Bien-être au travail : retours d’expériences. Entretien avec Nicolas Dortindeguey

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Suite et fin de nos échos au 5e séminaire du WAWlab organisé le 4 juillet dernier et qui se proposait de donner à entendre des retours d’expériences d’organisations (entreprises, collectivités, associations…), à travers le témoignage d’un des cofondateurs de ce laboratoire du bien-être au travail.

- Pour commencer, pouvez-vous rappeler l’ambition de ce séminaire ?

Pour cette édition 2019 de notre séminaire, qui marquait la 5e année d’existence du WAWlab, nous souhaitions privilégier des retours d’expériences d’acteurs du Plateau de Saclay. Jusqu’ici, nous faisions venir à nos séminaires comme à nos ateliers, principalement des professionnels qui présentaient des méthodes ou des approches disciplinaires. Cela faisait cependant longtemps que l’idée nous trottait dans la tête de faire du WAWlab un espace de partage de bonnes pratiques. C’était d’ailleurs dans notre intention initiale. Cette édition 2019 aura donc été l’occasion de le faire enfin, en donnant la parole à des représentants d’entreprises (GE Healthcare, Nokia…), mais pas seulement : nous avons aussi sollicité les témoignages d’une collectivité (la Communauté Paris-Saclay) et d’associations (dont ViTaCiTé, à travers le témoignage de Fabienne Schrempp, sa directrice, et d’une de ses stagiaires, Nasyban, qui a exprimé ses attentes en tant que future salariée). Chacune a expliqué ce qu’elle avait mis en place, concrètement, et avec quels résultats.

- Un mot sur la 5e année d’existence du WAWlab. C’est un cap tout sauf anodin pour les jeunes entreprises. Qu’en est-il de votre association ?

Disons que nous sommes à la croisée des chemins. Cinq années, ce n’est effectivement pas rien. Mais autant le reconnaître, nous en sommes toujours à réfléchir à notre modèle économique. Jusqu’à présent, l’inscription à nos séminaires comme à nos ateliers, était gratuite (hormis un de nos tout premiers séminaires). Cette année, nous avons demandé des frais de participation (15 euros). Surtout, nous avons fini par adopter un statut associatif. En plus de nous permettre d’émettre des factures, il nous ouvre la possibilité de recevoir des subventions.

- Quel public êtes-vous parvenu à attirer dans vos ateliers et séminaires ?

De nombreuses personnes nous suivent depuis des années. La plupart de nos ateliers drainent du monde. Cependant, au cours de ces deux dernières années, force a été de constater qu’ils étaient fréquentés par beaucoup de coaches ou consultants, qui y viennent manifestement pour chercher de l’information pour leur compte personnel ou pour se faire connaître (ce qui est bien d’ailleurs!). Tant et si bien que nous nous sommes ré-interrogés sur la finalité de notre « laboratoire du bien-être », qui, comme je le rappelais, avait d’abord vocation à permettre aux acteurs du Plateau de Saclay d’échanger entre eux, autour de leurs expériences et de leurs propres interrogations. En cinq ans, le territoire a beaucoup changé. Il nous faut donc nous-mêmes évoluer sinon réajuster les choses.

- Personnellement, je trouverais intéressant que le WAWlab soit un lieu de dialogue entre le monde de la recherche et le monde des organisations (entreprises, institutions, associations, collectivités…) ayant développé elles-mêmes une forme d’expertise sur les problématiques du bien-être au travail…

Cette suggestion est-elle un début de réponse à ce qu’il faudrait faire pour faire venir/revenir davantage d’acteurs du Plateau de Saclay ? A priori, cela correspond bien à ma manière de nourrir ma propre réflexion sur le bien-être au travail : je suis les travaux de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité), de l’ANACT (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail), du Mars-lab…

- En attendant, quels sont les principaux enseignements que vous tirez du séminaire que vous venez d’organiser ?

J’ai été d’autant plus agréablement surpris que je ne connaissais pas tous les intervenants et découvrais même certains des témoignages en même temps que le public. Car l’esprit WAWlab, c’est aussi cela : prendre le risque d’inviter des personnes qu’on ne connaît pas a priori, d’ouvrir ses portes sans idées trop préconçues, encore moins de préjugés sur des intervenants potentiels. Personnellement, j’aime bien aussi profiter du WAWlab pour découvrir des têtes nouvelles et par-là même d’autres approches – je pense en particulier à celles dont ont témoigné les représentants de l’UFR STAPS et du SIAPS (Service inter-universitaire des activités physiques et sportives) de l’Université Paris-Sud.
Je connaissais bien évidemment Lynn [Chauveau] de Nokia, venue présenter « Helping Hands » [un programme permettant aux collaborateurs de Nokia de proposer des actions caritatives et d’être accompagnés dans leur mise en œuvre] ou encore Marianne Gaulhet, de GE Healthcare, une fidèle du WAWlab – elle a assisté à de nombreux ateliers ; elle était même déjà intervenue par le passé dans l’esprit de ce que nous voulions, en témoignant de ce qu’elle faisait concrètement au sein de son entreprise, mais aussi, ainsi qu’elle l’a reconnu, pour puiser de l’inspiration et nourrir sa propre réflexion. Comme elle l’a montré, elle a réussi à mettre en place des initiatives et des actions concrètes directement inspirées de ce qu’elle a entendu dans nos séminaires et ateliers. Ce dont, au WAWlab, nous sommes particulièrement heureux, car cela illustre parfaitement l’intention première qui était la nôtre au moment de le créer.

