Auticiel, prix du jury de Paris-Saclay Invest 2015

AuticielPaysage
Suite de nos échos à la 5e édition 2015 de Paris-Saclay Invest, qui s’est tenue le 1er juillet dernier, avec, cette fois, le témoignage de Sarah Cherruault, CEO d’Auticiel, la start-up lauréate du prix du jury.

- Si vous deviez pitcher en quelques secondes le concept de votre start-up ?

Auticiel conçoit des solutions numériques sur tablettes pour accompagner les personnes qui ont un handicap, mental ou cognitif, vers l’autonomie et l’apprentissage. Fondée en 2013, à Evry, en Essonne, la start-up compte déjà cinq salariés et réalisera cette année 46 kilos d’euros de chiffre d’affaires (plus de 200 sont prévus en 2016).

- Comment en êtes-vous venue à la créer ?

C’est une histoire de sérendipité !

- Comme c’est étrange !

Vous connaissez cette notion ?

- Oui, le Média Paris-Saclay s’en est fait régulièrement l’écho, considérant que c’est précisément une vertu du cluster de Paris-Saclay. Comment la définissez-vous ?

C’est le heureux hasard de la rencontre, exactement ce que nous avons vécu ! En 2011, j’avais travaillé dans une société qui édite une application mobile de webmarketing, à base de géolocalisation. Il se trouvait que j’étais par ailleurs présidente d’EvryOne, une radio associative FM. A ce titre, je me rendais à des formations dispensées par le département de l’Essonne. C’est à cette occasion que j’ai rencontré la présidente d’une association de parents d’enfants autistes, qui m’a rendu compte de leur difficulté à trouver des outils adaptés à leur apprentissage. Elle m’avait aussi expliqué l’espoir qu’elle fondait dans les outils numériques, considérant qu’ils étaient le plus souvent intuitifs, pratiques, ludiques sans être stigmatisants : ce sont des outils grand public que tout le monde a dans la poche aujourd’hui. Encore fallait-il qu’ils soient ergonomiques, adaptés aux besoins spécifiques des enfants autistes. C’est précisément à cela que j’ai réfléchi avec d’autres étudiants des écoles de commerce et d’ingénieurs Télécom Ecole Management et Télécom SudParis.

- Considérez-vous qu’entreprendre, c’est précisément savoir s’entourer des compétences ?

Diplômée de Télécom Ecole de Management, j’avais a priori des compétences axées sur la gestion de projet et l’innovation dans le domaine des nouvelles technologies. Je suis partie à leur recherche de compétences complémentaires (en informatique et design) en participant à des hackathons comme BeMyApp, par exemple. C’est à l’occasion de celui-ci que j’ai rencontré mon premier associé, François Dupayrat, spécialiste du développement applicatif pour l’éducation. Ensemble, nous avons commencé à travailler avec l’idée de faire une preuve du concept. Evidemment, nous n’avons pas fait cela seuls, car nous ne connaissions que de l’extérieur le monde du handicap. Nous avons échangé avec plusieurs professionnels qui travaillent au quotidien aux côtés de personnes avec handicap cognitif et/ou mental : des neuropsychologues, des psychologues, des orthophonistes, des éducateurs spécialisés, etc. Nous avons ensuite testé nos applications dans des établissements spécialisés, pour nous assurer qu’elles étaient pertinentes et qu’elles correspondaient bien aux besoins des personnels et des enfants.

- Et les familles, les avez-vous intégrées dans ce processus d’innovation, ne serait-ce que pour qu’elles s’approprient vos outils ?

Non seulement elles y ont été associées mais elles ont même été à l’origine du projet ! Encore une fois, ce sont des parents qui sont venus nous voir. Ils sont aujourd’hui nos premiers supporters et utilisateurs. Ces parents représentent plus de la moitié de nos 55 000 utilisateurs via les plateformes App Store et Google Play Store. Ce n’est pas tout. A la rentrée, nous comptons lancer une campagne de crowdfunding pour financer des développements qui permettront aux familles d’avoir aussi accès à notre pack tablette+logiciel qui est déjà déployé dans les établissements spécialisés mais qui nécessite des adaptations pour être diffusé à grande échelle.

- Dans quelle mesure l’écosystème de Paris-Saclay a-t-il été favorable à l’émergence de votre start-up ?

Notre startup Auticiel est très ancrée dans le territoire essonnien, de par sa genèse mais aussi de par nos fortes relations avec des acteurs locaux. Nous avons été lauréats du Challenge Projet d’entreprendre, ce qui nous a permis d’intégrer l’Incubateur Télécom Management & SudParis Entrepreneurs et de bénéficier d’un accompagnement. Nous avons reçu le soutien de structures médico-sociales et hospitalières, comme l’EPS Barthélémy Durand, à Etampes – une référence nationale dans les soins somatiques pour les personnes « discommunicantes » et notamment autistes. Nous avons pu aussi nous appuyer sur les compétences de chercheurs et ingénieurs, notamment de Télécom Ecole de Management et Télécom SudParis. Nous avons obtenu le soutien du Conseil départemental, de l’Agence pour l’économie en Essonne et d’OpticsValley pour concevoir une solution tablette d’aide à l’autonomie pour les personnes avec Alzheimer dans trois Ehpad du territoire, au travers de la mise en place d’un Living Lab, la première structure dédiée, en France, à la participation sociale des personnes handicapées.

