A propos de la Plateforme numérique de Paris-Saclay. Entretien avec Ghislain Mercier

G.Mercier paysage
Comme nous vous l’avons annoncé, trois workshops sont programmés en septembre au PROTO204 sur le thème de la plateforme numérique qui doit voir le jour à Paris-Saclay. En charge du projet au sein de l’EPPS, Ghislain Mercier nous en dit plus sur sa genèse et sa contribution à la conception de nouveaux services urbains.

- Comment ce projet de plateforme numérique a-t-il émergé ?

Paris-Saclay a vocation à être un grand pôle d’innovation de classe mondiale, à travers la création de l’Université Paris-Saclay, le renforcement des liens entre le monde de la recherche et de l’enseignement et les acteurs économiques, et un aménagement urbain attractif. Dans ces trois composantes, le numérique constitue naturellement un outil essentiel. Dès les années 2011-12, nous avons réfléchi aux actions à mettre en œuvre dans ce domaine, à l’occasion de l’élaboration du Contrat de Développement Territorial. À l’époque, la future Université Paris-Saclay s’engageait dans la mise en place d’un réseau numérique de recherche tandis que la CAPS venait de lancer une délégation de service public pour le déploiement du très haut débit dans l’agglomération. Nous avions travaillé ensemble à l’occasion de l’étude de la Caisse des Dépôts sur le numérique dans le Grand Paris, qui avait fait de Paris-Saclay un territoire pilote. Tout cela nous a incités à envisager une action collective, focalisée sur les services, pour intégrer les initiatives existantes ou à venir dans une plateforme commune, en s’assurant de leur compatibilité. Depuis, nous avons avancé en concevant cette plateforme numérique sous l’angle de la Smart city.

- Qu’entendez-vous par là ?

Cette notion commode recouvre il est vrai des réalités et des projets très divers. Mais il suffisait de se rendre à Innovative City, le salon des professionnels organisé en juin dernier à Nice, pour constater que la plupart des grandes villes françaises se l’étaient appropriée, avec des acceptions différentes. Par-delà cette diversité, elle est une manière de prendre acte de la transformation profonde par le numérique des services urbains, que ce soit dans les mobilités, le stationnement, la gestion de l’eau ou des déchets, etc.

- Au-delà de cette notion, vous êtes-vous inspiré de ce que font d’autres territoires ?

Oui, bien sûr. C’est d’ailleurs l’un des enseignements du benchmark réalisé à notre demande par Polyconseil, notre assistance à maîtrise d’ouvrage pour ce projet : nombre des services pertinents pour Paris-Saclay commencent à être déployés partout dans le monde. Pour autant, nous ne saurions nous borner à transposer un modèle existant. Il est clair que le défi n’est pas le même selon que la ville est déjà constituée et dense, comme Nice, Lyon ou Helsinski ou en voie de création comme dans la fameuse ville nouvelle de Songdo, en Corée du Sud.

 - Quel sera concrètement l’apport de cette plateforme à Paris-Saclay ?

Elle constituera un cadre pour reconfigurer certains services existants et en inventer de nouveaux. Prenez la mobilité : on sait que pour améliorer les déplacements sur le plateau, il faut actionner plusieurs leviers simultanément, de l’amélioration des transports en commun au développement des modes doux, en passant par le partage des véhicules sous toutes ses formes (autopartage, covoiturage, etc). La plateforme numérique pourrait offrir un cadre technique commun à l’ensemble de ces services, en définissant des standards et en mutualisant ce qui peut l’être : comptes-clients, facturation, etc. La qualité et la simplicité du service pour les voyageurs ne pourront qu’en être améliorés.

- Quels sont les atouts du territoire Paris-Saclay pour accueillir une telle plateforme ?

Comme vous le savez, les travaux s’engagent pour le réaménagement des quartiers. Notre chance est de lancer le projet de plateforme suffisamment en amont pour mettre à profit ces travaux et déployer facilement l’infrastructure numérique nécessaire : les câbles, capteurs et autres objets communicants. Un autre atout réside dans la puissance du pôle universitaire. L’Université Paris-Saclay, c’est tout de même de l’ordre de 60 000 étudiants ! Un beau marché pour les services qui seront proposés sur la plateforme, mais surtout un formidable vivier de créativité et d’innovation.

- Un mot sur les trois workshops programmés en septembre et leur finalité ?

Ils sont justement l’occasion d’explorer les besoins en services numériques des utilisateurs potentiels – entreprises et startups ; mais nous y voyons aussi un moyen d’identifier des partenaires pour leur conception et leur déploiement. Nous souhaitons en effet que la plateforme soit le fruit d’une co-construction avec les communautés qui composent Paris-Saclay.

