Archéologie préventive et… durable sur le Plateau de Saclay

Fouilles archéologiques sur le secteur gallo-romain, Zac du quartier de l'Ecole Polytechnique.
Fouilles archéologiques sur le secteur gallo-romain, Zac du quartier de l'Ecole Polytechnique.
La présence humaine sur le Plateau de Saclay est beaucoup plus ancienne qu’on ne le pense. Ce que confirment les fouilles archéologiques actuellement en cours sur la Zac du quartier de l'Ecole Polytechnique. Afin de mieux en valoriser les résultats, l’EPPS et l’Inrap ont conclu une convention. L’occasion aussi de mettre l’archéologie préventive à l’heure du développement durable.

En vertus de la loi du 17 janvier 2001, les projets d’aménagement ou de construction doivent être précédés de l’intervention d’archéologues sur les terrains concernés, pour la réalisation d’un diagnostic et, si nécessaire, de fouilles. Et ce, afin de sauvegarder les vestiges témoignant de la vie humaine.

Or, comme on le sait, de nombreux projets d’aménagement et de construction sont programmés sur le Plateau de Saclay, dans le cadre de l’opération Campus, notamment dans les Zac du quartier de l’Ecole Polytechnique et celui du Moulon. C’est autant de chantiers et donc d’interventions au titre de l’ « archéologie préventive ».

Pour les maîtres d’ouvrage, cette dernière fait naturellement craindre d’éventuels retards et surcoûts (ce sont eux qui prennent en charge le financement des fouilles). L’EPPS a voulu transformer ces apparentes contraintes et sources de tracas en opportunités : celles d’approfondir la connaissance du Plateau de Saclay, mais aussi de valoriser les résultats des fouilles. En novembre 2011, il signait avec l’Inrap, l’organisme spécialisé dans l’archéologie préventive, un accord original. Outre un partenariat dans la réalisation des diagnostics et des fouilles, il prévoit de valoriser les résultats des fouilles auprès des riverains et du grand public. A cette fin, l’EPPS et l’Inrap organiseront des points d’information, des conférences, voire des journées « portes ouvertes » sur les chantiers (sous réserve de leur sécurisation). Parallèlement, des restitutions seront entreprises avec le concours de partenaires culturels sous forme d’expositions-dossiers, d’expositions-bilan, la publication d’un ouvrage, etc.

Une présence humaine ancienne

L’Inrap n’a certes pas attendu cet accord pour intervenir sur le territoire et en valoriser des résultats. A ce jour, pas moins de 300 ha ont été diagnostiqués et 25 ha fouillés du côté de Palaiseau, de Saint-Aubin, de Gif-sur-Yvette et de Saclay et, depuis 2012, six fouilles ont été réalisées dont les résultats ont d’ores et déjà permis de bousculer des idées reçues.

L’occupation humaine sur le Plateau de Saclay, par exemple, est plus ancienne qu’on ne le pense. Les premières occupations repérées datent du Néolithique (vers 2500 avant notre ère). D’autres remontent à l’âge du Bronze (1400-800 avant notre ère). Les plus nombreuses appartiennent au second âge du Fer (475-50 avant notre ère).

Les fouilles des sites des Trois Mares (Palaiseau), de l’Orme-des-Merisiers (Saint-Aubin) et du Val-d’Albian (Saclay) font apparaître que le Plateau a été mis en valeur à grande échelle (relativement à l’époque), dès le début du IIe siècle avant notre ère : on y trouve la trace de nombreux domaines agricoles distants d’environ 300 m et de sites plus aristocratiques gaulois (au nord et au sud). « La culture du blé dur, au cours de l’âge de Fer, témoignage d’un haut degré d’innovation et de la recherche de compétitivité de ces domaines agricoles gaulois » peut-on lire sur le site de l’Inrap. « Innovation », « Compétitivité » : voilà des termes qui, au passage, suggèrent que l’ambition de l’EPPS de créer les conditions d’un cluster puise dans des origines millénaires !

Puis, suite à la conquête romaine, c’est au tour de village de s’implanter à l’emplacement des sites aristocratiques. La culture et l’élevage s’intensifient grâce aux techniques de drainage.

Ces découvertes remettent en cause une autre idée suivant laquelle le Plateau serait resté inculte. Au contraire, les domaines gallo-romains ont produit avoine, orge vêtue, blé, seigle et lentilles et même de la coriandre. Si l’activité agricole connaît manifestement un lent déclin à la fin de l’Antique (la forêt progresse durant la mérovingienne), des domaines agricoles y survivront.

L’archéologie à l’heure du DD

Le partenariat EPPS/Inrap est aussi l’occasion de mettre l’archéologie préventive à l’heure du développement durable. Et pas seulement parce que les fouilles ont un coût qui, pris en charge par le maître d’ouvrage, se répercute sur le prix des loyers des futurs bâtiments et donc sur le « porte-monnaie » des futurs acquéreurs.

Comme l’explique Jourdan El Guennouni (de la direction Aménagement de l’EPPS), par ailleurs diplômé de l’UTC et auteur d’un mémoire sur l’urbanisme durable, le diagnostic et les fouilles occasionnent des déplacements de matériaux importants : limon, argile… sans oublier la couche de terre végétale. C’est pour limiter l’impact environnemental de l’archéologie préventive que l’EPPS a confié au bureau d’études Sol Paysage (membre du groupement des maîtres d’œuvre), spécialisé dans l’agro-pédologie et l’ingénierie du paysage, le soin d’assurer une gestion environnementale des terres.  « Nous avons, précise Jourdan El Guennouni, formulé des recommandations de façon à ne pas mélanger les terres agricoles du reste, à ne pas les compacter afin qu’elles conservent leurs qualités. » Cette gestion a d’ores et déjà été appliquée pour les fouilles de Palaiseau.

Au-delà, il s’agit pour les diverses parties prenantes (Drac, Inrap, maîtres d’ouvrage) d’adopter une vision globale des sites. Et manifestement, les parties s’accordent. « Les archéologues, constate encore Jordan El Guennouni, ne demandent qu’à jouer le jeu en mettant en œuvre les recommandations. »

A ce jour, aucun retard n’est d’ailleurs à déplorer pour les projets de la Zac du quartier de l’Ecole Polytechnique. Mobilisant pas moins d’une quarantaine d’archéologues, les fouilles devraient se poursuivent jusqu’en fin d’année.

A suivre.

4 commentaires à cet article
  1. mery

    Quand auront lieu les conférences et/ou les portes ouvertes sur les fouilles?

    • Sylvain Allemand

      Bonjour,

      Merci de votre intérêt pour cette actualité. Les fouilles concernées par la convention se poursuivent. La date de présentation des résultats n’est donc pas arrêtée. Nous ne manquerons pas de vous en informer dans l’agenda et/ou une brève.

  2. Courteau

    Peut-on connaître le texte de la convention entre le SYB et L’EPPS concernant la gestion de l’eau ?

    • Allemand

      Bonjour,
      D’abord, nos excuses pour avoir tardé à vous répondre. Voici la réponse que nous avons recueillie auprès de la direction du développement durable de l’EPPS : « Adoptée en juillet 2012, la convention avait pour objet d’une part la modélisation hydraulique des rigoles, qui se poursuit actuellement par des mesures de débit pendant 6 mois pour améliorer le calage du modèle, et d’autre part une coopération avec le SYB dans le cadre général de la restauration des rigoles. »
      A l’avenir, pour toute question relative à l’aménagement de Paris-Saclay, je vous invite à solliciter directement l’EPPS via son site institutionnel.
      Cordialement,
      Sylvain Allemand

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>