y mettant les moyens humains, techniques et financiers nécessaires. Une situation plus fréquente aujourd’hui avec cette tendance des grands groupes à s’organiser autour de multiples unités que nos ingénieurs devront, tout salariés qu’ils sont, savoir manager comme s’ils étaient leur propre patrons.

- A quoi peut ressembler un projet issu du parcours management ?

Célia Zyla : En voici un exemple : il concerne l’aménagement d’un transport urbain par câble. Il est clair que l’équipe qui a formulé cette proposition ne créera pas de start-up pour le réaliser. En revanche, elle sera opérationnelle pour y participer. Je pense aussi à Ecocard, un agrégateur d’initiatives en matière de développement durable, à l’échelle de l’Université Paris-Saclay, qui permettrait de cumuler des points chaque fois qu’on adopte une attitude éco-responsable. Au passage, vous noterez combien ces propositions peuvent être inspirées par des problématiques du Campus de Paris-Saclay !

Didier Lebert : Nous pourrions aussi citer le projet d’aménagement de l’ancienne gare de Massy-Palaiseau pour en faire un lieu facilitateur pour les travailleurs mobiles. On pourrait multiplier les exemples qui témoignent du rôle particulièrement moteur de nos élèves dans la création de synergies avec des acteurs du territoire et l’inscription de l’UEA dans l’écosystème de Paris-Saclay.

Célia Zyla : Les projets de start-up ne sont pas en reste : ils répondent aussi à des problématiques du Plateau de Saclay : je pense à deux des lauréats des premiers Prix KITE : GroupEat ou Smartbike [pour en savoir plus, cliquer ici ].

- Quelle est la part, dans l’évolution de votre offre pédagogique, entre le développement endogène (lié à la dynamique propre à l’ENSTA ParisTech) et le développement exogène (lié au contexte de Paris-Saclay) ?

Didier Lebert : Je pense que, même si nous étions restés à Paris, dans le XVe arrondissement, cette évolution aurait quand même eu lieu. Mais nul doute aussi que le contexte de Paris-Saclay a donné un coup d’accélérateur. L’inclusion de KITE dans la 3e année a été rendue possible grâce aux différentes initiatives en faveur de l’entrepreneuriat et de l’innovation. Nous participons activement aux événements du Pôle Entrepreneuriat Innovation de Paris-Saclay (PEIPS), tout en en suscitant nous-mêmes, que nous ouvrons à tous les étudiants de l’Université Paris-Saclay. Nous fréquentons les lieux innovants (dont le PROTO204) ; participons aux initiatives de la Fondation de Coopération Scientifique (FCS) Campus Paris-Saclay aussi bien que de l’Etablissement public de Paris-Saclay (EPPS). Il importe de préciser que nous ne partions pas de rien. Avant même son implantation à Paris-Saclay, l’école participait à un certain nombre d’initiatives dont la création de PEEPS, en 2010, suite à l’appel à projets du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Célia Zyla : Précisons encore que KITE s’associe à plusieurs événements organisés sur le Plateau de Saclay. Nos élèves-ingénieurs ont participé à la 1re édition de Start-Up Idol lors du Business Angels Day, organisé conjointement avec l’association Start in Saclay. Nous avons été partie prenante du cycle « Masters & Mentors » au PROTO204, pris part à la Journée Entrepreneuriat Etudiant (JEE), etc.

- Quelle sera la prochaine étape ?

Didier Lebert : En plus de KITE, nous proposerons à la rentrée prochaine une filière spécifique à la création entrepreneuriale ou intrapreneuriale. Seuls cinq étudiants seront retenus à partir d’un recrutement très sélectif : nous examinerons leur motivation, leur maturité – il faut avoir les épaules solides pour monter ce genre de projet ! – leur aptitude à agréger des compétences, à travailler en équipe. Ils bénéficieront toujours d’un parcours à dominante technologique et scientifique avec des enseignements adaptés à leur projet. Ils ne suivront donc que les cours en lien direct avec ce dernier. Ce ne sera pas pour autant un enseignement à la carte. Nous serons à leur côté pour établir leur programme. Eventuellement, des cours pourront être suivis à l’extérieur de l’ENSTA ParisTech si nous considérons qu’ils peuvent leur être utiles, à Paris-Saclay et même au-delà, en Europe en mobilisant le réseau du CleanTech Incubation in Europe. Nous nous réservons cependant le droit de prendre moins d’élèves voire de renoncer à ouvrir la formation dès cette année si aucun candidat ne réunissait les critères. Ce que nous saurons en juin prochain.

Légendes des photos : Didier Lebert (en illustration de cet article) ; la première promotion KITE (en Une, grand format) ; Célia Zyla (en Une, petit format).

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