Action Création et… expérimentation. Rencontre avec Hugo Noulin

HugoNoulinPaysage
Ceux qui fréquentent le PROTO204 le connaissent bien : il y a fait un stage en faisant notamment profiter de ses talents de photographe (plusieurs articles de Média Paris-Saclay ont d’ailleurs été illustrés par ses photos). Mais Hugo Noulin a bien d’autres casquettes, à commencer par celle de membre fondateur d’Action Création, un collectif original tourné vers la production audiovisuelle tout en cultivant la « transdisciplinarité » avec d’autres formes d’expression artistique comme avec le monde de l’électronique et de l’informatique. Il a bien voulu nous en dire plus sur sa genèse. Dont Paris-Saclay s’est révélé un terreau plus que favorable.

- Quelle est la vocation d’Action Création, l’association que vous avez constituée ?

Action Création réalise des prestations audiovisuelles, des publicités pour le web, des films institutionnels, de la photographie,… Mais, outre des passionnés de l’image, elle compte aussi parmi ses membres des peintres, des musiciens, etc. Action Création se veut aussi généraliste que possible.
Ce qui nous rassemble, c’est d’être à la fois spécialisés dans un domaine tout en étant soucieux de transdisciplinarité. C’est vrai des membres fondateurs comme de ceux qui nous ont rejoints. Je pense en particulier à ces électroniciens ou informaticiens de formation qui ont trouvé dans Action Création l’opportunité de se confronter à des personnes issues d’autres univers professionnels et artistiques. Un autre trait commun réside dans la volonté de nous doter de nos propres moyens de création.

- Comment Action Création a-t-elle vu le jour ?

A l’origine d’Action Création, il y a trois étudiants de Paris-Sud, mais de différents départements et disciplines : l’un inscrit à l’IUT d’Orsay (JPK, son nom de scène), un autre en physique (François Sivade) et un troisième, moi en l’occurrence, en mathématiques. Nous avons commencé à travailler ensemble, de manière naturelle sans plus d’idée préconçue que cela. Ce n’est d’ailleurs que par la suite que s’est imposé le nom même d’Action Création. Nous partagions juste le même intérêt pour le cinéma, la musique et la performance au sens théâtral du terme, avec cependant une prédilection pour l’audiovisuel. Bref, les choses se sont faites naturellement, de manière très informelle. Nos liens d’amitié nous paraissaient suffisants pour nous passer d’une structure associative. Nous en avons même longtemps refusé le principe. L’important, c’était l’esprit d’entraide pour acquérir le matériel dont nous avions besoin pour nos créations respectives.

- Comment y preniez-vous sans structure associative et donc sans subventions ?

Nous avions mis en place un système consistant à payer le matériel chacun à notre tour quant bien même nous n’en serions pas le principal utilisateur. C’est dire le sens de l’entraide qui nous animait ! Car, des domaines d’activités – la réalisation audiovisuelle, en particulier – exigeaient plus de matériels que d’autres. Mais, à nos yeux, l’important, c’était que chacun puisse mener à bien ses projets. Nous acquérions donc du matériel, sans même toujours d’idée précise, mais aussi dans ce souci de disposer de notre propre outil de travail, de n’avoir pas à dépendre de qui que ce soit.
Ce n’est que pour des raisons administratives, le besoin d’avoir un compte en banque, de facturer nos prestations, que nous en sommes venus à créer une association et finalement sans regret. Car cela nous a permis de changer d’échelle, d’être reconnus par les institutions. Nous avons depuis signé une convention avec la municipalité de Palaiseau. Cela permet aussi de parer à une limite de notre mode de financement du matériel : certains se retrouvaient à devoir acquérir plus de matériels qu’ils n’en avaient besoin. C’est le cas de celui qui était plus porté sur le théâtre ! Son sens de l’entraide est d’ailleurs assez rare pour être souligné.

- La constitution d’une association a-t-elle aussi répondu au besoin d’obtenir des subventions ?

Non ! A ce jour, nous n’en avons reçu aucune et, d’ailleurs, il ne sous est jamais venu à l’esprit d’en demander. A la réflexion, nous considérons que c’est précisément cela qui nous a permis de préserver une certaine indépendance dans nos choix artistiques. Plus tard, peut-être. Pour l’heure, nous préférons vivre des prestations que nous réalisons.

- Avez-vous été rejoints par d’autres artistes depuis la création de l’association ?

Oui, y compris par des artistes parisiens, avec des profils plus classiques, des étudiants en cinéma notamment (de la Fémis ou de l’Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière en l’occurrence) ou encore des techniciens qui ont apporté des compétences qui nous manquaient, non sans donner d’ailleurs une nouvelle orientation à notre projet, au profit notamment de la création audiovisuelle.
Pour autant, si celle-ci est la partie la plus prépondérante et la plus visible d’Action Création, notre collectif n’en investit pas moins d’autres domaines. Comme je l’ai indiqué, nous comptons aujourd’hui aussi des peintres et des musiciens parmi nos membres. Encore une fois, Action Création se veut un collectif aussi généraliste que possible.

