Au-delà des limites… entre les musiques du monde. Rencontre avec Sylvain Dupuis

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Suite de nos échos à l’édition 2016 de TEDx Saclay, à travers un autre entretien sur le vif avec, cette fois, un musicien pas comme les autres : ethnomusicologue de formation, il est batteur et percussionniste au sein de groupes qui se jouent des frontières entre genres musicaux…

- Quelles impressions éprouvez-vous à l’issue de votre première conférence TEDx Saclay ?

J’en ressors encore un peu impressionné ! J’ai plus l’habitude de jouer de la musique sur scène, que d’en parler, de surcroît devant un public fait de chercheurs et d’ingénieurs ! C’était aussi l’occasion de reprendre de la distance en renouant un peu avec le regard de l’ethnomusicologue. A ceci près que c’est de ma musique dont je parlais. On m’avait aussi demandé de le faire à la première personne, de manière introspective. Un exercice nouveau, mais pas inintéressant.

- Vous étiez cependant bien dans le thème de cette édition en montrant qu’on peut se jouer aussi des limites entre des genres musicaux : musiques traditionnelles de différents pays, jazz, etc.

C’est même devenu la vocation du groupe Haïdouti Orkestar, que j’ai fondé en 2004. Initialement, c’était une fanfare-orchestre balkanique, que nous avons ouverte ensuite à d’autres genres musicaux, au fil de rencontres improbables et néanmoins décisives. Cela sera d’ailleurs le propos de notre futur album.
Celle avec Zéki Ayad Cholash, le chanteur du groupe, nous a amenés à élargir notre répertoire des musiques balkaniques aux musiques turques. Puis, nous avons progressivement glissé vers les esthétiques de pays voisins – l’Arménie, l’Azerbaïdjan,… – mais aussi de l’Orient syrien et libanais. Ça été d’autant plus naturel que notre chanteur a la double culture, turque et arabe : il est originaire d’Antioche, une ville turque, située à 80 km de la frontière syrienne.
Nous souhaitions aussi aller à la rencontre des musiques de minorités comme les Lazes, une population de la Mer noire, ou celles de minorités opprimées : je pense aux Alévis et aux Kurdes.
Dans notre prochain album, qui sortira le 28 avril 2017, nous allons encore plus loin en ouvrant notre musique au jazz. Le pianiste serbe, Bojan Zulfikcarpacic, a répondu avec une grande générosité à mon invitation. J’accompagne d’ailleurs aussi, et dans d’autres contextes, le pianiste martiniquais, Georges Ed Nouel.
Nous allons également à la rencontre du Slam. Mais là, c’est une surprise… La musique n’a assurément pas de frontières !!

- Manifestement, le public a été sensible, outre la beauté de votre musique, à votre curiosité pour les autres. Parlons de vous et de votre parcours. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser aux musiques traditionnelles ?

Par les voyages ! Depuis toujours, j’ai aimé voyager, aller à la rencontre de populations du monde. Des études en ethnomusicologie m’ont naturellement amené à en étudier les musiques traditionnelles. Je joue moi-même d’instruments issus des musiques traditionnelles (davul turc, tapan serbe, derbouka). Par ailleurs, je suis batteur et percussionniste au sein d’Haïdouti Orkestar et du Finzi Mosaïque Ensemble, deux groupes appartenant au collectif Tchekchouka. Ma vie actuelle de musicien itinérant combine ces différentes passions pour les voyages et les musiques du monde. Mes projets musicaux me permettent de voyager sans m’enfermer dans une vision folklorique. Ils ne cessent, au contraire, de se nourrir de mes voyages et des rencontres fortuites qu’ils rendent possible.

- Sous prétexte de parler de musique, vous avez aussi traité d’une actualité brûlante : celle des migrants et des conflits au Moyen Orient…

Une actualité brûlante et néanmoins ancienne. Les trois artistes avec lesquels j’ai la chance de jouer partagent un destin commun. Ils ont fui leur pays d’origine. Jasko Ramic a fui la guerre en Yougoslavie, en 92 ; Zéki, notre chanteur a également été contraint de quitter la Turquie pour des raisons politiques et trouver refuge en France. Dans le cas d’Ibrahim Maalouf, ce sont ces parents qui ont fui la guerre civile au Liban. Des épreuves qu’ils ont su surmonter… en allant au-delà des limites…

- Fondez-vous des espoirs dans la possibilité de TEDx Saclay de nous faire agir, fût-ce à la manière de ces colibris dont nous a parlé une autre intervenante, Pascale Ribon ?

Je pense que TEDx Saclay s’adresse à un public qui n’a pas forcément conscience de la tragédie que vivent actuellement les migrants, fuyant la Syrie ou d’autres théâtres de guerre et qui arrivent en France, totalement démunis et impuissants. Certes, on en parle, mais sans prendre la mesure du fait que cette appellation de « migrants » cache en réalité des trajectoires toutes plus singulières les uns que les autres : celles de gens ordinaires comme celles d’intellectuels, d’enseignants, de chercheurs, de musiciens…

- Sans doute que le public en a-t-il conscience, mais votre conférence lui aura permis de le toucher du doigt, de surcroît par la magie de votre musique…

Si c’est le cas, j’en serais tout simplement heureux.

Encore merci à Hugo Noulin pour la photo illustrant cet article.

Pour en savoir plus :

www.facebook.com/HaidoutiOrkestar
www.tchekchouka.com

A lire aussi le compte rendu que nous avons fait de l’événement (pour y accéder, cliquer ici).

3 commentaires à cet article
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