Acheter et Entreprendre autrement. Rencontre avec Sandrine Ho.

S.HOTPaysage
Les 27 et 28 novembre prochain se tiennent les premiers« Rendez-vous de la vente directe, à Bures-sur-Yvette. Un salon qui a pour but de promouvoir l'achat local et d'initier à une nouvelle forme d'entrepreunariat à travers la vente à domicile. Sandrine Ho, chargée de projet et de communication à Hol’essens, qui a conçu l’événement avec un collectif d'indépendants locaux et le PROTO204, nous en dit plus sur sa genèse et ses ambitions.

- Qu’est-ce que la vente directe recouvre exactement ?

Historiquement, la vente directe, appelée aussi vente à domicile, est née avec les fameuses réunions Tupperware, inventées il y a une soixantaine d’années, pour des femmes qui, ne travaillant pas, voulaient trouver une petite activité, histoire de rompre un peu avec l’ordinaire de la vie domestique, en sortant de chez elles. Organisées entre copines, ces réunions permettaient de disposer d’un peu d’argent de poche et de desserrer la dépendance à l’égard de l’époux. Par la suite, les attentes placées dans la vente directe ont évolué : celle-ci a davantage répondu au besoin de femmes de trouver un travail conciliable avec leur vie de famille. Des entreprises se sont inspirées du modèle Tupperware en proposant à leur tour des emplois. La gamme des produits s’est élargie, tandis que les clients potentiels ont débordé le cercle des seules copines. Désormais, la vente directe peut s’envisager en dehors d’un domicile : sur les lieux de travail, en lien avec les comités d’entreprise, ou d’autres lieux encore. Ainsi, elle s’est imposée comme une vraie source de revenus. J’ajoute qu’on peut démarrer avec un statut de Vendeur à Domicile Indépendant (VDI) : équivalent à celui de l’auto-entrepreneur, il permet de prendre le moins de risque possible.

- Avez-vous vous-même une expérience de la vente directe ?

Non, pas du tout ! Dans une vie antérieure, j’ai commencé comme cadre moyen au sein du groupe Canal + avant de devenir chef de projets, en charge de la mise en place de logiciels. Et ce, pendant cinq ans. Un travail dans lequel je me suis beaucoup investie au point cependant d’avoir le sentiment de ne plus pouvoir me consacrer assez à mes enfants autant que je le souhaitais. Mon propre mari étant lui-même amené à se déplacer souvent, j’ai préféré renoncer à mon activité salariée. Sauf que passer de cadre moyen au statut de femme au foyer ne va pas de soi. De l’indépendance vous passez à une certaine dépendance. Avec mon époux, je me suis donc lancée dans une activité de restauration et traiteur à domicile (100% Nature, àOrsay), qui avait l’avantage d’être conciliable avec les contraintes familiales.

Mais créer une entreprise ne va pas de soi non plus, surtout quand il s’agit d’un nouveau concept : vous vous retrouvez un peu seul, à devoir tout gérer, tout apprendre. J’ai en outre dû investir pour constituer un véritable laboratoire traiteur. Je profitais bien de la vie de famille, mais la vie sociale, elle, se réduisait, au profit des seules relations clients. Ce qui n’était pas fait pour me satisfaire. Bref, je n’ai pas pratiqué la vente directe, mais j’ai connu les problématiques de bien des femmes confrontées à la difficulté àmener de front vie professionnelle et vie de famille, tout en pouvant continuer àvoir leurs amis.

- Qu’avez-vous donc décidé ?

J’ai arrêté cette activité de restauration à domicile. Pendant un an, histoire de savoir si j’étais la seule à être confrontée à autant de difficultés à entreprendre, j’ai pris le temps d’échanger avec des gens, que ce soit des patrons, hommes, femmes, des indépendants, des responsables de PME ou de grands groupes, etc. C’est ainsi que j’ai rencontré des personnes qui pratiquaient la vente directe. Des femmes pour la plupart, qui m’ont expliqué en quoi cela consistait, les aspects positifs comme les aspects négatifs. Parmi ces derniers, elles mettent en avant la difficulté à faire reconnaître leur activité comme un vrai emploi. D’ailleurs, il n’y avait pas de salon professionnel dédié à ce secteur d’activité. De là mon idée d’en créer un avec le concours d’un collectif d’indépendants.

- Avec quels objectifs ?

Celui de mieux faire connaitre la vente directe ou à domicile, qui offre à certaines personnes une alternative au chômage, une possibilité de reconversion, une chance de réinsertion via une nouvelle forme d’entreprendre. L’objectif est aussi de promouvoir l’achat, notamment local.