- Et les étudiants que vous évoquiez, les impliquerez-vous dans vos réflexions ?

Oui, bien sûr. Nous avons d’ailleurs commencé, au printemps dernier, par rencontrer les représentants de tous les établissements membres de l’Université Paris-Saclay. La plateforme représente un bel outil pédagogique pour les étudiants, en leur offrant l’opportunité de participer concrètement à son développement. C’est en tout cas le souhait formulé par l’Institut Mines-Télécom ou encore par l’École Centrale, avec qui nous discutons du lancement d’un projet avec des étudiants dans le cadre de leur formation et ce, dès 2014-2015. J’ajoute qu’une rencontre est programmée avec le Pôle Entrepreneuriat Innovation Paris Saclay (PEIPS), le vendredi 19 septembre en matinée.

- De l’extérieur, on comprend qu’une collectivité s’engage dans un tel projet, mais un aménageur, c’est peu courant…

Ce n’est pas que l’aménagement qui est en jeu : l’EPPS mobilise également son expertise dans le développement économique, à travers sa direction dédiée, animée par Patrick Cheenne ; et nous intervenons aux côtés de la CAPS, qui est à l’initiative sur ce projet . Cela dit, le numérique permet d’optimiser la gestion des services urbains, il est donc normal qu’un aménageur s’y intéresse, ne serait-ce que pour anticiper et résoudre les problèmes qui surviendront au cours des chantiers. Prenez l’exemple des parkings. Nous savons que le projet d’aménagement de Paris-Saclay va avoir un impact sur les conditions du stationnement : certaines places vont être supprimés ici, d’autres réaménagés là, de manière pas forcément synchrone – ce qui risque de compliquer la vie de ceux qui se déplacent en voiture. La plateforme pourra justement parer aux difficultés en mobilisant toutes les ressources du stationnement intelligent : mutualisation des places, information en temps réel sur leur disponibilité, tarification dynamique, etc. Un aménageur ne peut plus raisonner simplement en termes d’infrastructures ou, si vous voulez, de hardware. Pour que le projet d’aménagement de Paris-Saclay suscite l’adhésion, il faut aussi investir dans le software et s’intéresser à la gestion des équipements que l’on construit. Au-delà de cela, nous sommes convaincus qu’une telle plateforme est un vecteur d’innovation et donc d’attractivité pour le territoire : comme elle sera ouverte et évolutive, elle fournira les outils et données grâce auquels des développeurs un peu curieux pourront imaginer des services ou des applications auxquels on n’avait pas songé jusqu’alors. Un exemple parmi d’autres : si l’on dispose de données sur l’état de la circulation, d’une part, et sur la consommation d’énergie, d’autre part, il devient possible de concevoir des outils qui optimisent la recharge des véhicules électriques. On pourrait multiplier les exemples, qui illustrent les opportunités d’innovation, y compris les plus inattendues, grâce à la mise à disposition de bases de données.

- Ce qui suppose un essor de l’Open Data…

Oui, et pas seulement en son sens habituel, soit la mise à disposition des données publiques par l’administration dans un souci de transparence. Nous souhaitons aussi créer une dynamique d’ouverture et de partage des données entre tous les acteurs de Paris-Saclay qui le souhaitent, qu’ils soient établissements d’enseignement, laboratoires de recherche, entreprises ou citoyens.

- Quelles échéances vous êtes-vous fixées ?

Le travail a démarré officiellement en janvier de cette année, avec la désignation de Polyconseil pour nous accompagner tout au long du projet. La mission vise à préciser les contours de la plateforme, tant sur un plan technique et fonctionnel qu’en termes de gouvernance. Comme je l’indiquais, les workshops qui se dérouleront au cours du mois de septembre font partie de ce travail de cadrage et visent à définir à la fois les besoins et les partenaires potentiels. Les premiers pilotes sont ensuite prévus dès 2015, pour un déploiement à grande échelle à partir de 2016.

- Des échéances qui paraissent bien courtes !

C’est l’avantage du numérique : il est beaucoup plus rapide de déployer un service numérique – même à grande échelle – que de construire ne serait-ce qu’un bâtiment !

*       *       *

Pour en savoir plus sur le programme de ces workshops et s’y inscrire, se rendre au précédent article que nous leur avons consacré, en cliquant ici.

A lire aussi, l’entretien avec Clara Schattner et Yousra Chebbi, de Polyconseil (pour y accéder, cliquer ici).

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