Alcool au volant : l’espoir Ethylowheel. Entretien avec Jaime Alonso

FIE EthylowheelPaysage
Suite de nos échos au Forum 503 de la Filière Innovation - Entrepreneurs (FIE), à travers le témoignage de cet élève ingénieur en 3e année sur l’antenne bordelaise de l’Institut d’Optique, et qui porte le projet Ethylowheel. Lequel vise à permettre une mesure du taux d’alcoolémie d’un conducteur par contact avec la peau.

- Si vous deviez, pour commencer, rappeler l’ambition d’Ethylowheel ?

Il s’agit de traiter la problématique de l’alcool au volant. Une problématique toujours d’actualité en France : le nombre de morts sur les routes françaises pour cause d’alcoolémie reste constant – de l’ordre de 1 000 cas par an, ce qui en fait la 2e cause de mortalité routière.
Les pouvoirs publics ne restent pas passifs. Pour preuve cette nouvelle législation introduisant les éthylotests anti-démarrage dans tous les bus circulant en France, mais aussi auprès de personnes ayant déjà été sanctionnées pour cause d’alcoolémie élevée. De son coté, l’Union européenne a envisagé de généraliser le procédé à l’ensemble des conducteurs, mais elle s’est heurtée à des difficultés dans sa mise en œuvre. Toujours est-il qu’il y a une volonté manifeste de réduire le nombre de morts sur les routes, pour cause d’alcoolémie. L’ambition d’Ethylowheel est de faire tendre vers zéro le nombre de morts en lien avec l’alcool sur les routes françaises.

- En quoi consiste votre solution ? Quelle en est la valeur ajoutée par rapport à l’existant ?

Des solutions existent en effet, à savoir les éthylotests (chimiques ou électroniques). Parmi eux, seuls les Ethylotests Anti-Démarrage (EAD) empêchent le conducteur de prendre le volant en cas d’alcoolémie élevée. Seulement, aujourd’hui, peu de ces EAD sont installés en France. Notre idée est donc de créer un dispositif qui soit accessible à tous, qui puisse être installé dans toutes les voitures, et qui puisse mesurer l’alcoolémie par simple contact avec la peau de l’utilisateur.

- Concrètement, comment se présenterait votre dispositif ?

Nous réfléchissons à deux options possibles : ou bien à un porte-clé ou bien à une gaine apposée sur le volant du véhicule. Ainsi, la mesure pourrait se faire avant même le démarrage du véhicule ou pendant la conduite.

- Dans quelle mesure sollicitez-vous les technologies liées à l’optique ?

Dans un premier temps, nous avons voulu recourir à de la spectroscopie, une méthode déjà utilisée. Sauf qu’elle est assez coûteuse. Aussi avons-nous renoncé à une solution optique au profit d’une autre méthode révolutionnaire, par détection à l’aide de capteurs spécialisés.

- Où en êtes-vous dans le développement de votre projet ?

Nous avons passé le stade de la preuve de concept : pour cela, nous avons mis au point un démonstrateur, un système très simple sur lequel la personne pose son doigt, de façon à déterminer si elle a bu ou non. Aujourd’hui, nous nous apprêtons à conclure un partenariat avec le département de la Sécurité routière, qui financera une partie de notre projet. Nous pourrons ainsi nous projeter à compter de février dans la réalisation d’un premier prototype, avec pour objectif qu’il voie le jour en octobre 2021.

- Bravo ! Qu’en est-il de la création de votre entreprise ?

Pour l’heure, nous restons dans le cadre d’un projet. Le premier objectif est de valider toutes nos hypothèses en allant au terme de la phase de tests. C’est seulement alors que nous pourrons envisager de créer une entreprise. Mais ce ne sera pas avant 2022 voire 2023.

- Quand vous dites « nous », de qui s’agit-il ? D’autres élèves ingénieurs de la FIE ?

Non. Ce projet, je le porte avec mon amie, qui se trouve être diplômée d’un Master en Chimie et Biologie appliquée aux domaines de la peau. En principe, nous devons définir un projet par équipe, de surcroît avec des élèves d’un autre site de l’Institut d’Optique. Compte tenu de la forte implication de mon amie et de la complémentarité de nos compétences, David-Olivier et Pierre ont néanmoins accepté de déroger à la règle.

- Dès lors que vous êtes déjà en négociation avec d’importants partenaires, quel est l’enjeu du Forum 503 pour vous ?

Il est d’abord de rencontrer les élèves de 2e année (en 1re année FIE), discuter avec eux, les encourager, leur rendre un peu de ce qu’on m’a donné depuis que je suis entré dans cette école. J’étais à leur place l’année dernière et je sais donc les interrogations pour ne pas dire les doutes que les élèves de la nouvelle promotion peuvent avoir. C’est important de les rassurer en témoignant du fait que, grâce à la qualité de l’écosystème, ils sont appelés à grandir très vite et leur projet avec eux. Personnellement, je n’imaginais pas parcourir un tel chemin en aussi peu de temps.

- Encore bravo. Vous illustrez bien l’esprit FIE, qui repose aussi sur beaucoup de solidarité entre les étudiants des différentes promotions. Est-ce à dire que vous n’auriez pas imaginé mener un tel projet en dehors de la FIE ?

Si, mais ici on bénéficie de l’apport d’intervenants de qualité. Et puis, une fois en 3e année, on a la possibilité d’intégrer un incubateur – à Bordeaux, il s’agit d’Unitec, lequel a un taux de réussite parmi les plus élevés en France. En principe, il est difficile d’y entrer. Notre chance, c’est de pouvoir le faire grâce au partenariat noué avec la FIE.

- Nous autres Français avons un gros défaut : nous ne pouvons nous empêcher de nous attarder sur l’accent de nos interlocuteurs et de le leur faire remarquer. Permettez-moi donc de relever le vôtre, manifestement hispanique. Est-ce bien cela ?

Oui. Je suis né à Cuba et y ai vécu jusqu’à mes études au Lycée. J’ai la double nationalité, cubaine et espagnole.

- Cela vous prédispose-t-il à donner une dimension internationale à votre projet ?

Oui, bien sûr. Naturellement, je me projette aux Etats-Unis (où une partie de ma famille demeure). Donc, oui, avec mon amie, nous avons bien l’ambition de développer Ethylowheel à l’international. Après tout, la finalité du projet est de sauver des vies humaines dans le monde entier !

A lire aussi l’entretien avec David-Olivier Bouchez, coordinateur national de la FIE, et Pierre Mauriac, intervenant référent (pour y accéder, cliquer ici).

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