Je reconnais qu’il s’agit là d’objectifs bien ambitieux, mais l’effort en vaut la peine. Ne serait-ce que pour rompre avec ce pessimisme ambiant. Personnellement, j’en ai assez d’entendre dire que nous serions en crise. Sauf à entendre ce mot en son vrai sens, celui de mutation. L’avenir n’appartient plus exclusivement au CDI et à la grande entreprise. Il existe aussi un important potentiel dans les petites structures. Aujourd’hui, il y a plein de gens qui pourraient entreprendre, seulement, ils ignorent encore les moyens mis à leur disposition. On ne leur laisse qu’une alternative, soit être salarié, soit être entrepreneur. Or, ni l’un ni l’autre ne sont plus adaptés aux besoins de certaines personnes. Je peux en témoigner, moi qui ait été tour à tour l’un et l’autre. Il y a d’autres voies possibles comme le VDI, donc, qui peut être la solution pour des demandeurs d’emplois, mais aussi des salariés qui voudraient retrouver un peu d’autonomie dans la gestion de leur emploi du temps. Le salon est fait pour les uns et les autres. Il vise à présenter l’univers de la vente directe, mais aussi à se donner les moyens de préparer une conversion professionnelle.

- En quoi consiste donc ce statut intermédiaire ?

Ce statut de VDI correspond à un statut de salarié, mais avec une rémunération qui est fonction du chiffre d’affaires que vous réalisez. Vous pouvez vous livrer à l’activité de vente une à quelques heures par semaine, en journée ou le soir, le week-end, à votre convenance. Les objectifs de vente, c’est vous qui les définissez. Tout cela en continuant à bénéficier de la Sécurité sociale et des services de Pôle emploi.

- Quels sont les produits susceptibles de faire l’objet d’une telle vente directe ?

Ce sont ceux qu’on peut trouver dans n’importe quelle grande surface ou boutique spécialisée, mais la vente se fait de manière conviviale, autour d’un café, entre plusieurs personnes qui se connaissent. Bien plus, vous pouvez faire vos achats à des horaires et des jours adaptés à votre emploi du temps. Bref, la vente directe permet de joindre l’utile à l’agréable : faire du shopping avec des amis, en toute convivialité.

- Quels échos a reçus votre idée de salon ? A-t-il été simple à monter ?

La réaction des interlocuteurs de secteur privé a été plus que positive et immédiate. Ils ont d’emblée manifesté un intérêt pour un tel salon. En revanche, les institutions ont été plus difficiles à convaincre. Ce qui, après tout, peut se comprendre : il y a tant d’événements sur le Plateau de Saclay ! Deux institutions m’ont néanmoins d’emblée apporté leur soutien : le PROTO204, dont le responsable, Ronan James, m’a donné carte blanche, et l’EPPS, qui m’a donné des contacts. Naturellement, j’ai informé de mon projet plusieurs mairies du Plateau de Saclay. Comme la manifestation se déroule à Bures-sur-Yvette, j’ai obtenu le soutien de la municipalité. Je ne désespère pas d’en convaincre d’autres la prochaine fois.

- Auriez-vous pu créer votre salon ailleurs qu’à Paris-Saclay ?

Non, car cela fait 25 ans que j’habite sur le territoire. Je suis arrivée à Orsay en 1990. J’en suis partie puis j’y suis revenue et y ai habité pendant 20 ans. Je vis désormais aux Ulis. J’ai donc pu suivre les évolutions du territoire, notamment du côté du parc de Courtabœuf. Aujourd’hui, force est de reconnaître qu’une vraie dynamique existe avec une volonté de travailler ensemble, de simplifier les choses. A un moment donné, j’ai été tentée d’aller voir du côté d’Evry. Mais il m’a fallu me rendre à l’évidence : le territoire où j’aspire à poursuivre mes projets, c’est Paris-Saclay ! Et ce que je trouve bien, c’est que des communes qui avaient tendance à travailler chacune dans leur coin, coopèrent désormais pour favoriser l’entrepreneuriat. Dès lors, je considère que c’est aussi à nous, entrepreneurs, de jouer, maintenant. Il ne faut plus tout attendre de nos élus et des institutions. Agissons ! Et si possible dans une logique de co-création et de co-développement, des principes auxquels je crois particulièrement. Créer un tel salon est une manière de passer des paroles aux actes.

Pour en savoir plus, cliquer ici.

 

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