- Quelle autre intervention a retenu votre attention ?

J’ai particulièrement apprécié l’intervention du DRH de la Communauté Paris-Saclay et de sa collègue, qui correspond aussi à ce que nous voulions faire au départ : solliciter les témoignages de responsables RH des entreprises du territoire. Force nous a été de constater que ce n’a pas été forcément les personnes les plus faciles à mobiliser. Leur agenda ne leur permet pas de répondre toujours à des sollicitations extérieures. Mais il n’y a pas que cela : manifestement, ceux que nous avons sollicités ne se retrouvaient pas forcément dans les approches que nous promouvions. Nous sommes d’autant plus reconnaissant à nos deux intervenants d’avoir pu trouver le temps de venir et manifesté un intérêt pour des démarches innovantes.

- Il n’est pas jusqu’à l’apport de la philosophie, à laquelle vous avez fait place…

Oui, à travers l’intervention d’Alexandre Parodi et d’Elsa Novelli, venus présenter leur revue, Opium Philosophie. Elle a été l’occasion de rappeler combien la philosophie peut nous être utile y compris pour traiter des problématiques du bien-être au travail en entreprise ou sur des enjeux connexes, comme l’attention, un sujet qui nous tient particulièrement à cœur.  Au final, le programme a pu paraître éclectique, mais cela était délibéré. Nous souhaitions croiser les regards d’universitaires, d’entreprises et d’associatifs.

- Rappelons que ce séminaire se déroulait dans un amphithéâtre de l’école CentraleSupélec…

On aborde-là un autre rêve que nous avions depuis longtemps. Nous avions déjà pu y organiser un atelier cet hiver (sur la naturopathie, avec Marie Ros-Guézet). C’est un lieu particulièrement sympa. Depuis que je l’ai découvert, l’année dernière, j’y suis retourné souvent rien que pour le plaisir de baigner dans l’ambiance d’un campus, au contact d’étudiants. Quelque chose de rafraîchissant, qui redonne de l’énergie !

- L’occasion aussi de rappeler que le bien-être au travail concerne tout autant les actifs que les étudiants…

Et quoiqu’en pensent de prime abord ces étudiants ! Pour ma part, je suis convaincu qu’il y aurait beaucoup à faire pour améliorer leurs propres conditions de travail. D’ailleurs de grandes écoles commencent à se saisir du sujet. Nous réfléchissons nous-mêmes à des projets d’accompagnement pour les étudiants, pendant leurs études. En tout cas, nous ne demanderions qu’à leur faire profiter de l’expérience de notre « laboratoire ».

- En attendant, en quoi va consister la suite ? Quels sont vos prochains rendez-vous ?

Des personnes sont de plus en plus nombreuses à se dire prêtes à se mobiliser pour nous aider, identifier des intervenants. C’est forcément encourageant. Nous avons déjà recueilli plusieurs propositions pour la rentrée. A défaut de dates précises, je peux vous annoncer quelques-unes des thématiques que nous souhaiterions traiter ou sur lesquelles nous souhaiterions revenir dans nos prochains ateliers : la mixité sociale, la pleine conscience, les techniques psycho-corporelles ou encore, quitte à paraître un peu provocateur, la joie au travail.
Au-delà de la programmation, nous comptons poursuivre notre réflexion sur la finalité du WAWlab et la définition d’un modèle économique viable, car c’est ce qui conditionnera sa pérennité. Il est clair qu’on ne peut plus fonctionner comme nous l’avons fait depuis cinq ans. Rien que de plus naturel, après tout. Comme toute organisation, il nous faut gagner en maturité.

- Je ne peux m’empêcher de voir dans votre démarche un esprit start-up, consistant en l’occurrence à savoir se remettre en question pour s’adapter, de manière itérative, à un contexte qui ne cesse d’évoluer…

De fait, en cinq ans, Paris-Saclay a beaucoup changé, ainsi que je le disais tout à l’heure. Il nous faut tenir compte de cela et savoir évoluer nous-mêmes en conséquence. Vers quoi ? Pour l’heure, rien n’est encore arrêté. Nous en discutons entre nous, les membres de l’équipe (passée de trois à sept personnes). Nous n’avons pas tous les mêmes idées quant au mode opératoire à adopter, et c’est très bien ainsi : car c’est par le débat qu’on fait avancer des idées et qu’on trouve des solutions originales. Sans doute nous faudra-t-il aussi réfléchir à de nouveaux lieux, car malheureusement, ainsi que nous l’avons appris, le PROTO204 est actuellement fermé. Mais une chose est sûre : nous comptons bien rester le laboratoire du bien-être au travail de Paris-Saclay et continuer à y proposer à ses acteurs des ateliers et séminaires.

A lire aussi les entretiens avec Fatima Bakhti, co-fondatrice du WAWlab (pour y accéder, cliquer ici) et Alexandre Parodi, étudiant, contributeur à la revue Opium Philosophie (cliquer ici).

Un grand merci à Mona Dortindeguey pour les photos illustrant l’article.

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