Bref, Auticiel a bénéficié à plein de l’écosystème territorial, qui, en plus d’être riche en acteurs impliqués dans le handicap (je pense en particulier à l’Association Française contre les Myopathies), fonctionne bien : ces acteurs se connaissent, font rapidement les connexions, favorisent les prises de contact. Il est vrai qu’il a une vraie carte à jouer dans le domaine du handicap.

- Que représente le prix du jury Paris-Saclay Invest ?

C’est bien sûr une reconnaissance de tout ce travail réalisé avec les acteurs du territoire. Ce prix, c’est donc aussi le leur. C’est également un tremplin pour la suite de notre développement.

- Est-ce cet écosystème qui a fait de vous une entrepreneuse ou aviez vous des dispositions ?

Honnêtement, si on m’avait dit qu’un jour je créerais ma start-up, en sortant des études, je n’y aurais pas cru. En tout cas, ce n’était pas encore à la mode en 2011, quand on a initié le projet. Créer une start-up, c’était d’abord pour ceux qui n’arrivaient pas à trouver un boulot qui leur convienne, sinon pour ceux qui avaient déjà une longue expérience professionnelle. J’ai d’ailleurs l’image de mon grand-père qui a monté sa société, mais seulement après ses 40 ans ! Je n’étais donc pas spécialement prédisposée. D’autant que j’avais déjà l’opportunité d’intégrer le marché de l’emploi, avec un CDI, à Londres.

- Qu’est-ce qui vous a fait franchir le pas ?

La conviction que cela avait du sens ! Auticiel est une opportunité formidable de m’investir pour de l’utile, du concret. Et puis, qu’y a-t-il de plus motivant pour se lever le matin, que de s’entendre dire : « Merci pour ce que vous faites pour nos enfants ! » Preuve s’il en est besoin qu’on peut donner du sens à une entreprise. C’est d’ailleurs pourquoi je considère qu’il est important de reconnaître l’entrepreneuriat social, qui a vocation justement à promouvoir de l’innovation, technologique ou autre, au service de l’intérêt général, en dépassant le cadre associatif qui présente des contraintes et parfois des problèmes de pérennité.

- Revenons à cette notion de sérendipité. Comment l’avez vous rencontrée ?

Je l’ai apprise de l’un de ses ambassadeurs, Didier Tranchier, qui était mon professeur en Master. Il est l’un des premiers à avoir introduit les enjeux des écosystèmes de l’innovation dans les formations de management (il préside par ailleurs un groupe de Business Angels, IT Capital).

- Sylvie Catellin, auteur d’un ouvrage sur ce thème [pour accéder à la chronique, cliquer ici], la définit comme l’art d’observer des choses extraordinaires, que les autres ne perçoivent pas, et d’en tirer des conclusions pertinentes. C’est bien plus que la rencontre heureuse…

Je me retrouve dans cette définition. Pour entreprendre, il faut savoir observer, être à l’écoute. Il faut savoir aussi aller à la rencontre de personnes qui ne sont pas forcément du même milieu social, disciplinaire, professionnel que le vôtre. C’est pourquoi j’attache beaucoup d’importance à la mixité. Evryenne, je ne le suis que d’adoption. En fait, je suis originaire de Lyon. Je me suis rendue à Evry après avoir intégré Télécom Ecole de Management. Si je n’étais pas sortie de mon campus, je n’aurais rencontré personne, hormis les étudiants. Mon engagement associatif a été précieux à cet égard. Au sein d’EvryOne, la radio locale étudiante pour laquelle j’ai travaillé, nous avons créé en 2009 une émission « l’Escale locale » (aujourd’hui : la Latitude 91). Elle a vocation à valoriser les initiatives positives du terrritoire essonnien et à croiser des associatifs, des chercheurs, des étudiants, des jeunes des banlieues, des artistes, des politiques… bref à décloisonner. Des rencontres enrichissantes, qui m’ont faite avancer sur le plan professionnel comme sur le plan personnel.

Voir aussi les entretiens avec Eve Chegaray (chroniqueuse dans BFM Académie sur BFM Business); Bruno Carreel* (de la start-up Instent) et Raodath Aminou, fondatrice d’OptiMiam.

* Mise en ligne d’ici la fin de cette semaine.

2 commentaires à cet article
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  2. Ping : Instent ou l’ère des implants communicants. Entretien avec Bruno Carreel | Paris-Saclay

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