Apprendre dans l’optique d’enseigner… Entretien avec Antoine Morin

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Suite de nos échos au forum des anciens élèves de la CPGE du lycée de l’Essouriau, organisé le samedi 9 novembre dernier, à travers le témoignage de ce professeur de physique.

- Comment en êtes-vous venu à enseigner en classe prépa au lycée de l’Essouriau ?

J’en ai fait moi-même une, avec, à l’époque, le projet d’intégrer une école d’ingénieur. J’ai été admis à SupOptique (IOGS). Déjà, j’ai été très intéressé par l’enseignement. Je donnais des cours à côté de mes études et y prenais du plaisir au point d’avoir envisagé de passer l’agrégation en année de césure. Ce à quoi j’ai finalement renoncé, en m’étant laissé convaincre que je ne l’aurais pas – je m’étais auto-censuré… J’ai donc enchaîné par une thèse dans un domaine qui me plaisait, à savoir : appliquer des procédés optiques à la restauration de patrimoine. J’ai soutenu cette thèse en 2012. Aussi curieux que cela puisse paraître, le meilleur souvenir que j’en ai gardé, c’est le monitorat que j’assurais durant la première année, à l’université Paris 6, au point de me convaincre de tenter… l’agrégation pour me consacrer exclusivement à l’enseignement. A peine ma thèse soutenue, j’ai préparé celle de physique, durant l’année 2012-13, à l’ENS Cachan [aujourd’hui Paris-Saclay], où j’ai été admis sur dossier. Ayant réussi le concours, j’ai pu intégrer l’Education nationale et débuter mon année de stage en lycée, à Arpajon, dès la rentrée 2013. J’avais deux classes, l’une de seconde, l’autre de 1re S.

- Quelles furent vos premières impressions ?

C’est une première expérience que j’ai beaucoup appréciée. J’ai pu mesurer d’emblée les difficultés du terrain, de la gestion d’une classe, mais pas au point de remettre en cause ma vocation. Dès cette année, j’ai candidaté pour enseigner en classe préparatoire, ce qui était mon objectif premier. Je savais qu’un poste se libérait aux Ulis. j’ai eu la chance d’être pris. Ce qui m’a amené ici, au lycée de l’Essouriau, à la rentrée de 2014. Comme je devais l’apprendre par la suite, c’est cette triple casquette d’ingénieur de formation, de docteur et d’agrégé qui m’a valu ce poste.

- Vous êtes une preuve vivante du message que l’équipe pédagogique à laquelle vous participez n’a de cesse de faire passer auprès des élèves, à savoir le fait que plusieurs parcours peuvent mener à réaliser sa vocation…

Absolument, et c’est un message qu’il faut répéter, car c’est quelque chose dont les élèves ne se rendent pas toujours compte. La tête dans le guidon, ils préparent les concours en visant telle ou telle école, alors que d’autres parcours, comme des doubles cursus, peuvent les amener à exercer le métier sinon à travailler dans le secteur dont ils rêvent. Après Bac + 2, notre système de l’enseignement supérieur est plus souple qu’ils ne le pensent. Des changements d’orientation sont possibles en cours de route, sans obligation de renoncer à ses objectifs. Ce qui est vécu comme un échec – le fait de ne pas avoir intégré son école en premier choix – peut se révéler une opportunité ou un atout pour la suite. Ce dont on ne se rend pas compte dans l’instant. D’où l’intérêt d’entendre des témoignages d’anciens, comme aujourd’hui, dans le cadre de notre forum.

- Comment avez-vous vécu le fait d’enseigner dans une classe prépa aussi jeune ?

Au moment où je suis arrivé, elle ne comptait que deux promos sortantes. Mais elle était déjà bien en place. Cette année, j’ai abordé ma 5e année, avec toujours le même plaisir. L’équipe pédagogique est solidaire, nous nous entendons bien entre nous. Ce qui est indispensable pour assurer un suivi de qualité auprès les élèves. L’ambiance humaine dont parlent si souvent les nôtres, je la ressens aussi. Elle doit beaucoup à la relation de confiance que nous instaurons avec eux, et qui est nécessaire à leur apprentissage. La taille des promos y contribue aussi : une trentaine d’élèves, guère plus, cela facilite les échanges et le dialogue avec chacun. Le rythme de travail n’en reste pas moins soutenu. Il s’agit donc d’une classe prépa comme une autre, mais avec une ambiance humaine renforcée.

- Et avec des résultats qui sont à la hauteur de vos attentes ?