- Y-a-t-il un équivalent ? Avez-vous été inspiré par d’autres collectifs ?

Si c’est le cas, c’est inconsciemment. Encore une fois, les choses se sont faites spontanément, sans idées préconçues, entre une bande de copains. Nous avons donc plutôt l’impression de ne ressembler à rien. Pendant longtemps, nous avons même récusé le terme de « collectif » qui a fait florès ces dernières années. C’est dire si nous craignions justement tout rapprochement avec d’autres initiatives.
De fait, nous avons une particularité que l’on observe peu dans le domaine audiovisuel, à savoir le fait d’acquérir notre propre matériel. Personnellement, je ne connais pas d’autre collectif artistique ayant pris ce parti. L’heure est plutôt à la location systématique. Nous, nous préférons faire avec ce que nous avons maintenant, d’investir plutôt que de perdre de l’argent à louer le matériel. Quitte à démultiplier les projets.

- Et pourtant, louer est une tendance générale qui déborde largement le secteur de la production audiovisuelle…

Oui, force est de le constater. Mais nous y résistons au grand étonnement de nos interlocuteurs. Même des professionnels chevronnés ne disposent pas d’un matériel comme le nôtre. Au moins, cela nous permet-il de rester maîtres de nos outils de création. Certes, l’achat de matériels représente un investissement, mais nous l’amortissons dans la durée à travers des projets que nous pouvons réaliser au moindre coût. Autrement dit, ce que nous ne déboursons pas pour la location, c’est autant que nous pouvons réinjecter dans de nouveaux investissements.

- En quoi le contexte de Paris-Saclay a-t-il été favorable à la genèse d’Action Création ?

Il a été plus que favorable de par son environnement scientifique et entrepreneurial. Il nous a permis d’être au contact de startuppers et d’autres porteurs de projets innovants. La singularité de notre collectif lui doit beaucoup. Car, avec le recul, force est de constater que nous nous sommes plus inspirés de ce que nous avons vu faire dans le monde de l’innovation et de l’entrepreneuriat que des collectifs artistiques.
Tant et si bien que nous avons même éprouvé le besoin d’y revenir. Car, entretemps, à la fin de nos études respectives, nous avons chacun quitté le territoire pour nous rapprocher de Paris. Mais force a été de constater que le contexte de Paris-Saclay nous manquait, que nous avions besoin de remettre un pied dans le milieu qui avait vu naître Action Création.
Nous avons pu le faire à l’occasion d’une résidence au Ferry [ pour en savoir plus, cliquer ici ], à Palaiseau où nous sommes en résidence depuis septembre 2014 et pour encore un an.

- En quoi consiste-t-elle ?

Concrètement, la municipalité de Palaiseau a mis à disposition un local de 64 m2 moyennant sa transformation par nos soins en un studio de prise de vue par ailleurs utile pour des projets intéressants la ville. Depuis, je me suis même installé à Palaiseau en effectuant en parallèle un stage au PROTO204. Un autre des membres fondateurs va en faire autant. Quant à la 3e personne, elle compte déménager dans le sud de Paris pour nous rejoindre plus facilement. Bref, nous avons tous éprouvé le sentiment que c’était bien là que nous étions le plus dans notre élément, que nous pouvions le mieux nous exprimer. Loin de moi d’opposer pour autant Paris et Paris-Saclay. Il s’agit juste de réaffirmer notre appartenance à cet écosystème auquel on nous identifie d’ailleurs.

- Un mot sur le PROTO204, un lieu emblématique de Paris-Saclay s’il en est. En quoi a-t-il été lui-même inspirant ?

C’est un lieu important pour moi. Comme vous le savez, j’y ai fait un stage, en parallèle à ma résidence, pour découvrir le lieu et, au-delà, renouer avec Paris-Saclay. J’en avais découvert l’existence par le truchement du Média Paris-Saclay, qui lui a consacré plusieurs articles ! Le PROTO204 m’a permis de rencontrer des personnes très diverses, des startuppers mais aussi des scientifiques, qui portent des projets étonnants.

- Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Nous préparons un web-sitcom humoristique qui sera tourné en vidéo analogique. On y verra des informaticiens de Paris-Saclay à l’œuvre dans une sorte d’open space se livrant à des expérimentations, inspirées de ce qui se passe sur le Plateau de Saclay. Le projet en lui-même sera expérimental et nécessite déjà de développer des solutions informatiques spécifiques. C’est notamment Julien Millètre, notre informaticien, qui s’en charge. L’objectif est de la diffuser, et pourquoi pas même en direct, dès l’année prochaine.

Pour en savoir plus sur Action Création, cliquer ici.

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