Ambassadrice de Sciences 2024 et… Ministre des Sports. Entretien avec Roxana Maracineanu

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Le 4 septembre dernier, athlètes de haut niveau et scientifiques s’étaient donné rendez-vous à l'Ecole polytechnique pour lancer Sciences 2024, un projet scientifique destiné à améliorer la performance des sportifs français en vue des Jeux Olympiques et Paralimpiques de 2024, mobilisant les chercheurs en sciences dures et les étudiants de 11 grandes écoles, en association avec le CNRS. Parmi les intervenants : la championne du monde de natation 1998 (en 200 mètres dos). Elle a bien voulu se prêter à l’exercice de l’entretien sur le vif. Nous ignorions alors que nous nous adressions à la future Ministre des Sports, nomination rendue publique une heure plus tard…

- Qu’est-ce qui a motivé votre implication dans le programme Sciences 2024 ?

C’est un projet que j’ai découvert en rejoignant l’Ecole polytechnique l’an passé, comme professeur de natation. Très vite, j’ai été invitée à y prendre part. Ce que j’ai accepté d’autant plus que je trouve ce projet des plus passionnants. J’ai été enthousiasmée par la passion qu’ont mise Christophe [Clanet, directeur du projet] et ses collègues à me présenter leurs recherches et les moyens dont ils se dotaient comme ces piscines montées dans le laboratoire d’hydrodynamique [le LadHyX]. Il se trouvait qu’ils n’avaient pas encore réfléchi aux problématiques de recherche propres à la natation. Nous avons donc pris le temps de nous réunir autour d’une table et de discuter des problématiques qui pouvaient donner lieu à des travaux de recherche dans ce domaine. Ensuite, je les ai mis en relation avec plusieurs instances, dont le Ministère des Sports, des fédérations sportives, mais aussi des nageurs et des entraîneurs.

- Différents intervenants de cette journée de lancement ont souligné un défi, à savoir : la construction de la relation de confiance entre les chercheurs et les sportifs. Partagez-vous ce constat ?

Oui, c’est un vrai défi ! La relation entre un athlète de haut niveau et son entraîneur ou coach est forte. Au point que l’un comme l’autre ne voit pas forcément d’un bon œil l’immixtion de tierces personnes, fussent-elles des chercheurs. Ils ne donnent pas facilement leur confiance et ce constat vaut aussi pour la natation. D’emblée, j’ai donc attiré l’attention des porteurs du projet Sciences 2024 sur la nécessité d’apprendre à collaborer avec des sportifs.
C’est pourquoi, aussi, il importe que Sciences 2024 jouisse d’une reconnaissance nationale, que ce projet exprime à sa façon un engouement populaire au-delà du milieu de la recherche académique, car c’est ainsi qu’il gagnera en crédibilité auprès de ces derniers.
J’ajoute que la temporalité du chercheur n’est pas celle du sportif : il s’écoule plusieurs mois avant que les travaux scientifiques donnent lieu à publication. Ce dont le sportif n’est pas toujours informé. D’où une certaine frustration : il a consacré de son temps, sans bénéficier de retombées concrètes à même d’améliorer ses performances. Sciences 2024 a justement pour ambition d’éviter ce genre de situation : il s’agit bien de faire davantage profiter les athlètes de haut niveau des fruits de la recherche, en extrayant les éléments les plus significatifs pour eux et leurs entraîneurs.

- En tant qu’ambassadrice de Sciences 2024, vous faites bien plus que prêcher en faveur de ce projet. Vous y avez d’ores et déjà contribué concrètement à travers les mallettes pédagogiques « Roxana ». De quoi s’agit-il exactement ?

Elles visent la promotion de l’enseignement des sciences dans les collèges et les lycées au travers de cas concrets tirés du sport comme, par exemple, les problématiques de glisse et de fartage qu’un Martin Fourcade peut rencontrer. Une manière de traiter des notions de sciences dures au programme de l’Education Nationale, autrement que par l’approche strictement scientifique et, ainsi, de raccrocher des élèves réfractaires aux mathématiques ou à la physique. Rien n’empêcherait non plus de traiter de notions scientifiques à travers les pratiques sportives scolaires, à commencer, bien sûr, par les cours de natation. Une manière, cette fois, de valoriser les professeurs d’Education physique, en les impliquant plus étroitement à l’équipe pédagogique.
Précisions que de ces mallettes, je n’ai fait que formuler l’idée. De là le nom qui leur a été donné. Reste maintenant à les réaliser. Nous avons commencé à travailler avec des professeurs de lycée et de collège pour qu’elles correspondent le mieux à leurs besoins.

- Un mot sur l’écosystème Paris-Saclay dont vous avez dit avoir pris la mesure en rejoignant l’Ecole polytechnique…

En effet, c’est un écosystème que j’ai découvert il y a un an. Depuis, j’ai eu le temps d’en découvrir toute la richesse, la diversité des acteurs comme des équipements de recherche. Cet écosystème gagnerait à être davantage connu. Et plus vivant aussi ! Puisqu’il a vocation à accueillir des établissements de recherche et d’enseignement supérieur d’exception, des étudiants, des chercheurs et des enseignants, qui le sont tout autant, il importe de l’ouvrir davantage et de l’animer. Comment ? En permettant, par exemple, à des personnes extérieures de profiter davantage des équipements sportifs, au moins pendant les périodes de vacances scolaires.

- Si on vous entend bien, en plus d’être ambassadrice de Sciences 2024, vous en êtes aussi une de Paris-Saclay ?

Exactement et avec grand plaisir !

A lire aussi : l’entretien avec Christophe Clanet, directeur du projet Sciences 2024 (pour y accéder, cliquer ici).

Crédit photo : Jérémy Barande / Ecole polytechnique.

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