Oui, puisque la plupart des élèves sont assurés d’intégrer une école d’ingénieur, quitte à devoir, pour certains, cuber leur 2e année. Au fil du temps, l’échantillon des écoles intégrées s’enrichit. Beaucoup d’entre elles ne font pas forcément partie des plus cotées, mais ils s’y épanouissent, ce qui est le principal.
La diversité de leurs parcours ne fait que refléter l’hétérogénéité de nos classes. Une hétérogénéité que nous prenons en compte en nous attachant à consolider les bases de ceux qui ont le plus de difficultés, de façon à ce qu’à la fin, ils trouvent chaussure à leur pied, tout en tirant les autres un peu plus vers le haut. Nous encourageons nos élèves à avoir de l’ambition, tout en sachant bien mesurer leurs chances et, donc, imaginer un plan B. Vu le nombre d’écoles d’ingénieurs que compte le pays, leur choix est loin d’être restreint.

- Il doit y avoir quelque chose de réconfortant à voir les anciens répondre présent quand il s’agit de présenter leur école…

Oui, et cela fait chaud au cœur. Cela conforte l’ambiance humaine et pour tout dire familiale de cette classe prépa. Quand bien même ils n’ont pas eu l’école qu’ils avaient visée, ils ont su faire preuve de ressource pour rebondir. C’est dire si leur témoignage peut être utile aux nouvelles promos, mais aussi aux lycéens, qui, pour la première fois, sont venus assister à ce forum. Ils seront a priori plus attentifs à leur témoignage qu’à ce que pourraient leur dire des enseignants sur leur orientation. Les anciens ont des arguments, qui peuvent de surcroît être différents selon qu’ils viennent d’intégrer leur école ou qu’ils sont sur le point d’en sortir.

- Venons-en à Paris-Saclay dont vous êtes un « enfant »…

Oui, d’autant que j’ai fait mes études secondaires dans un lycée de Gif-sur-Yvette, ma classe prépa à Orsay et mon école d’ingénieur à Palaiseau. Certes, j’ai fait ma thèse à Paris…

- Nul n’est parfait !

(Rire). Naturellement, je suivais, même de loin, l’actualité de l’écosystème en construction à Paris-Saclay. Plusieurs écoles d’ingénieurs s’y sont implantées ou doivent le faire. Forcément, cela retient l’attention. Il peut être utile de savoir ce qui s’y passe, de façon à pouvoir en informer nos élèves. C’est important pour eux de savoir dans quel environnement ils évoluent, quand bien même intégreraient-ils d’autres écoles d’ingénieur, dans le reste de la France. Des collègues organisent des visites dans divers établissements. Celui qui enseigne la physique en a organisé une à l’ENSTA Paris-Saclay. Pour ma part, il faudrait que je songe à en organiser une à SupOptique !

A lire aussi les témoignages :

- d’autres enseignants de la classe préparatoire : Fabien Délen, professeur coordinateur (pour y accéder, cliquer ici) ; Loïc Devilliers, professeur de mathématiques (cliquer ici) et Nicolas Schneider, professeur de physique-chimie (cliquer ici).

 - d’anciens élèves : Guillem Khaïry, qui a intégré l’Ecole centrale de Nantes, après une première année à Polytech Paris-Sud (mise en ligne à venir) ; Marc Daval, élève de l’ENSMA-ISAE (mise en ligne à venir) ; Matthieu Dumas, élève à l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, EIVP (mise en ligne à venir) ; Mélanie Co Tan et Augustin Huet, respectivement à l’ESIGELEC et à l’ENSEIRB-MATMECA (cliquer ici) et Paul Didiez, qui fait le choix d’un double cursus à l’ENSIL-ENSCI puis à l‘ISAE-ESMA (mise en ligne à venir).

- de Marie-Ros-Guézet, qui participait à ce forum au titre du dispositif « Ingénieurs pour l’école », dont elle vient de prendre la responsabilité au plan national (mise en ligne à venir)

3 commentaires à cet article
  1. Ping : « Il n’a pas de déterminisme qui condamne à un parcours linéaire ». Rencontre avec Loïc Devilliers | Paris-Saclay

  2. Ping : Des nouvelles de la classe prépa du Lycée de l’Essouriau. Rencontre avec Fabien Délen | Paris-Saclay

  3. Ping : Faire une classe prépa à l’Essouriau leur a souri. Entretien avec Mélanie Co Tan et Augustin Huet | Paris-Saclay

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